Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Compromis(sion) du nouveau président autrichien

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“Des nazis dans la Hofburg ? Ca fait tellement 1938! Non au WKR-Ball” (manifestation de janvier 2012)

Le 27 janvier est la journée internationale de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité, en souvenir de la libération du camp d’Auschwitz par l’armée soviétique, il y a 72 ans. Or, chaque année depuis 1952, à cette période, le gratin de l’extrême droite autrichienne et européenne se réunit à Vienne pour « l’Akademikerball » (avant 2013 sous l’appellation « WKR-Ball »). Il s’agit d’un bal où l’on retrouve chaque année des négationnistes notoires ou des représentants de groupuscules néonazis. Jean-Marie Le Pen y fut invité, sa fille Marine aussi, le 27 janvier 2012, ce qui avait d’ailleurs eu des conséquences judiciaires en France, SOS Racisme gagnant le procès que le Front national lui avait intenté en diffamation. Depuis 2010, de nombreux manifestants exigent que ce bal de la honte ne se tienne pas dans la Hofburg, siège de la présidence autrichienne, équivalent de l’Elysée pour la France. En 2011, la manifestation contre le WKR-Ball avait été interdite précisément  le 27 janvier, lorsque les forces antifascistes souhaitaient s’opposer à la tenue de ce bal dans ce lieu (cf. ce billet). La date est lourde de symbole.

A Vienne, la veille du 27 janvier 2017, le président Alexander van der Bellen, proche des écologistes, a pris ses fonctions et a prêté serment, suite à son élection contre le candidat d’extrême droite au terme d’une campagne de près de dix mois le 4 décembre dernier. Interrogé par des lycéens sur la tenue de l’Akademikerball le 3 février prochain (les organisateurs ont sciemment évité cette année la date du 27 janvier), Lire la suite

28 janvier 2017 Posted by | Autriche, FPÖ, Mémoire, Nazisme, Uncategorized | , , , | 4 commentaires

Alma Mahler et le passé de l’Autriche

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Toujours quelqu’un ! Toujours quelque part ! Toujours à un moment donné ! Jamais moi ? Jamais ici ? Jamais maintenant ?

Alma Mahler représente à sa façon les grandes heures de la monarchie austro-hongroise : composant elle-même, elle était proche de la plupart de ceux qui firent la richesse culturelle de Vienne autour de 1900 (Gustav Klimt, Arnold Schönberg, Koloman Moser, Alban Berg…). Elle fut aussi l’épouse de Gustav Mahler de 1902 jusqu’à la mort prématurée de ce dernier, en 1911 (à 50 ans). Alma est aussi connue en tant que femme de l’architecte Walter Gropius, compagne du biologiste Paul Kammerer, du peintre Oskar Kokoschka et enfin de Franz Werfel, ecrivain qui fut son mari de 1929 à 1945. Avec l’arrivée des nazis en Autriche, en 1938, Alma fuit son pays pour la France. Depuis 1996, une pièce de théâtre interactive écrite par Joshua Sobol porte son prénom. La pièce, mise en scène par Paulus Manker, a été jouée plus de 400 fois, de Venise à Los Angeles, de Jérusalem à Lisbonne et bien sûr souvent à Vienne.

Actuellement, elle est à l’affiche à Wiener Neustadt, une des principales villes de Basse-Autriche. Le spectacle se déroule dans l’immense « Roigk-Halle » (30m de haut), mais le passé de ce bâtiment n’est pas mentionné lors des représentations. Ce gigantesque hangar fut pendant la Seconde Guerre mondiale l’un des cinquante camps annexe de Mauthausen.  Lire la suite

27 août 2014 Posted by | Autriche, Mémoire, Nazisme | , , , , , , | 3 commentaires

