Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

L’AfD en Allemagne, la mémoire vivante du nazisme en Autriche

landeckAlors qu’en Autriche on s’émeut, non sans raison bien sûr, de l’entrée d’un parti d’extrême droite allemand au Bundestag suite aux élections du 24 septembre, peu de commentateurs s’intéressent aux dernières actualités concernant le néonazisme et l’extrême droite en Autriche – pays où l’extrême droite est non seulement depuis longtemps au parlement mais où elle a été au pouvoir de 2000 à 2006 et pourrait bien y revenir après les élections législatives prévues le 15 octobre prochain. La métaphore de la paille et de la poutre, encore et toujours…

Prenons le Tyrol par exemple, l’une des neuf provinces autrichiennes, province que l’extrême droite ne codirige pas (comme c’est le cas au Burgenland ou en Haute-Autriche). Lors de l’ouverture de l’Oktoberfest de Munich, un défilé de fanfares traditionnelles a toujours lieu. Le 22 septembre, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung rapportait que deux fanfares du Tyrol avaient joué une marche nazie, la « Standschützenmarsch ». Lire la suite

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26 septembre 2017 Posted by | Autriche, Extrême droite, FPÖ, Mémoire, Nazisme | , , , | 5 commentaires

Compromis(sion) du nouveau président autrichien

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“Des nazis dans la Hofburg ? Ca fait tellement 1938! Non au WKR-Ball” (manifestation de janvier 2012)

Le 27 janvier est la journée internationale de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité, en souvenir de la libération du camp d’Auschwitz par l’armée soviétique, il y a 72 ans. Or, chaque année depuis 1952, à cette période, le gratin de l’extrême droite autrichienne et européenne se réunit à Vienne pour « l’Akademikerball » (avant 2013 sous l’appellation « WKR-Ball »). Il s’agit d’un bal où l’on retrouve chaque année des négationnistes notoires ou des représentants de groupuscules néonazis. Jean-Marie Le Pen y fut invité, sa fille Marine aussi, le 27 janvier 2012, ce qui avait d’ailleurs eu des conséquences judiciaires en France, SOS Racisme gagnant le procès que le Front national lui avait intenté en diffamation. Depuis 2010, de nombreux manifestants exigent que ce bal de la honte ne se tienne pas dans la Hofburg, siège de la présidence autrichienne, équivalent de l’Elysée pour la France. En 2011, la manifestation contre le WKR-Ball avait été interdite précisément  le 27 janvier, lorsque les forces antifascistes souhaitaient s’opposer à la tenue de ce bal dans ce lieu (cf. ce billet). La date est lourde de symbole.

A Vienne, la veille du 27 janvier 2017, le président Alexander van der Bellen, proche des écologistes, a pris ses fonctions et a prêté serment, suite à son élection contre le candidat d’extrême droite au terme d’une campagne de près de dix mois le 4 décembre dernier. Interrogé par des lycéens sur la tenue de l’Akademikerball le 3 février prochain (les organisateurs ont sciemment évité cette année la date du 27 janvier), Lire la suite

28 janvier 2017 Posted by | Autriche, FPÖ, Mémoire, Nazisme, Uncategorized | , , , | 5 commentaires

Rivalité de la mémoire et de l’oubli

bechardgasse-23A nouveau, voilà un invité sur ce blog, Louis-Albert Serrut, auteur réalisateur qui après avoir raconté ses impressions à la vue de l’une des tours de DCA conservées à Vienne, aborde ici un autre aspect de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.

Étonnements d’un touriste à Vienne – Rivalité de la mémoire et de l’oubli

Une amie m’a fait lire, inscrit à la craie sur le trottoir, Bechardgasse 23, dans le troisième arrondissement de Vienne, un texte en allemand. « In Gedenken an Bronia Lichtenstein liebevolle Mutter und Nachbarin, die heute den 11.10. im Jahr 1943 in Auschwitz ermordet wurde ». Sa signification est si transparente que sa traduction devient presque inutile : « A la mémoire de Bronia Lichtenstein, mère aimante et voisine qui aujourd’hui le 11 octobre en l’année 1943 a été assassinée à Auschwitz. »

