Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Rivalité de la mémoire et de l’oubli

bechardgasse-23A nouveau, voilà un invité sur ce blog, Louis-Albert Serrut, auteur réalisateur qui après avoir raconté ses impressions à la vue de l’une des tours de DCA conservées à Vienne, aborde ici un autre aspect de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.

Étonnements d’un touriste à Vienne – Rivalité de la mémoire et de l’oubli

Une amie m’a fait lire, inscrit à la craie sur le trottoir, Bechardgasse 23, dans le troisième arrondissement de Vienne, un texte en allemand. « In Gedenken an Bronia Lichtenstein liebevolle Mutter und Nachbarin, die heute den 11.10. im Jahr 1943 in Auschwitz ermordet wurde ». Sa signification est si transparente que sa traduction devient presque inutile : « A la mémoire de Bronia Lichtenstein, mère aimante et voisine qui aujourd’hui le 11 octobre en l’année 1943 a été assassinée à Auschwitz. »

Cette inscription qui rappelle le drame est un geste de mémoire qui refuse l’oubli. Retracée chaque année avec les mêmes mots à la date anniversaire, l’inscription manifeste la volonté de survivance de la mémoire de la déportée. Elle est un de ces événements que mentionnait Vladimir Jankélévitch dans son texte « L’imprescriptible » publié dans « La Revue administrative » de février 1965. Lire la suite

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19 octobre 2016 Posted by | Mémoire, Uncategorized | , | Laisser un commentaire

Pavillon autrichien à Auschwitz : enfin du nouveau !

auschwitz_eingangsbereich-ptAu musée d’Auschwitz, les victimes sont aussi honorées dans des pavillons nationaux. Il n’y a pas de pavillon allemand car l’Allemagne est le pays des bourreaux du lieu, mais jusqu’au 22 octobre dernier, il y en avait un pour l’Autriche. Depuis 1978, le pays s’y présentait, dès la première salle, comme la « première victime du national-socialisme ». Pas un mot sur les 700 000 Autrichiens qui étaient membres du NSDAP et rappelons, encore et toujours, qu’aujourd’hui encore beaucoup d’Autrichiens oublient facilement que c’est Hitler et non Beethoven qui était autrichien et que si l’Autriche représentait 8% de la population du Reich, les Autrichiens fournissaient 14% du personnel des SS, 40% du personnel des camps d’extermination… et 70% des services responsables de la logistique de la solution finale sous la direction d’Eichmann. (1) Lire la suite

12 novembre 2013 Posted by | Mémoire | , | Un commentaire

Le 8 mai comme jour de joie, enfin !

heldenplatzL’an dernier encore, je publiais un billet intitulé « le 8 mai en Autriche… encore, malheureusement encore« . En effet, jusqu’à l’an dernier, les pouvoirs publics laissaient les corporations étudiantes se recueillir pour honorer les soldats nazis. Cette année, grand progrès, l’orchestre symphonique a joué sur la Heldenplatz dans une grande « Fête de la joie » marquant la libération de l’Autriche. Pour empêcher les néo-nazis et leurs  sympathisants de se recueillir devant la crypte du soldat gisant (contenant un message pro-nazi), le nouveau ministre de la défense, Gerald Klug, a décidé que des soldats de la Bundesheer occuperaient les lieux toute la journée (par contre ils peuvent encore se réunir dans la cour intérieure de l’université de Vienne).

Le comité autrichien de Mauthausen qui organisait la Fête a estimé que 10 000 personnes étaient venues écouter l’orchestre symphonique sous la direction de Bertrand de Billy. Les Verts appellent à faire du 8 mai un jour férié pour les écoliers viennois, c’est un bonne idée pour une deuxième étape après cette fête de la joie très réussie. Lire la suite

9 mai 2013 Posted by | Uncategorized | , , | 4 commentaires

Encore et toujours : ce passé qui est occulté…

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A Vienne, les grands matchs de foot se jouent au Ernst-Happel-Stadion, du nom du joueur autrichien Ernst Happel (1925-1992) qui commença sa carrière en 1942 pour l’équipe du Rapide de Vienne. A côté, depuis juillet dernier, il y a une petite bicoque en bois vert de style préfabriqué, la Maison des échecs (« Schachhaus »), sur un espace baptisé Place Rudolf Spielmann. Une plaque commémorative retrace la vie de ce joueur d’échecs né à Vienne en 1883 et mort à Stockholm précisément en 1942, lorsqu’Ernst Happel commençait à tendre le bras droit dans les stades enthousiastes.

Cette plaque ne mentionne QUE les performances du joueur et ses qualités de jeu. PAS UN MOT sur les raisons de sa mort en 1942, ni sur le fait qu’il était juif. En mars 1938, Rudolf Spielmann était aux Pays-Bas, jouant un tournoi en simultanée. Ne pouvant pas rentrer en Autriche à cause de son passeport devenu obsolète, il s’est rendu à Prague pour y retrouver la famille de son frère. En décembre 1938,  il adresse une lettre désespérée au président de la fédération suédoise des échecs, l’implorant de lui trouver un moyen de l’accueillir dans ce pays.

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12 octobre 2011 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Mémoire, Nazisme, Sport | , , , | 2 commentaires