Même pas besoin de profaner le cimetière de Graz

Pour toutes les photos : (c) AP - Hans Punz

Pour toutes les photos : (c) AP – Hans Punz

Un peu partout en Europe, assez régulièrement, des cimetières sont profanés (voir les cas de Carcassonne, Carros, Oldenburg, ou même à 500m de chez moi, à Wien-Meidling). Des inconnus taguent des croix gammées. A Graz, deuxième ville d’Autriche et capitale de la Styrie, ce n’est pas nécessaire : les croix gammées sont déjà gravées sur les pierres tombales ! Le Dr. Tita Probst (cf. mon billet sur la folie des titres) est par exemple mort pour la « Grande Allemagne », tué en février 1934 en tentant de renverser le régime autrichien pour annexer le pays à l’Allemagne… et une belle croix gammée figure sur sa tombe. Interrogé par un journaliste, le porte-parole de la mairie de Graz, Thomas Rajakovics, a dit qu’il fallait y voir un ancien symbole représentant le soleil ! Mais de qui se moque-t-on ? Le prévôt Christian Leibnitz n’a pas été plus brillant, refusant même qu’une plaque explicative soit apposée car, selon lui, il y a d’autres symboles que celui-ci, « antireligieux » par exemple, qui peuvent déranger les visiteurs du cimetière. A Vienne par contre, le responsable des cimetières affirme qu’aucune des 500 000 tombes n’est ornée de croix gammée, et que si une telle pierre tombale était découverte, la croix serait effacée.

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8 février 2014 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Mémoire, Nazisme | , , , , | 9 commentaires

« Dessiner contre l’oubli » au Leopoldmuseum – impressions mitigées…

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Leo Schejner, dessiné de 2010 à 2103 (c) VBK, Wien/Vienna 2013

Depuis le 17 mai, une nouvelle exposition intitulée « Dessiner contre l’oubli » est proposée au Leopoldmuseum (jusqu’au 2 septembre). Il s’agit de dessins au fusain réalisés par Manfred Bockelmann sur de grandes toiles de jute (150 x 110 cm). A partir de photos anthropométriques faites par les nazis à l’arrivée dans le camp d’Auschwitz, le dessinateur entreprend de restituer la part d’humanité d’enfants qui – pour l’immense majorité d’entre eux – ont péri dans les camps. Sur la soixantaine de portraits dessinés, une bonne trentaine sont exposés.

La plupart ont déjà les cheveux rasés, ce qui était fait dès l’arrivée. D’autres, les enfants roms, ont encore leurs cheveux car leur photo devait servir les projets prétendument « scientifiques » des nazis. Les visages ne sont pas encore marqués par la faim et la douleur, l’artiste s’est appliqué à retranscrire le regard de la façon la plus humaine possible, tentant de leur restituer leur dignité. Pour cela, le détail des yeux est décisif et il explique qu’il cherche le moment où chaque portrait lui « parle ».

Ses motivations demeurent cependant peu claires. Dans l’entretien au quotidien Der Standard, il explique ainsi qu’il avait toujours eu des réticiences à travailler sur l’extermination des Juifs car il n’en avait pas été le témoin. « il y a trois ans je me suis dit ‘En 2013 tu auras 70 ans, il ne manquait plus que ça que tu sois invité à une grande exposition !’ » (source). Lire la suite

21 mai 2013 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Mémoire, Nazisme, Roms | , , , | Laisser un commentaire

Espoir et désespoirs

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Nelly N., jetée sur les voies du métro le 5 janvier dernier