Cette inscription qui rappelle le drame est un geste de mémoire qui refuse l’oubli. Retracée chaque année avec les mêmes mots à la date anniversaire, l’inscription manifeste la volonté de survivance de la mémoire de la déportée. Elle est un de ces événements que mentionnait Vladimir Jankélévitch dans son texte « L’imprescriptible » publié dans « La Revue administrative » de février 1965. Lire la suite

19 octobre 2016 Posted by | Mémoire, Uncategorized | , | Laisser un commentaire

Alma Mahler et le passé de l’Autriche

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Toujours quelqu’un ! Toujours quelque part ! Toujours à un moment donné ! Jamais moi ? Jamais ici ? Jamais maintenant ?

Alma Mahler représente à sa façon les grandes heures de la monarchie austro-hongroise : composant elle-même, elle était proche de la plupart de ceux qui firent la richesse culturelle de Vienne autour de 1900 (Gustav Klimt, Arnold Schönberg, Koloman Moser, Alban Berg…). Elle fut aussi l’épouse de Gustav Mahler de 1902 jusqu’à la mort prématurée de ce dernier, en 1911 (à 50 ans). Alma est aussi connue en tant que femme de l’architecte Walter Gropius, compagne du biologiste Paul Kammerer, du peintre Oskar Kokoschka et enfin de Franz Werfel, ecrivain qui fut son mari de 1929 à 1945. Avec l’arrivée des nazis en Autriche, en 1938, Alma fuit son pays pour la France. Depuis 1996, une pièce de théâtre interactive écrite par Joshua Sobol porte son prénom. La pièce, mise en scène par Paulus Manker, a été jouée plus de 400 fois, de Venise à Los Angeles, de Jérusalem à Lisbonne et bien sûr souvent à Vienne.

Actuellement, elle est à l’affiche à Wiener Neustadt, une des principales villes de Basse-Autriche. Le spectacle se déroule dans l’immense « Roigk-Halle » (30m de haut), mais le passé de ce bâtiment n’est pas mentionné lors des représentations. Ce gigantesque hangar fut pendant la Seconde Guerre mondiale l’un des cinquante camps annexe de Mauthausen.  Lire la suite

27 août 2014 Posted by | Autriche, Mémoire, Nazisme | , , , , , , | 3 commentaires

Même pas besoin de profaner le cimetière de Graz

Pour toutes les photos : (c) AP - Hans Punz

Pour toutes les photos : (c) AP – Hans Punz

Un peu partout en Europe, assez régulièrement, des cimetières sont profanés (voir les cas de Carcassonne, Carros, Oldenburg, ou même à 500m de chez moi, à Wien-Meidling). Des inconnus taguent des croix gammées. A Graz, deuxième ville d’Autriche et capitale de la Styrie, ce n’est pas nécessaire : les croix gammées sont déjà gravées sur les pierres tombales ! Le Dr. Tita Probst (cf. mon billet sur la folie des titres) est par exemple mort pour la « Grande Allemagne », tué en février 1934 en tentant de renverser le régime autrichien pour annexer le pays à l’Allemagne… et une belle croix gammée figure sur sa tombe. Interrogé par un journaliste, le porte-parole de la mairie de Graz, Thomas Rajakovics, a dit qu’il fallait y voir un ancien symbole représentant le soleil ! Mais de qui se moque-t-on ? Le prévôt Christian Leibnitz n’a pas été plus brillant, refusant même qu’une plaque explicative soit apposée car, selon lui, il y a d’autres symboles que celui-ci, « antireligieux » par exemple, qui peuvent déranger les visiteurs du cimetière. A Vienne par contre, le responsable des cimetières affirme qu’aucune des 500 000 tombes n’est ornée de croix gammée, et que si une telle pierre tombale était découverte, la croix serait effacée.

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8 février 2014 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Mémoire, Nazisme | , , , , | 9 commentaires

Notre ville !

