Quand la droite est « décomplexée », son antisémitisme aussi !
Ce blog a souvent recensé les actes ou les propos plus ou moins antisémites dont j’ai pu être témoin en Autriche (liste non-exhaustive ci-dessous) mais aujourd’hui, c’est peut-être une étape qui a été franchie. Ce n’est pas l’extrême droite qui « dérape » mais la droite classique, le parti conservateur au pouvoir ÖVP (membre de la Parti populaire européen, comme l’UMP). Aujourd’hui (17 septembre), en marge du conseil européen des ministres des finances, la ministre autrichienne Maria Fekter a osé comparer les critiques formulées contre les banquiers au sort réservé aux Juifs avant guerre. Elle parlait après Jacek Rostowski, actuel Ministre des Finances de Pologne qui dirigeait cette réunion et venait d’expliquer qu’il craignait une guerre si l’Europe restait dans la crise financière.
La vidéo:
Götz Aly : “Un antisémitisme avant tout motivé par la jalousie”
Le 2 février 2011, à Vienne, l’historien allemand Götz Aly a développé dans sa conférence intitulée « Ascension sociale, jalousie et haine contre les Juifs, 1880-1933 » une thèse selon laquelle ce serait avant tout par jalousie que de nombreux Allemands seraient devenus antisémites. Bien entendu, lorsqu’on s’intéresse à l’histoire de l’Autriche, le propos peut sembler lacunaire. Aly a cru bon de préciser que c’était l’Allemagne qui était le pays à l’origine de la dictature nazie, le pays qui avait construit les camps de la mort, mais il oubliait alors le rôle prépondérant des Autrichiens (avec 8% de la population du Reich, ils constituaient cependant 14% des SS, 40% du personnel des camps d’extermination… et 70% des services responsables de la logistique de la solution finale sous la direction d’Eichmann, cf. David Art, The Politics of the Nazi Past in Germany and Austria, 2005, Cambridge University Press, p. 43).
Dans une salle des fêtes du Rathaus tellement remplie que des employés de la mairie ne cessaient d’ajouter des chaises, Aly a commencé par
Un antisémitisme ‘décomplexé’
La Kronen Zeitung, d’accord, on sait à quoi s’en tenir, j’avais d’ailleurs exprimé ce que j’en pensais à la mort de son rédacteur en chef, Hans Dichand (cf. ce billet). Ce matin, alerté par un de mes ‘FB friends’ [merci Marco], j’ai découvert les réactions des lecteurs du site krone.at à l’annonce de l’incendie qui frappe Israël (déjà une quarantaine de morts). J’ai été abasourdi devant l’antisémitisme le plus vil qui s’y étale à longueur de commentaires.
Je traduis quelques uns de ces commentaires et vous laisse juger.
Sur la photo ci-contre : « svp en quoi ça nous concerne, toujours ces sales étrangers, ils ont leur problèmes, on a les nôtres. Quand il y a des avalanches en Autriche, les Juifs ne viennent pas gratos avec leurs pelles, si ??? »
Et ci-dessous :
- De ‘cc10’ : « nous sommes sûrement responsables, on paye pour ça, cela ne dépend plus de rien ». QUARANTE-SIX internautes ont approuvé ce commentaire.
- De ‘ahhhjo’ : « et le Seigneur se courrouça contre le peuple d’Israël »
- De ‘rt-1990’ : « bah bien sûr, là les Ricains aident, mais ce qui se passe à Gaza ils s’en foutent »
- De ‘antimedia’ : « ils vont encore avoir besoin de terres, ces sacs à frics, et le pauvre peuple crève de faim et brûle pour ça »
- De ‘wewa’ : « On se sent concernés ?????? qui extorque depuis des décennies le peuple autrichien ? (…) »
Là encore, un seul mot, BEURK !
Mais pourquoi Mahler a-t-il quitté Vienne ?
Depuis le 11 mars, le Theatermuseum de Vienne, qui fait partie des musées nationaux, propose une exposition sur “Gustav Mahler et Vienne”. Le sous-titre est une citation du compositeur qui dirigea l’opéra de Vienne de 1897 à 1907 : “malheureusement je demeure un Viennois invétéré.” Mais pourquoi Mahler a-t-il quitté Vienne ? Vous ne l’apprendrez pas en voyant cette exposition, et pour cause, l’antisémitisme dont il fut victime a été “oublié”…
Où l’on reparle des néonazis en Autriche…
Dans la nuit du 3 au 4 mars, le mur d’enceinte du plus grand camp de concentration en Autriche, le camp de Mauthausen, a de nouveau été orné d’un slogan néonazi. Le modus operandi semble le même qu’en février 2009 : même peinture et même graphie. Sur la photo ci-contre, on voit l’endroit du graffiti qui a été recouvert de peinture turquoise. Cette fois-ci, il était écrit “Turcs et Youpins, du sang empoisonné” (Türk’ und Jud’, giftig’s Blut). En février dernier, le message était plus long “ce que le Youpin était pour nos pères, c’est pour nous les couvées du musulmans, soyez prêts! 3ème Guerre mondiale, 8ème croisade.” (Was unseren Vätern der Jud, ist für uns die Moslembrut, seid auf der Hut! 3. Weltkrieg – 8. Kreuzzug). Ceci avait presque été éclipsé par l’affaire d’Ebensee, lorsque des jeunes avaient tiré avec des armes à air comprimé, sur des survivants (cf. ce billet avec le reportage fait pour France Inter)
Malaise autrichien – Unbehagen in der (österreichischen) Kultur
Hier unten auf Deutsch, ein Austausch mit Klaus Hipfl, ORF-Redakteur in der Abteilung Fernsehfilm (mit seiner Genehmigung).
