Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Alerte brune à Salzbourg !

Salzburg municipal cemetery 12-2013-ptLe 19 décembre dernier, un journaliste du Standard signalait que malgré de récentes arrestations dans le milieu néonazi, de nouveaux actes antisémites avaient été signalés à Salzbourg. Le monument à la mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale, pourtant peu explicite (« à la mémoire des victimes pour la liberté et la dignité humaine »), avait été recouvert d’une inscription avec les deux « S » de la SS, « Horst Wessel », du nom du soldat qui composa l’hymne du parti nazi, obligatoire avant tous les concerts de musique classique. A cette date, on signalait déjà que les « Stolpersteine », littéralement « pierre de trébuchement », ces pavés de métal signalant dans le sol, devant des habitations, l’ancienne présence de victimes de la guerre, avait été recouvertes de peinture. 

Salzbourg, nov 2013Le 27 janvier, Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de « l’Holocauste », le monument du cimetière, qui avait été rapidement nettoyé, fut à nouveau recouvert, cette fois-ci du nom d’un néonazi bien connu de ce milieu, Horst Mahler (par ailleurs membre fondateur, en 1970, de la Fraction armée rouge).Salzburg, janvier 204

Salzburg Synagogue Jan.31, 2014 Davidstern gelb bemalt-ptDans la nuit du 29 au 30 janvier, ce fut l’étoile de David de la synagogue qui fut peinte en jaune. Le président de la communauté juive de Salzburg, Marko Feingold, rescapé de quatre camps de concentration et d’extermination qui a fêté ses 100 ans il y a quelques mois, est désespéré. Il déclarait cette semaine « A quoi bon avoir survécu jusqu’à aujourd’hui si c’est pour voir ça ? ».

Il n’y a pas qu’en France (comme cette semaine à Annecy et plus généralement avec la « quenellite » aigüe qui gangrène le pays) que l’antisémitisme réapparaît… là encore (cf. billet précédent), les années 30 semblent refaire surface.

Pour compléter le triste tableau salzbourgeois, ci-dessous quelques photos de mon ami Stan Nadel, observateur vigilant de l’antisémitisme et auteur de Salzburg and the Jews: A Historical Walking Guide, qui m’a alerté sur ce sujet (et que je remercie).

Salzburg, sept. 2013Salzburg 9-2013 05

Salzburg 9-2013 04

Sources

1 février 2014 - Posted by | Antisémitisme, Autriche | , ,

5 commentaires »

  1. Pour se faire une idée du climat qui régnait il y a quarante ans (et peut-être encore aujourd’hui) dans la fameuse « ville de Mozart », il suffit de lire le premier chapitre de « L’Origine » (1975) de Thomas Bernhard. (1) Moi qui y ai fait des études au moment où le livre est sorti, je pouvais en signer chaque phrase car, une fois n’est pas coutume, l’auteur n’exagérait à peine. Le porte-parole régional du NDP Fritz Rebhandl y brillait par ses activités sans y être dérangé le moins du monde. Pour le NPD, voir https://en.wikipedia.org/wiki/National_Democratic_Party_(Austria,_1967–88) ; le président de ce sympathique mouvement était pendant longtemps Norbert Burger (http://www.youtube.com/watch?v=XIw0PsVJ7r0), dont la fille était fiancée de 1989 à 1996 avec Heinz-Christian Strache (https://de.wikipedia.org/wiki/Heinz-Christian_Strache). L’amour rend aveugle !
    Comme quoi la ville est un bon terroir…

    (1) Salzbourg, c’est la beauté, l’art, la culture. C’est aussi une ville au climat pourri, peuplée de bourgeois bornés, mesquins, matérialistes, hypocrites, une ville haïe de l’auteur qui y est né, qui ne peut jamais y retourner sans se sentir de nouveau accablé par l’atmosphère qui s’en dégage, où tout être sensible se sent condamné à tous les abandons et parfois au suicide. C’est l’idée du suicide qui obsédait le collégien lorsque, dans le cagibi à chaussures de l’internat où l’avait placé son grand-père, il étudiait le violon. Internat dirigé par un nazi, selon des méthodes éprouvées, guère différentes de celles des bons catholiques qui le remplacèrent après la défaite. Entre-temps il y a eu la guerre et les bombardements avec leurs visions d’horreurs.

    Premier volume autobiographique de Thomas Bernhard, L’origine nous plonge dans l’enfer quotidien de l’internat dans lequel il a passé son adolescence. D’abord tenu par les nazis, il est reconverti en établissement catholique, après la chute du IIIe Reich, mais les méthodes restent les mêmes… Un surprenant roman d’éducation écrit dans une langue admirable. (D’après Babelio)

    Commentaire par M. Stenger Gerhardt | 2 février 2014 | Répondre

    • