Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

De Robert Menasse, au sujet des cérémonies du 27 janvier à Auschwitz

KZ_Dachau_Denkmal_Nie_wieder-ptA nouveau un invité sur ce blog, l’écrivain autrichien Robert Menasse, qui a autorisé la traduction et la publication de son texte paru le 28 janvier, « La commémoration des 70 ans de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz ». Un texte essentiel sur Auschwitz, sur l’identité juive, sur les ravages du pragmatisme politique (de « Je suis Charlie » aux hommages rendus au roi Abdallah), mais aussi sur les médias. Un cri du coeur et de la raison à lire et partager.

La retransmission en direct m’a choqué. À tel point qu’il serait probablement préférable que je ne m’exprime pas spontanément. D’un autre côté je veux crier, crier à tout le monde : la complaisance inconsciente de l’histoire et bigote de cette « cérémonie », sa mise en scène et les commentaires me donnèrent envie de vomir.

Qu’est-ce que c’est petit et absurde de faire monter sur scène les représentants des communautés religieuses et de les faire entonner des chants ! Auschwitz était l’endroit où l’absence de Dieu s’est le plus radicalement manifestée. Invoquer Dieu, prier Dieu, réconforter au nom de Dieu – Auschwitz est certainement le plus mauvais endroit pour cela. Personne, pas un seul homme ne fut tué à Auschwitz à cause de sa foi ou de sa religion. Les Juifs furent assassinés parce qu’ils étaient juifs, religieux ou pas, c’était une décision à caractère RACISTE, et non une guerre de religion. Lire la suite

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29 janvier 2015 Posted by | Uncategorized | , | 17 commentaires

« Arbeit macht frei », bah oui, quoi ?

Schild_AmfVoici donc, ci-contre, la devanture d’une petite boutique d’une ville de Styrie, Deutschlandsberg. Il s’agit d’un magasin d’armes, fermé depuis longtemps, avec une enseigne en lettres gothiques. Rien d’exceptionnel ? Et bien cette enseigne reprend la célèbre devise inscrite par les nazis à l’entrée de quelques camps de concentration et d’extermination : « Arbeit macht frei » (en français « le travail rend libre », inscription présente à Auschwitz, Dachau, Gross-Rosen et Sachsenhausen). Son propriétaire est Sven Skjellet, un homme politique chrétien-conservateur (parti ÖVP) qui a hérité de la boutique de son père. Il explique que c’est pour se souvenir de son défunt père qu’il a gardé l’enseigne et le plus choquant c’est que, malgré les explications  apportées par le journaliste de l’hebdomadaire, il ne voit aucun lien en rapport avec Auschwitz (« Kein Hintergedanke in Richtung Auschwitz ») ! Après le maire conservateur (du parti ÖVP) qui déclarait un mois plus tôt à propos de journalistes « Faudrait les pendre, ils sont comme les juifs » (cf. ce billet), voilà donc un autre représentant de ce parti qui aurait besoin de d’un livre d’histoire comme La Seconde Guerre mondiale pour les nulsLire la suite

24 janvier 2014 Posted by | Antisémitisme, Autriche | , , | 5 commentaires

Pavillon autrichien à Auschwitz : enfin du nouveau !

auschwitz_eingangsbereich-ptAu musée d’Auschwitz, les victimes sont aussi honorées dans des pavillons nationaux. Il n’y a pas de pavillon allemand car l’Allemagne est le pays des bourreaux du lieu, mais jusqu’au 22 octobre dernier, il y en avait un pour l’Autriche. Depuis 1978, le pays s’y présentait, dès la première salle, comme la « première victime du national-socialisme ». Pas un mot sur les 700 000 Autrichiens qui étaient membres du NSDAP et rappelons, encore et toujours, qu’aujourd’hui encore beaucoup d’Autrichiens oublient facilement que c’est Hitler et non Beethoven qui était autrichien et que si l’Autriche représentait 8% de la population du Reich, les Autrichiens fournissaient 14% du personnel des SS, 40% du personnel des camps d’extermination… et 70% des services responsables de la logistique de la solution finale sous la direction d’Eichmann. (1) Lire la suite

12 novembre 2013 Posted by | Mémoire | , | Un commentaire

Une femme extraordinaire, Anita Lasker-Wallfisch

Wien-Meidling, 11 mars 2011Jeudi 10 mars, pendant que s’ouvrait à l’institut français de Vienne le colloque sur « la musique, la politique et le national-socialisme en Europe » (évoqué dans le billet précédent), Anita Lasker-Wallfisch était elle invitée à l’université populaire de Meidling, un quartier pluriethnique de Vienne où j’ai  le plaisir d’habiter. Mme Lasker-Wallfisch est la dernière survivante connue de l’orchestre de femmes d’Auschwitz. Née à Breslau en 1925, elle a assisté à l’arrestation de ses parents en avril 1942 (ils ont été assassinés peu après). Placée en orphelinat avec sa soeur Renata, elle s’est engagée à 16 ans dans la Résistance. Les deux soeurs ont été arrêtées à leur tour en septembre pour avoir fabriqué de faux-papiers et déportées à Auschwhitz où elle survécurent grâce à la musique : à l’arrivée, Anita a indiqué qu’elle jouait du violoncelle et a pu ainsi rejoindre l’orchestre d’Alma Rosé. A l’arrivée des troupes soviétiques, elle fut ensuite déportée à Bergen-Belsen et y vécut l’enfer. En Grande-Bretagne, elle participa ensuite à la fondation de l’English Chamber Orchestra où elle joua jusqu’à la fin des années 1990.

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12 mars 2011 Posted by | Antisémitisme | , , , | 5 commentaires