Médaillon représentant trois expressions différentes de l’identité juive, avant 1900

Il s’agit pour les deux concepteurs, Werner Hanak-Lettner et Danielle Spera (également directrice dudit musée), de s’interroger sur les rapports qu’entretiennent les Juifs avec leur ville, du Moyen Âge à nos jours, la césure étant très logiquement la Seconde Guerre mondiale qui sépare d’ailleurs la partie à l’étage de celle située au rez-de-chaussée. Placer la période contemporaine au début de l’exposition permet d’ailleurs d’ancrer celle-ci dans la cité, et ce d’autant plus facilement qu’on trouve dans la première salle des citations de nombreuses personnalités juives contemporaines très présentes dans la vie culturelle comme Oscar Bronner – fondateur en 1988 du quotidien autrichien de référence, Der Standard – qui écrit « la patrie [‘Heimat’ est intraduisible] est pour moi un concept chargé, pour moi la patrie c’est le monde mais c’est à Vienne que je me sens chez moi », Doron Rabinovici – historien, écrivain et essayiste israélien installé depuis 1964 à Vienne (*) ou encore Ruth Beckermann (réalisatrice à qui la cinémathèque du Centre Pompidou a consacré une rétrospective en 2002). Cependant, cette première salle saluant les intellectuels juifs est à l’image du pays, marquée par une relation dialectique de type amour/haine entre les Juifs et l’Autriche. Sur le mur opposé à ces citations, on retrouve des propos directement antisémites, tenus par les plus hauts dirigeants comme le chrétien-conservateur Leopold Kunschak, vice-maire de Vienne (1945-1946) et président du Parlement (1945-1953), qui déclarait le 14 septembre 1945 « J’ai toujours été un antisémite et je le suis encore aujourd’hui », ou Karl Renner (président social-démocrate du pays de 1945 à 1950) qui précisait de son côté, en 1946, « bien entendu nous n’accepterions pas qu’une nouvelle communauté juive issue de l’Europe de l’Est vienne ici et s’établisse, alors que nos propres gens ont besoin de travail ».

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22 décembre 2013 Posted by | Autriche, Judaïsme, Mémoire | , , , , , , | Laisser un commentaire

Pavillon autrichien à Auschwitz : enfin du nouveau !

auschwitz_eingangsbereich-ptAu musée d’Auschwitz, les victimes sont aussi honorées dans des pavillons nationaux. Il n’y a pas de pavillon allemand car l’Allemagne est le pays des bourreaux du lieu, mais jusqu’au 22 octobre dernier, il y en avait un pour l’Autriche. Depuis 1978, le pays s’y présentait, dès la première salle, comme la « première victime du national-socialisme ». Pas un mot sur les 700 000 Autrichiens qui étaient membres du NSDAP et rappelons, encore et toujours, qu’aujourd’hui encore beaucoup d’Autrichiens oublient facilement que c’est Hitler et non Beethoven qui était autrichien et que si l’Autriche représentait 8% de la population du Reich, les Autrichiens fournissaient 14% du personnel des SS, 40% du personnel des camps d’extermination… et 70% des services responsables de la logistique de la solution finale sous la direction d’Eichmann. (1) Lire la suite

12 novembre 2013 Posted by | Mémoire | , | Un commentaire

« Dessiner contre l’oubli » au Leopoldmuseum – impressions mitigées…

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Leo Schejner, dessiné de 2010 à 2103 (c) VBK, Wien/Vienna 2013

Depuis le 17 mai, une nouvelle exposition intitulée « Dessiner contre l’oubli » est proposée au Leopoldmuseum (jusqu’au 2 septembre). Il s’agit de dessins au fusain réalisés par Manfred Bockelmann sur de grandes toiles de jute (150 x 110 cm). A partir de photos anthropométriques faites par les nazis à l’arrivée dans le camp d’Auschwitz, le dessinateur entreprend de restituer la part d’humanité d’enfants qui – pour l’immense majorité d’entre eux – ont péri dans les camps. Sur la soixantaine de portraits dessinés, une bonne trentaine sont exposés.

La plupart ont déjà les cheveux rasés, ce qui était fait dès l’arrivée. D’autres, les enfants roms, ont encore leurs cheveux car leur photo devait servir les projets prétendument « scientifiques » des nazis. Les visages ne sont pas encore marqués par la faim et la douleur, l’artiste s’est appliqué à retranscrire le regard de la façon la plus humaine possible, tentant de leur restituer leur dignité. Pour cela, le détail des yeux est décisif et il explique qu’il cherche le moment où chaque portrait lui « parle ».