La première autrichienne du film israélien Defamation (de Yoav Shamir, produit par Knut Ogris) a eu lieu à Vienne le 20 janvier au soir. La participation de l’Autriche au financement du film, tout comme le débat organisé à l’issue de cette projection, témoignent d’un malaise palpable vis-à-vis d’Israël et du génocide juif.
Le film est problématique car il aborde deux sujets délicats, sans donner les moyens à tous les spectateurs d’en saisir les enjeux. Plus embêtant encore, des propos tenus dans le film risquent d’alimenter un antisémitisme qui, en Autriche, est déjà bien présent (29% pour une extrême-droite ‘décomplexée’, lors des dernières élections législatives de septembre 2008 et un troisième président du Parlement, Martin Graf, qui ne cache pas son appartenance à Olympia, un groupuscule néo-nazi).
De quoi s’agit-il dans ce film ?
Mai 2009 – L’antisémitisme autrichien… à nouveau décomplexé

Hier über das Hotel (“Tiroler Hotel will keine jüdischen Gäste”), hier über die Neonazis, die am Wochenende in Ebensee auf überlebenden geschossen haben.
Voir à la fin de ce billet, la riche actualité concernant le fascisme en Autriche !
Est-ce le résultat de six longues années de coalition entre la droite et l’extrême droite ? Une partie de la population serait-elle désorientée depuis la mort de leur leader charismatique, Jörg Haider ?
Toujours est-il que dans le même week-end (9-10 mai) on apprend 1°) que des anciens déportés venus pour la commémoration de la libération du camp d’Ebensee (annexe de Mauthausen) ont été accueillis par des saluts hitlériens et même, plus tard, par des tirs (deux blessés !) et 2°) qu’un hôtelier du Tyrol a refusé la réservation d’une famille nombreuse de Vienne… parce que c’étaient des Juifs et que l’hôtelier avait fait de « mauvaises expériences » avec les Juifs. Le pire, c’est qu’il a osé l’écrire dans un courriel.
L’autre Autriche, à la mémoire d’Elise Richter (même si)
Karl Lueger (1844 – 1910) était un antisémite notoire. Maire de Vienne de 1897 à sa mort, il a inspiré le jeune Adolf Hitler, qui séjournait dans la capitale de l’Autriche-Hongrie de 1908 à 1913 (n’oublions pas, beaucoup pensent que Hitler était allemand et Beethoven autrichien, c’est l’inverse, cf. note édifiante en fin de texte !). Lueger dispose aujourd’hui de trois monuments mais aussi d’une place et d’un morceau de Ring, le très prestigieux boulevard circulaire qui délimite le centre historique des arrondissements de première ceinture (après il y a la ‘Gürtel’ justement, “ceinture”, et ensuite les arrondissements périphériques). D’ailleurs, j’ai encore trouvé une nouvelle plaque à sa mémoire, sur la Gürtel (vue d’ensemble, plaque)… et (ajout août 2010 !) un autre monument près du Cobenzl, dans la forêt viennoise (photo ici).
Nur eine „Schmiererei“,wirklich ? / De la différence entre un graffiti et un signe d’antisémitisme
Es wurde innerhalb einer Woche gereinigt – Cela a été nettoyé en moins d’une semaine. Danke Samy T & Barbara P. – Neues Foto am Ende / nouvelle photo à la fin
[Zuerst auf Dt., ensuite en français].
Seit Monaten fahre ich schon mit meinem Rad dran vorbei. Meistens abends, oder bei Regen, selten habe ich einen Fotoapparat dabei. Am 12. März schien die Sonne und ich konnte endlich meine Kamera auspacken und ein Bild davon machen. Es ist von weitem nicht sichtbar, aber im Vorbeigehen kann man es eigentlich nicht übersehen. Einer der Helden der österreichischen Sozialdemokratie – Viktor Adler – war Jude und auf seiner Statue hat jemand ein Davidstern „hingeschmiert”. Viktor Adler war kein religiöser Mensch und war sogar sehr vom Judentum distanziert (siehe seine Biographie). Doch in jedem Fall finde ich es schockierend. Hier ein Foto aus der Nähe… und hier eine Nahaufnahme.
Cela fait des mois que je passe devant en vélo. Souvent sous la pluie, souvent le soir, rarement avec un appareil photo. Le 12 mars il y avait un peu de soleil, j’ai pu enfin prendre la photo ci-contre. Évidemment, ce n’est pas très visible au premier abord… mais désigner par une étoile de David (ou Magen David, c’est-à-dire en hébreu ‘bouclier de David’), celui des trois héros de la social-démocratie autrichienne qui est juif… je trouve ça choquant. Ici une photo prise de plus près… et là un gros plan.
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