Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

La vie dans un pays où l’extrême droite est au pouvoir

Mindestsicherung NEU

Moins d’argent pour les étrangers, plus pour les Autrichien.ne.s, le gouvernement l’a fait !

L’extrême droite se partage le pouvoir en Autriche avec les conservateurs mais possède d’importants ministères régaliens, comme l’Intérieur et la Défense (voir ce billet). La question m’est souvent posée depuis la France, « Ca se passe comment en Autriche, avec l’extrême droite au pouvoir ? » Et bien, si au quotidien on ne remarque pas grand-chose – il n’y a bien sûr pas d’arrestation massive d’étrangers ni de groupes paramilitaires qui défilent comme avec le Jobbik en Hongrie –, on observe que les groupuscules proches de l’extrême droite ont le vent en poupe. A la sortie du métro par exemple, une revue comparable à Valeurs actuelles intitulée  alles roger ? est distribuée gratuitement. Elle est sous-titrée « un format original [mode ‘paysage’ et non ‘portrait’] pour des esprits originaux ». Elle mérite d’être feuilletée… et la pile proposée aux passants mérite elle d’être placée au plus vite dans la poubelle à papier la plus proche. Lire la suite

10 juin 2018 Posted by | Autriche, Extrême droite, FPÖ, Uncategorized | , | 4 commentaires

Le FPÖ et l’idéologie nazie, des centaines de “cas isolés” ?

Photo © Bernhard Odehnal

Photo © Bernhard Odehnal

« Einzelfall », en français « cas isolé », c’est la réponse des représentants du principal parti d’extrême droite autrichien, le FPÖ, lorsque, régulièrement, des proximités sont établies entre leurs membres et des glorifications du passé nazi du pays. Le Comité de Mauthausen, chargé de la mémoire du principal camp du pays, a ainsi publié l’an dernier une petite brochure de seize pages recensant 59 « cas isolés » survenus ces dernières années.

L’un des derniers « cas isolés » concerne l’hôtel Stefanie de Bad Vöslau, à une quinzaine de kilomètres au sud de Vienne. Bad Vöslau est une ville thermale très célèbre pour sa source et la ville a donné son nom à une marque d’eau très connue en Autriche, un peu comme Vichy d’ailleurs ! Lire la suite

14 mai 2018 Posted by | Autriche, FPÖ, Mémoire, Nazisme, Uncategorized | , , , | Laisser un commentaire

« L’Ordre du jour », aujourd’hui, c’est Lafarge, Macron, Trump…

VuillardfCe 4 mai, Eric Vuillard était l’invité de l’Institut français, à Vienne, pour présenter son dernier livre, L’Ordre du jour (Actes Sud, Goncourt 2017). L’historien Oliver Rathkolb était sur le podium avec lui pour l’interroger, tout comme le directeur de l’Institut français, Jacques-Pierre Gougeon, tandis que Margaret Millischer assurait avec brio la traduction dans les deux langues.

A celles et ceux qui n’auraient pas encore lu le livre : qu’attendez-vous ? Il est magnifiquement écrit, concis, sobre, et s’il concerne – ‘encore une fois’ penserez-vous peut-être – la montée du nazisme, son approche radicalement novatrice attisera votre curiosité tout au long de la lecture. L’auteur sait se glisser dans les interstices dans  l’histoire (un escalier interminable, une pane d’essence…), aborde des scènes que les historiens ont déjà décrites sous un tout autre angle, révélant en quelque sorte l’histoire derrière l’histoire. Qui plus est, pour celles et ceux qui n’en peuvent plus d’allonger leur « to-read-list », l’ouvrage se lit en moins de 90 minutes (et il est interdit de le télécharger sur les sites de torrent où on le trouve très facilement).

La première question d’O. Rathkolb a porté sur l’économie : pourquoi faire commencer le livre par cette rencontre extraordinaire du 20 février 1933 entre Hitler et les vingt-quatre plus grands industriels, à l’issue de laquelle ces derniers contribueront en espèces sonnantes et trébuchantes à la victoire du NSDAP ? Lire la suite

5 mai 2018 Posted by | Autriche, Mémoire, Nazisme, Uncategorized | , | Laisser un commentaire

Du nazi Murer à l’identitaire Sellner, « Österreich über alles ? »

Murer Film

Graz, 1963. Franz Murer (1912-1994) est jugé pour ses responsabilités dans le ghetto de Vilnius où, de 1941 à 1943, il était en charge des « affaires juives » en tant que représentant du commissaire territorial. Une vingtaine de témoins oculaires, rares rescapés du ghetto, défilent à la barre et racontent le sadisme de Murer, connu sous le nom de « boucher de Vilnius ». Sous son règne, la population juive passe de 80 000 à 600 personnes, seuls subsistent les quelques Juifs autorisés à travailler. A la fin de la guerre il y aura 250 survivants. Les femmes enceintes sont avortées ou exécutées, quiconque tente de ravitailler le ghetto ou ramener du bois pour se chauffer est froidement abattu, un père devant son enfant, un enfant devant son père.

