Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Recrutement à Vienne d’une ultranationaliste ukrainienne néonazie

Le 11 janvier dernier, l’Institut des sciences de l’homme (IWM), à Vienne, affichait la liste des nouveaux lauréats recrutés comme chercheurs pour une durée de six mois. Parmi les „Junior visiting Fellows“, le nom d’Olena Semenyaka apparaissait, avec une fiche précisant qu’elle allait travailler sur « Jan Patočka au sujet de la dialectique des Lumières d’Ernst Jünger et “l’Europe après l’Ukraine” ». Les réactions furent vives sur les réseaux sociaux car cette femme embauchée pour occuper l’unique place offerte par le programme « L’Ukraine dans le dialogue européen », est bien connue pour son rôle dans plusieurs mouvements d’extrême droite, en Ukraine et dans le reste du monde. Rien que sur ce présent blog, sous-titré « L’Autriche vue par un universitaire français », Mme Semenyaka apparaissait sur une photo la représentant tenant un drapeau autrichien orné d’une grosse croix gammée et faisant le salut hitlérien (voir « De Christchurch à l’Autriche, la même “bête immonde” », 5 avril 2019).
Les représentants de l’IWM en charge des chercheurs invités ne prennent donc pas le temps de googler les noms des lauréats ? Cet institut fondé par le philosophe polonais Krzysztof Michalski en 1982 avait jusqu’à présent plutôt bonne réputation. Marqué par la Guerre froide, son objectif était de ramener vers l’Ouest les intellectuels dissidents des pays d’Europe centrale (surtout de Pologne et de Tchécoslovaquie). Autant dire que l’anticommunisme constituait le meilleur atout des candidats. George Soros, qui a soutenu le mouvement Solidarność en Pologne et la Charte 77 en Tchécoslovaquie faisait d’ailleurs partie des premiers mécènes de l’IWM, avec un soutien de 50 000 Deutschemarks pour lancer les activités de l’institut. Il est encore aujourd’hui dans le comité de patronage de l’institut et l’actuelle directrice, Shalini Randeria, était en charge des programmes universitaires de l’Open Society Foundations du financier hongrois.

Le philosophe Klaus Nellen, ami de Krzysztof Michalski depuis le temps où ce dernier étudiait à Cologne, a établi à l’IWM un centre d’études sur l’œuvre du philosophe tchécoslovaque Jan Patočka. Aujourd’hui encore, parmi les chercheurs faisant partie de l’équipe de l’IWM, on trouve Ludger Hagedorn, présenté comme « Head of IWM’s Patočka Archive and Program ». Suffisait-il que Mme Semenjaka mette « Jan Patočka » dans le titre de son sujet d’études pour être invitée comme chercheuse pendant six mois à l’IWM ? Contacté à ce sujet, M. Hagedorn n’a pas souhaité répondre.

Il faut dire que l’embarras est grand. Le site FOIA spécialisé dans les relations transnationales de l’extrême droite et plus précisément dans l’étude des structures paramilitaires et néonazies a dressé un portrait complet de Mme Semenyaka. Une série de photos la montre paradant avec les néonazis du monde entier à diverses occasions sur une période de quatre ans. Sur un autre site rattaché à l’université George Washington, elle est présentée comme la « “First Lady” du nationalisme ukrainien ». Là encore, il est incompréhensible que la direction de l’IWM n’ait pas eu accès à ces portraits qui apparaissent dans les premiers résultats lorsqu’on s’intéresse à la lauréate.

La première réaction de l’IWM fut d’effacer les pages liées à cette chercheuse sur leur site, mais le cache Google y donne encore accès (sinon copies d’écran ici et ). Ensuite, devant l’avalanche de protestations, un communiqué fut diffusé :

The IWM Revokes Olena Semenyaka’s Fellowship with Immediate Effect
The Institute for Human Sciences (IWM) strongly condemns and disassociates itself from the far-right statements and actions of Olena Semenyaka, who was due to start her Fellowship at the Institute this month, as part of the Ukraine in European Dialogue program, which is funded by a private foundation. The IWM will spare no effort to understand why her political activity in far-right circles escaped the attention of the jury responsible for the selection. The Institute deeply regrets this and has revoked Semenyaka’s Fellowship with immediate effect. The IWM is taking all necessary steps to ensure this will not happen in the future and will internally evaluate the decentralized award process. An Ukrainian right extremist close to neo-Nazis, Olena Semenyaka, was just recruited in Vienna at the Institue of Human Sciences.

On attend donc encore de savoir quelle est cette mystérieuse fondation privée qui a proposé à l’IWM une telle chercheuse et, surtout, comment un tel recrutement a été possible. Interrogée sur ce recrutement, la directrice de l’IWM, Shalini Randeria, n’a pas répondu.

12 janvier 2021 - Posted by | Autriche, Europe, Extrême droite, Nazisme, Vienne | , , ,

2 commentaires »

  1. Il ne faut pas s’ échauffer à cause d’une Néonazeukrainienne, nous avons M. Küssel, Néonazi connu depuis 40 ans, criminel, qui se promène en Autriche et manifeste avec ses copains! Alors – du calme – tout est « normal » en Autriche… les « Burschenschafter » – extremistes se sont bien installés … où? ….. dans notre parlement et sont bien payés!

    Commentaire par Herbert Riedlberger | 12 janvier 2021 | Réponse

    • Oui, mais là c’est la première fois à l’IWM.

      Commentaire par segalavienne | 12 janvier 2021 | Réponse


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