Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Compte-rendu d’une manifestation antifasciste… interdite en Autriche !

(c)JSEncore une maladresse ‘made in Austria’ qui méritait d’être soulignée : c’est très précisément 65 ans après la libération d’Auschwitz, le 27 janvier dernier, que la police viennoise a décidé d’interdire la manifestation qui visait à protester contre le ‘Bal viennois de la corporation’ (WKR-Ball). Mais derrière cette maladresse, c’est bien plus grave ! Ce bal, fondé en 1952, est devenu au fil des ans le lieu de rendez-vous de tout ce que l’Autriche comporte de plus nauséabond… avec des invités aux noms qui se passent de commentaire, comme Jean-Marie Le Pen, présent en 2008 aux côtés des fascistes de l’Ataka de Bulgarie, du Vlaams Belang etc. Parmi les hôtes réguliers, une majorité de représentants des corporations étudiantes (ici un excellent article à ce sujet). Ces corporations autrichiennes (‘Burschenschaften’) défendent une grande Allemagne et se montrent facilement nostalgiques du Troisième Reich. Leurs membres se reconnaissent avec des cicatrices au visage, obligatoirement à l’épée, selon des rites d’une autre époque. La Burschenschaft Olympia, qui perdure depuis 1859, est devenue un groupement ouvertement néo-nazi. Ils se sont notamment illustrés en invitant en 2005 un négationniste notoire, David Irving, pour une « conférence ». Sur leur site, on lit aujourd’hui, en 2010 (!), “En tant qu’Allemand, on peut être fier de bien des choses. C’est là que que l’expression ‘n’oublions jamais’ prend tout son sens.”

Les photos du bal, les années précédentes, sont éloquentes. On y voit souvent Heinz-Christian Strache et Martin Graf, respectivement président du FPÖ (extrême-droite) et troisième président du Parlement, élu par les conservateurs et quelques sociaux-démocrates. En 2008, pas moins de cinq recteurs d’universités autrichiennes étaient affichés dans le comité d’honneur de ce bal ! On retrouve d’ailleurs le nom de Peter Skalicky, qui a décoré un négationniste en décembre 2009 (avant de retirer la décoration, sous la pression des protestations, à la mi-janvier, cf. ce billet)

Ce bal, ça ressemble à ça (ici l’ouverture du bal 2009)

La Hofburg où se tient ce bal est un des lieux symboliques les plus importants d’Autriche. Comment imaginer qu’il puisse être loué à la crème des nazillons autrichiens ? Et bien c’est un effet intéressant des privatisations dans le pays. C’est une compagnie privée qui gère les lieux, la Wiener Kongresszentrum Hofburg Betriebsges.m.b.H. et – c’est bien connu – l’argent n’a pas d’odeur. Le chargé de presse explique avec candeur, comme c’est reporté dans cet article du Standard, “ Ce bal fait partie des plus nobles qui ont lieu chez nous ; deux tiers des invités sont allemands. Il a lieu depuis des décennies et cela ne fait que trois ans qu’il y a cette excitation autour de ce bal. ” No comment!

(c)JSL’an dernier, la manifestation de protestation avait été autorisée. Quelques provocations avaient conduit à des arrestations. Cette année, la tension était palpable dès le début puisque malgré l’interdiction, le rassemblement avait été maintenu. Le député des Verts Karl Öllinger, porte-parole de son parti pour les affaires sociales, avait annoncé que les Verts avait tenté de déposer une autre demande d’autorisation, en vain hélas. Il était présent à la manifestation. Certains anarchistes étaient camouflés, tout en noir avec grosses lunettes noires et capuches, mais d’autres avaient trouvé des modes alternatifs d’expression plus réjouissants. Un Samba-Block rassemblait des clowns et des musiciens. Parfois, ils se figeaient et criaient « This is how democracy looks like! ». Ils s’amusaient aussi avec les flics en faction, c’était excellent ! Moins rigolo, selon un tweet de rosaantifawien, la police aurait fini par les charger, avec une ou deux arrestations (« lt. Radio Orange hat Polizei Samba-Block brutal angegriffen, weil « zu laut », dabei offenbar 1-2 Festnahmen »)

Ici toutes mes photos, il y avait de quoi faire (canons à eau et nombreuses brutalités des forces de l’ordre. J’ai d’ailleurs été bousculé pour avoir osé prendre la photo de quatre policiers attaquant un photographe). , une autre galerie de photos.