Pendant les deux heures et quart du film exceptionnel de Christian Frosch, Murer, Anatomie d’un procès, la tension est telle et la photo si réussie, qu’on ne voit pas le temps passer. Les témoignages sur la vie dans cette ville autrefois appelée « la Jérusalem du nord » sont bouleversants et les langues parlées par les témoins reflètent chacune une histoire. Encore beaucoup de yiddish, de l’hébreu, de l’anglais… et l’avocat de la défense se montre d’ailleurs outré qu’avec l’argent des contribuables autrichiens on ait fait venir des Juifs du monde entier raconter des « mensonges » dans des « discours incohérents ». Lire la suite

29 avril 2018 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Extrême droite, France, Uncategorized | , , , | Un commentaire

Des enfants qui jouent à la guerre dans des mosquées autrichiennes

atibUne fois de plus, les privilèges accordés aux religions en Autriche donnent lieu à des dérapages inquiétants. Des photos prises en mars dans une mosquée du vingtième arrondissement de Vienne témoignent d’une cérémonie bien particulière : on voit des enfants rejouer une bataille militaire. Les garçons d’une dizaine d’années, en uniforme de camouflage, représentent des soldats ou des cadavres, sous le regard de fillettes strictement voilées, le tout avec des drapeaux turcs partout. Des recherches  menées par l’historien Heiko Heinisch et le politologue Thomas Schmidinger ont permis de montrer qu’il ne s’agissait en rien d’un événement isolé et qu’en 2014 et 2016, par exemple, des scènes analogues, célébrant en fait la victoire turque au détroit des Dardanelles en 1915, s’étaient jouées dans des mosquées viennoises contrôlées par « l’Union turco-islamique d’Autriche (ATIB) », une fédération regroupant 60 associations et plus de 100 000 musulmans en Autriche (pour mémoire, un pays de 8,5 millions d’habitants qui compte 700 000 musulmans, nombre qui a doublé en 6 ans, cf. cet article de Die Presse).

Cette fédération, ATIB, est la plus importante des organisations musulmanes en Autriche, elle représente l’islam sunnite  selon l’école hanafite, en lien étroit avec le parti AKP du président Erdoğan en Turquie. Lire la suite

20 avril 2018 Posted by | Autriche, Religion, Uncategorized | | Un commentaire

Un musée viennois unique au monde

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Christian Fialla dans son musée

Près de la gare de l’Ouest (Westbahnhof), à Vienne, on peut découvrir un musée unique en son genre, le Musée de la contraception et de l’avortement. Le gynécologue Christian Fiala qui a fondé ce musée en 2007 avec Susanne Krejsa MacManus et Barbara Sommerer, reste très enthousiaste et engagé pour son musée. Il explique que le contrôle de la fertilité est sans doute la deuxième plus grande conquête de l’humain après la maîtrise du feu. Une citation d’un des Viennois les plus célèbres, Sigmund Freud, insiste en effet, à l’entrée du musée, sur l’importance d’une séparation entre le choix de procréer et l’acte sexuel :

[…] ce serait théoriquement l’un des plus grands triomphes de l’humanité, l’une des libérations les plus tangibles à l’égard de la contrainte naturelle à laquelle est soumise notre espèce, si l’on parvenait à élever l’acte responsable de la procréation au rang d’une action volontaire et intentionnelle, et à le dégager de son intrication avec la satisfaction nécessaire d’un besoin naturel. (dans « La Sexualité dans l’étiologie des névroses », 1898)

Mais pour accéder au musée, au premier étage d’un immeuble, il faut passer devant un manifestant opposé à l’avortement, les yeux fermés, concentré sur ses chapelets, car sur le même palier se trouve l’une des rares cliniques pratiquant l’avortement à Vienne. Lire la suite

12 mars 2018 Posted by | Autriche, Catholicisme, Féminisme, Uncategorized | , , , | Laisser un commentaire

Du NSDAP au FPÖ, au bal des chasseurs

Das neue Deutschland Bauernbündler 26 mars 1938 page 2

Bauernbündler, 26.3.198, p. 2

Le principal parti d’extrême droite autrichien, le Parti de la liberté (FPÖ) a été fondé à Vienne le 7 avril 1956. Selon le politologue Anton Pelinka, tous les membres fondateurs à l’exception d’un seul étaient d’anciens nazis. C’est parmi ces fondateurs qu’on trouve le premier président du FPÖ, Anton Reinthaller, né à Mettmach, en Haute-Autriche, en 1895, et dont l’histoire est typique de l’Autriche. Dès le 11 mars 1938, il est nommé ministre de l’agriculture et des forêts dans le gouvernement d’Arthur Seyß-Inquart chargé de mettre en place « l’Anschluss » (le mois suivant il sera également député au Reichstag puis secrétaire d’Etat à Berlin). Dans l’édition du 26 mars 1938 du journal Bauernbündler, page 2, il est présenté comme ayant adhéré au NSDAP dès 1923, ayant « courageusement » poursuivi, dans une période de « résistance », la politique du parti lorsque le NSDAP était interdit en Autriche, de 1933 à 1938. Sur cette page du journal, la carte du Reich (ci-dessus) est éloquente.

