Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Déjà vu

DSC03154-pt« Déjà vu » est une expression qu’on utilise aussi en allemand et en ce mois de juin 2015, c’est une manifestation du principal parti d’extrême droite, le FPÖ, qui est entrée en résonance avec un événement datant d’avril 1938. L’installation de Ruth Beckermann « L’image manquante » (mise en place en mars dernier et présentée dans ce billet) montrait les visages des Autrichiens se moquant des Juifs en train de brosser le sol avant le référendum validant l’Anschluss. Il s’agissait pour l’artiste d’illustrer et surtout de donner à voir ce sentiment de haine et de supériorité qui s’affichait sur les visages. Reprenant les photos du journaliste John Sobek des manifestants d’extrême droite opposés à l’arrivée des réfugiés au centre d’accueil de Vienne, dans le troisième arrondissement, Ruth Beckermann a modifié pendant 24 heures son installation, utilisant pendant ce court laps de temps le titre « déjà-vu » pour montrer ces visages-là (cf. ces photos). Le parallèle peut choquer puisqu’on sait aujourd’hui que ces séances d’humiliation ont servi de préludes à une extermination systématique des Juifs d’Europe (« Shoah« ). Aujourd’hui, la colère des militants du FPÖ ne s’adressait pas directement à l’encontre des demandeurs d’asile et il n’y a pas volonté d’anéantir les réfugiés, ni de les considérer comme des ‘Untermenschen‘… quoi que… lorsqu’on entend (vidéo ci-dessous) la député du FPÖ en charge des affaires sociales, Dagmar Belakowitsch-Jenewein, demander le 17 juin dernier au parlement que les expulsions se fassent en avions militaires pour ne pas que le pilote puisse refuser d’embarquer des demandeurs d’asile récalcitrants, on peut se mettre à douter. Lire la suite

19 juin 2015 Posted by | Uncategorized | , , , , | 8 commentaires

L’image manquante

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(photo JS)

Depuis le 12 mars 2015, en face du musée de l’Albertina, le monument contre la guerre et le fascisme d’Alfred Hrdlicka, datant de 1988, a été complété par une installation de la réalisatrice et historienne Ruth Beckermann intitulée « The missing image ». Au départ, la sculpture principale du monument ne représentait qu’un vieux juif barbu, difficilement reconnaissable, à quatre pattes avec une brosse. Peu de visiteurs comprenaient qu’il s’agissait d’une représentation de ‘Reibpartien’, ces scènes de mars 1938, après l’entrée des nazis en Autriche, pendant lesquelles des Juifs ont été contraints de frotter (‘reiben’) le sol pour effacer les slogans favorables à l’indépendance de l’Autriche. Ces slogans avaient été peints en vue du référendum du 10 avril sur le rattachement (‘Anschluss’) de l’Autriche au Reich, lequel reçut plus de 99,7% de votes favorables. Combien d’Autrichiens savent aujourd’hui l’immense ferveur qui régnait lors de l’arrivée des nazis dans le pays ? De nombreuses entrées de ce blog rappellent combien ce passé est plus ou moins volontairement occulté (voir à titre d’exemple ce texte au sujet de Otto de Habsbourg-Lorraine). Lire la suite

16 mars 2015 Posted by | Uncategorized | , | 13 commentaires

Those Who Go Those Who Stay – Poésie filmique et textile

TWGTWS-ptAprès le succès de son film American Passages, saisissant tableau des États-Unis à travers une série de portraits hauts en couleurs, la réalisatrice autrichienne Ruth Beckermann a fait le choix de se consacrer à un projet plus personnel, à la fois intimiste, par les références à sa propre biographie ou à ses précédents films, poétique et original, par le choix de la forme de narration, mais aussi engagé car le thème récurrent n’est autre que le conflit entre l’Occident et le reste du monde à travers les phénomènes de migration et de globalisation.