Bilan (Tweets ici) : on déplore 673 contraventions,  14 arrestations et de nombreux blessés parmi les manifestants, dont deux à l’hôpital (bilan du Standard puis ORF). La violence des policiers fut signalée dans quelques journaux (ici, une vidéo sur l’usage de gaz lacrymogène). Les nazillons pouvaient valser tranquillement sous le regard bienveillant des anciens, la police autrichienne veillait.

Sur le site de l’ORF, le bal des néonazis était appelé bal des étudiants !

Plus grave que tout, ces commentaires trouvés par hasard sur le site du journal die Krone:

Je n’ai pas le courage de traduire tout ça, c’est trop abjecte !

30 janvier 2010 - Posted by | Autriche, Europe, Nazisme, Uncategorized | , , , ,

4 commentaires »

  1. merci de documenter ceci en français !

    a+
    andré

    Commentaire par André M. Winter | 30 janvier 2010 | Répondre

  2. Bonjour Jérôme!

    Je passais hier dans Schlosselgasse dans le 8ème, (perpandiculaire de Laudongasse). Il y a dans cette rue un bâtiment jaune avec un drapeau ressemblant à celui de l’Allemagne. Ce batiment était tagué (Anars, Nazis out) et s’était vu jeter de la peinture rouge dessus.

    Est-ce en rapport avec l’épisode du 27? D’ailleurs, je suis passé devant ce bâtiment le 27.

    David

    Commentaire par David | 31 janvier 2010 | Répondre

    • Je crois que je connais ce bâtiment dont tu parles, il est tagué, en effet, mais depuis longtemps.

      Commentaire par segalavienne | 31 janvier 2010 | Répondre

  3. Bonjour Jérôme,
    Toujours juste, pertinent dans le choix des thèmes et bien documenté. Les commentaires sur le site de la Kronen Zeitung,vraiment abjects.
    Une petite contribution pour le 65e anniversaire
    de la libération du camp d’extermination nazi
    Auschwitz-Birkenau, mercredi 27 janvier 2010.
    Une chanson grecque qui parle des jeunes femmes déportées et exterminées dans les camps de la mort. Un texte émouvant et magnifique :

    In 1985 Theodorakis gave a concert in Belgium with his ensemble. Here are the songs of that concert. Asma Asmaton from the cycle Mauthausen (Kambanellis) sung by Maria Farantouri
    C’est chanté en grec, sous-titré en néerlandais. Je ne l’ai pas trouvé, sous-titré dans une autre langue.
    Traduction :
    CHANT DES CHANTS (ASMA ASMATON)

    Quelle est belle, mon amour
    Avec sa robe de tous les jours
    Avec un petit peigne dans ses cheveux
    Personne ne le savait, qu’elle était aussi belle.
    Jeunes filles d’Auschwitz,
    Jeunes filles de Dachau,
    N’avez-vous pas vu mon amour?

    Nous l’avons vue, dans un lointain voyage
    Elle ne portait plus sa robe
    Ni de peigne dans ses cheveux.
    Qu’elle est belle, mon amour
    Choyée par sa mère
    et les baisers de son frère.
    Personne ne le savait, qu’elle était aussi belle.
    Jeunes filles de Mauthausen,
    Jeunes filles de Belsen,
    N’avez-vous pas vu mon amour?
    Nous l’avons vue sur la place gelée,
    Un numéro dans sa main blanche
    et une étoile jaune sur le cœur.

    une version moins pro, dans un quartier populaire d’Athènes

    encore

    Commentaire par Michel | 31 janvier 2010 | Répondre


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