Ses motivations demeurent cependant peu claires. Dans l’entretien au quotidien Der Standard, il explique ainsi qu’il avait toujours eu des réticiences à travailler sur l’extermination des Juifs car il n’en avait pas été le témoin. « il y a trois ans je me suis dit ‘En 2013 tu auras 70 ans, il ne manquait plus que ça que tu sois invité à une grande exposition !’ » (source). Lire la suite

21 mai 2013 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Mémoire, Nazisme, Roms | , , , | Laisser un commentaire

Espoir et désespoirs

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Nelly N., jetée sur les voies du métro le 5 janvier dernier

UPDATE à la fin de l’article

La dernière semaine fut très mitigée en Autriche. D’abord, il y eut les élections régionales du 3 mars, en Basse-Autriche et en Carinthie, fief de l’extrême droite depuis la fin des années 1980. Dans ce dernier Land, bonne surprise, le FPK lié au sémillant Heinz-Christian Strache est passé de 45 à 17% mais il ne faut pas oublier que l’autre parti d’extrême droite, le BZÖ, a obtenu 6% des voix et que le parti populiste « Team Stronach » (le nom de son chef est dans le titre du parti) a remporté 11% des suffrages (résultats). Cela fait tout de même 34% pour les populistes de droite (cf. sur ce blog, un billet à ce sujet) ou d’extrême droite (11 points de moins qu’en 2009). Le gouverneur du Land sera donc social-démocrate et non plus d’extrême droite, ce qui est une bonne chose. Seulement, les électeurs se sont-ils vraiment détournés de l’idéologie xénophobe ou souhaitaient-ils seulement sanctionner un parti lourdement impliqué dans différents scandales financiers ? Le même jour, le FPÖ de Strache passait de 10 à 8% en Basse-Autriche (résultats).
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Pas sûr qu’il y ait de quoi signaler la fin de l’extrême droite, comme le fait en ce dimanche 10 mars l’hebdomadaire profil qui d’ailleurs légitime implicitement ces partis avec l’appellation « Rechte » ou lieu de « Extremrechte ».

Alors que certains bien-pensants se réjouissent de cette cuisante défaite électorale, on ne les entend pas commenter l’actualité judiciaire. Le 7 mars, un homme de 51 ans qui avait jeté sur les voies du métro une Kényane après avoir prononcé des insultes racistes… a été condamné à un an de prison avec sursis ! Lire la suite

10 mars 2013 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Judaïsme, Mémoire, Nazisme | , , | Un commentaire

Spielmann rocks like Falco now!

Cliquer pour zoomer

Parfois, il faut montrer de la pugnacité pour inciter nos amis autrichiens à faire face à ce passé qui décidément a du mal à passer. Le 12 octobre 2011, soit il y a environ seize mois, je signalais que la place Spielmann, devant le local de la fédération viennoise des échecs, portait deux inscriptions pour le moins lacunaire. Sur le bâtiment de la fédération on pouvait lire une longue biographie du joueur d’échecs, Rudolf Spielmann, qui stipulait simplement qu’il était mort à Stockholm en 1942… et non qu’il se trouvait dans la capitale suédoise en raison des persécutions dont il fut victime en tant que Juif, et qu’il était mort dans la plus noire misère. Cette plaque demeure, malgré toutes mes actions, mais pour l’autre plaque, officielle, installée par la mairie de Vienne, ‘Victoire !’ 🙂

Les échanges, ici anonymisés bien sûr, sont assez révélateurs. D’abord, les représentants officiels de la communauté juive (IKG) n’avaient rien trouvé à redire au texte de la plaque officielle, « Rudolf Spielmann (1883 – 1942), Profischachspieler » (joueur d’échecs professionnel). Après un courriel et une relance, j’ai fini, au bout de deux semaines, par obtenir une réponse du « secrétaire des affaires juives » (!) de l’IKG, expliquant qu’ils approuvaient mes démarches, étaient prêts à les soutenir, mais qu’il valait mieux concentrer les efforts sur la ville de Vienne plutôt que sur la fédération des échecs. A la ville de Vienne, là aussi après relance, on m’a fait la réponse ci-dessous : Lire la suite

10 février 2013 Posted by | Autriche, Mémoire | , , , | 4 commentaires