Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

L’état emblématique des cimetières juifs en Autriche

« Nous sommes en 2020 en Autriche. La majorité des cimetières juifs sont toujours à l’abandon. Tous ? Non ! Une association d’irréductibles volontaires agit toujours et encore… ».

Il y a exactement dix ans, un article de ce blog intitulé « Des cimetières juifs toujours à l’abandon… » relatait la façon dont l’Autriche peinait à faire face à son passé, plus précisément son antisémitisme. L’accord de Washington signé par l’Autriche le 17 janvier 2001 prévoyait dans son point 8 une restauration et un entretien des cimetières juifs mais ce n’est qu’en 2010 que l’État fédéral a débloqué 20 millions d’euros sur 10 ans, à condition que la Communauté juive (IKG) trouve des fonds propres à la même hauteur. La ville de Vienne a soutenu l’IKG dans cet objectif avec 340 000 euros par an jusqu’en 2013, puis 860 000 par an. Au total, entre 2011 et 2016, plus de deux millions d’euros ont été versés. Cette somme importante a surtout servi à restaurer des cimetières en province – il y a une soixantaine de cimetières juifs en Autriche, dont six à Vienne – mais aussi a établir une base de données en ligne visant à répertorier et localiser toutes les tombes (objectif qui n’est pas encore atteint). Lire la suite

6 septembre 2020 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Religion | , | Laisser un commentaire

En Autriche, on épelle encore les mots comme les nazis l’ont décidé

NWBLorsqu’on épelle un mot au téléphone en France, on est souvent amenés à utiliser un alphabet radio de référence (1). En Autriche, il y a aussi un alphabet radio mais il conserve les modifications imposées par les nazis en 1933 ! Le 22 mars de cette année, un certain Herr Schliemann, de Rostock, écrit pour qu’on enlève les prénoms juifs de la liste. Au lieu de dire « David », « Jacob », « Nathan » et « Samuel », respectivement pour les lettres « D », « J », « N » et « S », on dira dès lors « Dora », « Jot », « Nordpol » et le prénom très wagnérien « Siegfried » ! En 1948 les Allemands ont au moins remis « Samuel » dans la liste (norme DIN 5009), mais pas les Autrichiens (dans leur norme A 1081). Lire la suite

13 mai 2020 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Uncategorized | | Un commentaire

Un Guide bleu un peu brun

davHasard des brocantes, on m’a offert un guide touristique devenu historique : le volume datant de 1934 de la célèbre collection « Les Guides bleus », des éditions Hachette, consacré à la Bavière et à l’Autriche. Ce livre, censé être le premier d’une série « Europe centrale », est à la fois étonnant et révélateur. D’abord, placer la Bavière, région du sud de l’Allemagne, avec l’Autriche, n’est pas évident, à moins d’une grande intuition et d’anticiper l’Anschluss qui aura lieu quatre ans plus tard. La Bavière n’est d’ailleurs généralement pas placée en Europe centrale. Dans la préface, il est précisé que ce guide remplace celui qui était consacré à la Bavière et au Tyrol.

Mais ce qui est particulièrement intéressant, c’est, page 184, les propos tenus sur la population autrichienne. Après avoir noté que l’Autriche a peu d’étrangers (150 000 éléments « allogènes »), l’auteur, Johannès Dalbanne, ajoute ceci : « Même si on voulait y ajouter les Israélites qui, se servant de la langue allemande, n’entrent pas en compte au point de vue linguistique, on n’atteindrait que 350 000 personnes env., soit 5% de la population totale. »

Guidebleu

Le faible taux d’étrangers est présenté comme un atout de ce pays et les Juifs (« Israélites » dans le vocabulaire de l’époque), sont considérés comme à moitié étrangers, peut-être même des étrangers infiltrés dans la population et qu’on ne peut facilement identifier en raison de leur usage de l’allemand. Lire la suite

19 décembre 2018 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Critique(s) d'ouvrage, Uncategorized | , , | 5 commentaires

Une conférence problématique sur l’antisémitisme

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Sebastian Kurz, 21 novembre 2018

En Autriche comme en Israël, l’extrême droite est au pouvoir et occupe des ministères régaliens dans des gouvernements de coalition. Les traitements sont cependant bien différents et, à titre d’exemple, si, à gauche, l’indignation dominait – non sans raison – lorsque l’Autriche avait décidé de ne pas signer le pacte de l’ONU sur les migrations, personne n’a osé critiquer Israël lorsque, récemment, ce pays a pris la même décision. Si officiellement le gouvernement de Benjamin Netanyahu refuse tout contact avec l’extrême droite autrichienne du FPÖ, parti fondé, rappelons-le, par d’anciens nazis, il n’est pas question pour autant, pour ce gouvernement, de reprocher à Sebastian Kurz, le jeune chancelier autrichien de 32 ans, de gouverner avec ce parti. Bien au contraire, le chef du parti conservateur est qualifié par M. Netanyahu de « véritable ami d’Israël » et le 20 novembre dernier le Congrès juif européen a remis un prix à M. Kurz, reconnu à cette occasion comme « grand chef d’État ». Lire la suite