Sans la moindre information préalable sur ce film, le spectateur peut être dérouté, voire se sentir désarçonné. Il s’agit d’une douzaine de saynètes sans rapport évident les unes avec les autres et brisant quelques tabous du film documentaire. Certains personnages regardent la caméra et s’adressent à la réalisatrice, on ne sait pas toujours précisément où les séquences ont été tournées (il s’agit d’ailleurs parfois de plans filmés il y a vingt ans), il y a des plans flous et des cadrages hésitants, des propos parfois décousus, mais celui ou celle qui se laissera prendre dans le flux d’images, entraîné par la superbe bande son (Atanas Tcholakov et Gerhard Daurer), vivra une expérience de cinéma assez unique. Lire la suite

16 mars 2014 Posted by | Autriche, Cinéma | , , | Laisser un commentaire

De l’identité juive et de la difficulté de son expression à Vienne

Traité sur la Tolérance de Voltaire, Édition Varberg, Amsterdam, 1765

Artikel in der Wiener Zeitung (sachlich aber eher gut), « Eine Frage des Pluralismus » (von Alexia Weiss – hier eine schlechtere Fassung auf Die Jüdische). Eine reine Schande, « Jüdische Kulturschaffende, ausbleibende Entschuldigungen und Fremdschämen » von Bettina Weissengruber auf Die Jüdische, mit meinen Anmerkungen als PDF.

C’est dans une salle archicomble, avec environ 150 personnes, que s’est tenue au Centre de la communauté juive de Vienne, le lundi 17 janvier 2011, une réunion pas comme les autres. Depuis quelques années, le Festival du film juif pose problème à la représentation officielle de la communauté juive en Autriche (IKG). La religion juive a été officiellement reconnue en Autriche dès 1890 (l’islam en 1912, soit dit en passant), et l’IKG a avant tout été fondée pour représenter la religion juive… un peu comme les consistoires en France à l’époque napoléonienne. Toutefois, en l’absence de séparation entre l’État et les religions, cette « Communauté du culte israélite » (traduction littérale) entend décider de ce que doit être la bonne culture juive. A cause de deux films, que les dirigeants de l’IKG reconnaissent d’ailleurs ne pas avoir vus (Brit/convenant, sur les sentiments de femmes orthodoxes vis-à-vis de leur bébé, avant la circoncision, et Fucking different Tel Aviv sur la vie et les amours dans cette ville), le directeur du festival n’a pas eu le droit d’acheter un encart publicitaire pour annoncer les dates du festival dans le mensuel de la communauté, ni d’envoyer (aux frais du festival bien sûr) le programme aux abonnés du mensuel. Excédées par cette forme insidieuse de censure, dont le magasine profil s’était fait l’écho, environ 200 personnes ont signé une pétition pour exiger plus de tolérance, pour que le Secrétaire général aux affaires juives de l’IKG, M. Fastenbauer, ne donne plus d’entretien au nom de la communauté dans les journaux, pour que la liberté artistique soit respectée.

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19 janvier 2011 Posted by | Cinéma, Israel, Judaïsme, Uncategorized | , , , , , , , , | Un commentaire

Malaise autrichien – Unbehagen in der (österreichischen) Kultur

Hier unten auf Deutsch, ein Austausch mit Klaus Hipfl, ORF-Redakteur in der Abteilung Fernsehfilm (mit seiner Genehmigung).

La première autrichienne du film israélien Defamation (de Yoav Shamir, produit par Knut Ogris) a eu lieu à Vienne le 20 janvier au soir. La participation de l’Autriche au financement du film, tout comme le débat organisé à l’issue de cette projection, témoignent d’un malaise palpable vis-à-vis d’Israël et du génocide juif.

Le film est problématique car il aborde deux sujets délicats, sans donner les moyens à tous les spectateurs d’en saisir les enjeux. Plus embêtant encore, des propos tenus dans le film risquent d’alimenter un antisémitisme qui, en Autriche, est déjà bien présent (29% pour une extrême-droite ‘décomplexée’, lors des dernières élections législatives de septembre 2008 et un troisième président du Parlement, Martin Graf, qui ne cache pas son appartenance à Olympia, un groupuscule néo-nazi).

De quoi s’agit-il dans ce film ?

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21 janvier 2010 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Catholicisme, Mémoire, Nazisme, Uncategorized | , , , , , | 4 commentaires