UPDATE à la fin de l’article

La dernière semaine fut très mitigée en Autriche. D’abord, il y eut les élections régionales du 3 mars, en Basse-Autriche et en Carinthie, fief de l’extrême droite depuis la fin des années 1980. Dans ce dernier Land, bonne surprise, le FPK lié au sémillant Heinz-Christian Strache est passé de 45 à 17% mais il ne faut pas oublier que l’autre parti d’extrême droite, le BZÖ, a obtenu 6% des voix et que le parti populiste « Team Stronach » (le nom de son chef est dans le titre du parti) a remporté 11% des suffrages (résultats). Cela fait tout de même 34% pour les populistes de droite (cf. sur ce blog, un billet à ce sujet) ou d’extrême droite (11 points de moins qu’en 2009). Le gouverneur du Land sera donc social-démocrate et non plus d’extrême droite, ce qui est une bonne chose. Seulement, les électeurs se sont-ils vraiment détournés de l’idéologie xénophobe ou souhaitaient-ils seulement sanctionner un parti lourdement impliqué dans différents scandales financiers ? Le même jour, le FPÖ de Strache passait de 10 à 8% en Basse-Autriche (résultats).
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Pas sûr qu’il y ait de quoi signaler la fin de l’extrême droite, comme le fait en ce dimanche 10 mars l’hebdomadaire profil qui d’ailleurs légitime implicitement ces partis avec l’appellation « Rechte » ou lieu de « Extremrechte ».

Alors que certains bien-pensants se réjouissent de cette cuisante défaite électorale, on ne les entend pas commenter l’actualité judiciaire. Le 7 mars, un homme de 51 ans qui avait jeté sur les voies du métro une Kényane après avoir prononcé des insultes racistes… a été condamné à un an de prison avec sursis ! Lire la suite

10 mars 2013 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Judaïsme, Mémoire, Nazisme | , , | Un commentaire

Où l’on reparle du concert du nouvel an, et de son passé brun

Staatsoper_NSJe pensais avoir traité une fois pour toutes du si célèbre concert du nouvel an (dans ce billet)… mais son passé nazi reste d’actualité dans la presse autrichienne (et helvétique). Le député du parti des Verts, Harald Walser, réclame encore et toujours l’ouverture des archives de l’Orchestre philharmonique de Vienne. En attendant cette ouverture, ou qu’au moins une commission d’historiens indépendants soit mise en place, il continue de distiller quelques faits clairement établis, qui n’en finissent pas de jeter une image peu reluisante sur ce concert, retransmis pour plus de 50 millions de spectateurs chaque année dans plus de 70 pays. En 1942, le représentant du Reich pour Vienne et sa région, le Gauleiter Baldur von Schirach, avait reçu l’anneau d’honneur (Ehrenring) de l’orchestre. Pas de quoi s’étonner, en considérant l’époque. Certes. Plus intéressant cependant, en 1966, juste après que ce nazi responsable de la déportation de 185 000 Juifs autrichiens soit libéré de la prison de Spandau, un émissaire du Philharmoniker s’est rendu en Allemagne lui remettre à nouveau cet anneau !

Cette année, la très peu regardante Communauté juive de Vienne, l’IKG, a remis un prix (la Médaille Marietta et Friedrich Torberg) à Clemens Hellsberg, président de l’orchestre depuis 1997, pour son engagement dans le traitement du passé de son orchestre pendant la guerre ! Ces Juifs officiels comme Oskar Deutsch, président de l’IKG, ne sont bien sûr pas des historiens de métier (Oskar Deutsch est le patron d’une entreprise qui vend du café). Lire la suite

2 janvier 2013 Posted by | Autriche, Mémoire, Nazisme | , , | Un commentaire

Christopher Browning and the Use of Oral History

 With Saul Friedländer (b. 1932) and Raoul Hilberg (1926-2007), Christopher Browning (b. 1944) belongs probably to the most influential historians of the Second World War when it comes to the study of the “final solution”. He has published many books since the end of 1970s, the best well-known being Ordinary Men: Reserve Police Battalion 101 and the Final Solution in Poland (1992). On 18 October 2012 he was invited to give a lecture entitled “Holocaust History and Survivor Testimony: the Case of the Starachowice Factory Slave Labor Camp” at the Vienna Wiesenthal Institute for Holocaust Studies (VWI), which was created in 2009.

Browning was simply brilliant. He spoke during 80 to 90 minutes, almost without looking at the two pages of notes he had put on his lectern. The material of his talk was taken from his last book, Remembering Survival: Inside a Nazi Slave-Labor Camp (2010).