4 décembre 2018 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Extrême droite, Uncategorized | , | Laisser un commentaire

Du nazi Murer à l’identitaire Sellner, « Österreich über alles ? »

Murer Film

Graz, 1963. Franz Murer (1912-1994) est jugé pour ses responsabilités dans le ghetto de Vilnius où, de 1941 à 1943, il était en charge des « affaires juives » en tant que représentant du commissaire territorial. Une vingtaine de témoins oculaires, rares rescapés du ghetto, défilent à la barre et racontent le sadisme de Murer, connu sous le nom de « boucher de Vilnius ». Sous son règne, la population juive passe de 80 000 à 600 personnes, seuls subsistent les quelques Juifs autorisés à travailler. A la fin de la guerre il y aura 250 survivants. Les femmes enceintes sont avortées ou exécutées, quiconque tente de ravitailler le ghetto ou ramener du bois pour se chauffer est froidement abattu, un père devant son enfant, un enfant devant son père.

Pendant les deux heures et quart du film exceptionnel de Christian Frosch, Murer, Anatomie d’un procès, la tension est telle et la photo si réussie, qu’on ne voit pas le temps passer. Les témoignages sur la vie dans cette ville autrefois appelée « la Jérusalem du nord » sont bouleversants et les langues parlées par les témoins reflètent chacune une histoire. Encore beaucoup de yiddish, de l’hébreu, de l’anglais… et l’avocat de la défense se montre d’ailleurs outré qu’avec l’argent des contribuables autrichiens on ait fait venir des Juifs du monde entier raconter des « mensonges » dans des « discours incohérents ». Lire la suite

29 avril 2018 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Extrême droite, France, Uncategorized | , , , | Un commentaire

Le gouvernement autrichien impuissant face aux néonazis

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Soirée pyjama un peu spéciale dans la branche viennoise de la corporation Germania

En Autriche, à côté des célèbres « Burschenschaften » comme Olympia, Vandalia, Teutonia ou Moldavia, ces corporations étudiantes exclusivement masculines, pangermanistes, où se révèlent les liens entre le parti d’extrême droite (FPÖ) et divers groupuscules néonazis ou négationnistes, il y a également des corporations qui regroupent d’anciens lycéens, les « pennalen Burschenschaften ». « Germania » est le nom de l’une d’entre elles et jusqu’au 24 janvier 2018, son vice-président en Basse-Autriche n’était autre qu’Udo Landbauer, le responsable de l’organisation de jeunesse du FPÖ de 2011 à 2018 et surtout le candidat du FPÖ aux élections régionales de Basse-Autriche prévues le 28 janvier prochain. Or, l’hebdomadaire Falter a révélé mardi 23 janvier le contenu du livre de chant imprimé en 1997 et utilisé par les membres de cette organisation. A la page 182 on lit « Le juif Ben Gourion arrive parmi eux : ‘Allez les Germains, mettez les gaz, on va réussir à atteindre le septième million’ » puis Lire la suite

26 janvier 2018 Posted by | Antisémitisme, Autriche | , , , | Un commentaire

Marine Le Pen à Vienne, suites judiciaires à Paris

TGI

TGI de Paris, Cour d’appel, pôle 2, chambre 7, le 12.11.2015

Où l’on reparle des néonazis autrichiens dans un tribunal parisien…
Le 27 janvier 2012, Marine Le Pen se rendait à Vienne au bal de la fédération des corporations pangermanistes auquel chaque année se retrouvent des leaders des partis d’extrême droite mais aussi des personnes qui propagent des idées négationnistes ou néonazies (cf. cet article que j’avais publié sur rue89). La venue de Mme Le Pen à ce bal nauséabond, en pleine période électorale, avait suscité de très vives réactions. Le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, avait été parmi les premiers à réagir, après lecture des dépêches AFP. Son communiqué du samedi 28 janvier témoignait de son indignation, il était question d’un « bal antisémite » rassemblant des « nostalgiques du Troisième Reich ». D’autres articles, parus dans la plupart des médias, étaient formulés de manière plus policée mais portaient le même message : alors que Mme Le Pen s’employait à dédiaboliser son parti, elle venait de donner des gages aux franges les plus radicales de son électorat. Mme Le Pen choisit alors le 14 février 2012 de porter plainte en diffamation non pas contre les journaux, avec lesquels il n’était pas bon de se fâcher à quelques mois des élections présidentielles, mais contre M. Sopo. C’était une première car souvent ce sont les associations de la société civile qui ont attaqué le Front National pour incitation à la haine raciale.

