Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

« Le garçon sera circoncis » ou du théâtre comme agora

Volkstheater_Der_Junge

L’affiche de la pièce

Une femme qui approche la quarantaine est sur scène avec neuf enfants ; ils prennent tour à tour la parole. « Pour moi, circoncire mon fils c’était honorer la mémoire de mon grand-père déporté », « On nous mettait des robes pour la cérémonie de circoncision alors certains couraient et allaient se cacher au village d’à côté pour espérer y échapper, mais on les trouvait toujours », « C’est l’alliance avec Dieu, ok, mais les filles en sont exclues ? », « Il y en qui disent que c’est à cause de leur circoncision que les jeunes musulmans, trahis par leur mère, ont un rapport si malsain avec les femmes… », « Dans le village voisin, en Turquie, il y a eu un mort suite à la circoncision, une infection », « Dans le discours des opposants à la circoncision on sent de l’antisémitisme et du racisme contre les musulmans », « Les adultes n’ont rien à faire sur les parties génitales des enfants ! »

Tels sont, de mémoire, quelques-uns des propos que l’on entend lors de la pièce de théâtre intitulée Le garçon sera circoncis (Der Junge wird beschnitten). Il s’agit de la première pièce mise en scène par Anja Salomonowitz, jusqu’ici connue en Autriche pour ses films documentaires. Elle a fait le choix audacieux de traiter, essentiellement avec des enfants, d’un sujet pour le moins délicat : la circoncision. Lire la suite

5 avril 2016 Posted by | Autriche, Judaïsme, Religion, Sexisme, signes religieux | , , | Un commentaire

Derniers hommages à neuf victimes du camion

DSC04116-ptIl y a un “avant” et un “après” Parndorf, ce lieu où, le 27 août 2015, un camion charnier a été retrouvé avec 71 corps de demandeurs d’asile en voie de décomposition (cf. ce billet). A ce jour, tous les corps n’ont pas encore été identifiés. Certaines victimes ont été enterrées en Irak, quatre Syriens ont été enterrés à Vienne le 7 octobre et le vendredi 16 octobre dernier, neuf personnes ont été inhumées au cimetière musulman de Vienne. Les membres des familles des défunts ont été prévenus au dernier moment et c’est la veille au soir, vers 20h, que j’ai appris la nouvelle : l’enterrement devait avoir lieu le lendemain à 15h. Mon contact syrien, un cousin d’une des victimes, acceptait qu’une équipe de télévision française se rende à la cérémonie. Après de longs échanges avec l’équipe d’Envoyé spécial que j’avais accompagnée la semaine précédente (cf. ce billet), et qui revenait juste d’un tournage en Bulgarie dans le camp de Roms d’où venait le chauffeur du camion, les journalistes français sont arrivés et j’ai pu recruter comme interprète pour l’arabe un demandeur d’asile du centre de mon quartier. Nous étions les seuls journalistes sur place pour trois heures bien chargées en émotion. Sept Afghans et deux Syriens étaient enterrés à tour de rôle après quelques discours et une prière. Lire la suite

19 octobre 2015 Posted by | Autriche, Religion | , , , | 3 commentaires

Homo Austriacus porcinus

DSC_0903

Sur la cabane d’un stand

Les premières divinités connues étaient représentées dans l’art rupestre sous des formes animales, essentiellement au paléolithique supérieur. Aujourd’hui encore, des animaux font l’objet de cultes particuliers, sur tous les continents. Ainsi, à Paris, on peut assister chaque année, fin août ou début septembre, à la fête de Ganesh, le dieu à tête d’éléphant des hindous (cf. site officiel). En Autriche, dans un esprit à la fois syncrétique et animiste que tolère le catholicisme dominant, c’est le cochon qui est vénéré. En achetant ou offrant des petites figurines ou peluches représentant cet animal, les Autrichiens (comme les Allemands) entendent s’attirer les faveurs du Grand horloger et passer une « bonne année ». L’expression « avoir de la chance, avoir du ‘pot’ » se traduit d’ailleurs en allemand par « Schwein haben », littéralement « avoir du cochon ». A Vienne, entre le 27 et le 31 décembre, on trouve une profusion de stands où se vendent des « Glücksschweinderln », des petits cochons censés porter chance, car la moitié des Autrichiens achètent un tel talisman au Nouvel an. Lire la suite

5 janvier 2015 Posted by | Autriche, Religion | , | 43 commentaires