The story starts in the early 1970s. The historian found in 1987 that in a process against Walter Becker, during the war the German chief of police in the Polish city of Starachowice, all the eye witnesses were dismissed by the judge. Lire la suite

20 octobre 2012 Posted by | Mémoire, Nazisme | , , | 2 commentaires

Des méthodes nazies dans les foyers d’enfants jusqu’aux années 1970 !

Le château Wilhelminenberg fait partie à Vienne des très nombreux édifices du début du XVIIIème siècle qui ont gardé leur éclat, comme le Palais Clam-Gallas qui abrite l’Institut français. Le château est aujourd’hui un hôtel et on y trouve même une très belle auberge de jeunesse, juste à côté, avec une vue imprenable. Seulement, comme trop souvent en Autriche, dès qu’on s’intéresse au passé, le territoire autrichien est un vrai champ de mines. Que le château ait servi dès mars 1938 à héberger la légion autrichienne,  ce n’est pas une surprise, mais depuis quelques mois, un nouveau scandale défraie la chronique : de 1948 à 1977, lorsque la mairie socialiste de Vienne utilisait le château comme foyer éducatif, il y eut des viols collectifs en masse, un système de prostitution contrainte et des violences répétées sur de nombreux enfants. La commission d’enquête se donne un an pour donner des recommandations à la ville. En 10 mois, car l’affaire a été révélée en mars 2011, plus de 800 personnes se sont déjà présentées comme victimes du foyer Wilhelminenberg (lire notamment le témoignage émouvant de deux soeurs)… Bien sûr, on est encore loin des expériences menées à 2 km de là, au Spiegelgrund où, pendant la Seconde Guerre mondiale, environ 750 enfants Lire la suite

20 février 2012 Posted by | Autriche, Catholicisme, Mémoire, Nazisme | , , , , , | 2 commentaires

Encore et toujours : ce passé qui est occulté…

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A Vienne, les grands matchs de foot se jouent au Ernst-Happel-Stadion, du nom du joueur autrichien Ernst Happel (1925-1992) qui commença sa carrière en 1942 pour l’équipe du Rapide de Vienne. A côté, depuis juillet dernier, il y a une petite bicoque en bois vert de style préfabriqué, la Maison des échecs (« Schachhaus »), sur un espace baptisé Place Rudolf Spielmann. Une plaque commémorative retrace la vie de ce joueur d’échecs né à Vienne en 1883 et mort à Stockholm précisément en 1942, lorsqu’Ernst Happel commençait à tendre le bras droit dans les stades enthousiastes.

Cette plaque ne mentionne QUE les performances du joueur et ses qualités de jeu. PAS UN MOT sur les raisons de sa mort en 1942, ni sur le fait qu’il était juif. En mars 1938, Rudolf Spielmann était aux Pays-Bas, jouant un tournoi en simultanée. Ne pouvant pas rentrer en Autriche à cause de son passeport devenu obsolète, il s’est rendu à Prague pour y retrouver la famille de son frère. En décembre 1938,  il adresse une lettre désespérée au président de la fédération suédoise des échecs, l’implorant de lui trouver un moyen de l’accueillir dans ce pays.

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12 octobre 2011 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Mémoire, Nazisme, Sport | , , , | 2 commentaires

Ils osent tout…

Début août, le syndicat de la police autrichienne proche du FPÖ, principal parti d’extrême droite, avait eu l’outrecuidance d‘illustrer un dossier sur la pénibilité du travail de policier par une aquarelle représentant des détenus dans la fonderie d’un camp de concentration nazi. Maintenant, ils osent critiquer les crédits alloués par le ministère de l’intérieur pour la rénovation du lieu de mémoire autour du camp de Mauthausen…  en affirmant que c’est aux dépens des services qui assurent la sécurité !

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16 septembre 2011 Posted by | Autriche, Mémoire, Nazisme, Police | , , | Laisser un commentaire