Au Tribunal correctionnel de Paris, le 15 mai 2014 (après de nombreux renvois) l’avocat de SOS Racisme, Patrick Klugmann, était confiant, pensant que la bonne foi de son client lui permettrait de ne pas être condamné. Lire la suite

17 novembre 2015 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Extrême droite | , , , , | Laisser un commentaire

De la difficulté de parler des attentats parisiens à Vienne

ClubRep

L’emblème du Club Républicain, halal.

Fondé à l’occasion de l’affaire Waldheim, en 1986, le Club Républicain est une émanation de la société civile autrichienne regroupant des intellectuels de ce pays attachés à un traitement juste du passé de l’Autriche au vingtième siècle, à la lutte contre l’antisémitisme et cherchant à contenir la montée de l’extrême droite. Lors du premier rassemblement citoyen devant l’ambassade de France, le soir de l’attentat contre Charlie Hebdo, deux membres du Club républicain m’ont demandé si je souhaitais participer avec d’autres intervenants à une soirée autour de ce qu’on allait devoir appeler les attentats parisiens, la soirée « Je suis Charlie » évoquée au départ est devenue rapidement « Je suis Charlie, je suis Juif » (ce qui négligeait à mes yeux les trois policiers assassinés). La soirée a eu lieu le lundi 26 janvier.

Premier gros coup de bambou dès l’arrivée. Dans un courriel préparatoire, l’organisateur de la soirée, Alexander Emanuely, m’avait demandé d’amener les exemplaires de Charlie que j’avais chez moi pour créer un décor avec des couvertures originales. J’ai passé quelque temps à retrouver d’anciens numéros que j’ai portés toute la journée avec moi, avec en plus la pancarte que je m’étais bricolée pour la manifestation du 11 janvier. Arrivé sur place, Alexandre m’explique que non, on n’en aurait pas besoin, la dessinatrice invitée, Andrea Maria Dusl allait expliquer pourquoi elle s’y est opposé. Effectivement, c’est à elle que s’adresse la première question du modérateur lorsque le débat commence, peu après 19h. Étant elle-même dessinatrice (mais pas caricaturiste, elle a tenu à le préciser), Mme Dusl explique qu’elle ne souhaite pas être tuée dans dix ans pour avoir pris la parole devant un décor contenant éventuellement une caricature du prophète (vidéo). Lire la suite

27 janvier 2015 Posted by | Antisémitisme, Autriche | , | 10 commentaires

Même pas besoin de profaner le cimetière de Graz

Pour toutes les photos : (c) AP - Hans Punz

Pour toutes les photos : (c) AP – Hans Punz

Un peu partout en Europe, assez régulièrement, des cimetières sont profanés (voir les cas de Carcassonne, Carros, Oldenburg, ou même à 500m de chez moi, à Wien-Meidling). Des inconnus taguent des croix gammées. A Graz, deuxième ville d’Autriche et capitale de la Styrie, ce n’est pas nécessaire : les croix gammées sont déjà gravées sur les pierres tombales ! Le Dr. Tita Probst (cf. mon billet sur la folie des titres) est par exemple mort pour la « Grande Allemagne », tué en février 1934 en tentant de renverser le régime autrichien pour annexer le pays à l’Allemagne… et une belle croix gammée figure sur sa tombe. Interrogé par un journaliste, le porte-parole de la mairie de Graz, Thomas Rajakovics, a dit qu’il fallait y voir un ancien symbole représentant le soleil ! Mais de qui se moque-t-on ? Le prévôt Christian Leibnitz n’a pas été plus brillant, refusant même qu’une plaque explicative soit apposée car, selon lui, il y a d’autres symboles que celui-ci, « antireligieux » par exemple, qui peuvent déranger les visiteurs du cimetière. A Vienne par contre, le responsable des cimetières affirme qu’aucune des 500 000 tombes n’est ornée de croix gammée, et que si une telle pierre tombale était découverte, la croix serait effacée.

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8 février 2014 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Mémoire, Nazisme | , , , , | 9 commentaires

Alerte brune à Salzbourg !

Salzburg municipal cemetery 12-2013-ptLe 19 décembre dernier, un journaliste du Standard signalait que malgré de récentes arrestations dans le milieu néonazi, de nouveaux actes antisémites avaient été signalés à Salzbourg. Le monument à la mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale, pourtant peu explicite (« à la mémoire des victimes pour la liberté et la dignité humaine »), avait été recouvert d’une inscription avec les deux « S » de la SS, « Horst Wessel », du nom du soldat qui composa l’hymne du parti nazi, obligatoire avant tous les concerts de musique classique. A cette date, on signalait déjà que les « Stolpersteine », littéralement « pierre de trébuchement », ces pavés de métal signalant dans le sol, devant des habitations, l’ancienne présence de victimes de la guerre, avait été recouvertes de peinture. 

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1 février 2014 Posted by | Antisémitisme, Autriche | , , | 5 commentaires