Lorsqu’Anton Reinthaller préside le comité d’honneur du Bal des chasseurs, Lire la suite

5 février 2018 Posted by | Autriche, Extrême droite, FPÖ, Uncategorized | , , | Un commentaire

Autriche – Un bal des chasseurs à l’image du pays

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H.-C. Strache (FPÖ)

« Je promets de passer mon permis de chasse », annonce solennellement le vice-chancelier autrichien. Le public applaudit généreusement. Nous sommes dans la salle des fêtes de la Hofburg, équivalent de ce que serait la fusion entre le château de Versailles avec le palais de l’Elysée. Il n’y a pas de rupture symbolique en Autriche : le président et le chancelier exercent leurs fonctions dans les mêmes lieux que là où résidaient l’Empereur François-Joseph et son épouse Elisabeth, la célèbre Sissi. Cette 97ème édition du bal des chasseurs célèbre à sa façon l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir dans une coalition avec les conservateurs de l’ÖVP car le vice-chancelier qui brille de tous ses feux n’est autre que Heinz-Christian Strache, le président du parti d’extrême droite (FPÖ), ancien amateur d’exercices paramilitaires en forêt et actuel membre d’une corporation pangermaniste dont le nom est un programme à lui tout seul, « Vandalia ». Lire la suite

3 février 2018 Posted by | Autriche, Uncategorized | , | Laisser un commentaire

Le gouvernement autrichien impuissant face aux néonazis

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Soirée pyjama un peu spéciale dans la branche viennoise de la corporation Germania

En Autriche, à côté des célèbres « Burschenschaften » comme Olympia, Vandalia, Teutonia ou Moldavia, ces corporations étudiantes exclusivement masculines, pangermanistes, où se révèlent les liens entre le parti d’extrême droite (FPÖ) et divers groupuscules néonazis ou négationnistes, il y a également des corporations qui regroupent d’anciens lycéens, les « pennalen Burschenschaften ». « Germania » est le nom de l’une d’entre elles et jusqu’au 24 janvier 2018, son vice-président en Basse-Autriche n’était autre qu’Udo Landbauer, le responsable de l’organisation de jeunesse du FPÖ de 2011 à 2018 et surtout le candidat du FPÖ aux élections régionales de Basse-Autriche prévues le 28 janvier prochain. Or, l’hebdomadaire Falter a révélé mardi 23 janvier le contenu du livre de chant imprimé en 1997 et utilisé par les membres de cette organisation. A la page 182 on lit « Le juif Ben Gourion arrive parmi eux : ‘Allez les Germains, mettez les gaz, on va réussir à atteindre le septième million’ » puis Lire la suite

26 janvier 2018 Posted by | Antisémitisme, Autriche | , , , | Un commentaire

“A contre-courant” – Y aura-t-il aussi une place honorant les victimes des foyers d’enfants ?

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Mme Bock, à droite, sceptique devant le témoignage d’une ancienne pensionnaire du foyer de Wilhelminenberg

Dans la deuxième moitié du 20ème siècle, environ 100 000 enfants et adolescents ont été enfermés en Autriche dans des foyers. Les brimades y étaient systématiques et les cas d’esclavagisme légion (par exemple pour les entreprises Swarovski et Darbo). Il y eut des milliers de viols (autant sur les garçons que les filles), une prostitution forcée répandue, un sadisme poussé au-delà de l’imaginable (par exemple des amputations de doigts pour « lutter » contre la masturbation) et des expériences médicales menées sur des enfants considérés comme du matériel humain. Ceci concernait aussi bien les foyers gérés par l’Eglise catholique que les foyers publics, la différence notable étant la part plus importante de crimes sexuels dans les foyers catholiques (66 contre 44% parmi les cas recensés). Ceci constitue, comme l’a écrit le journaliste et sociologue Hans Weiss dans son livre Lieu du crime : foyer d’enfants (Tatort Kinderheim), le « plus grand crime de la Seconde République » (voir sur ce blog deux articles datant de l’année de la sortie du livre, 2012 : « Des méthodes nazies dans les foyers d’enfants jusqu’aux années 1970 ! » et « Autriche – Le plus grand crime de la Seconde République »).

Mme Ute Bock, figure marquante du pays en raison de son engagement à partir des années 1980 pour les demandeurs d’asile, est décédée le 19 janvier. Lire la suite

25 janvier 2018 Posted by | Asile, Autriche, Vienne | | Laisser un commentaire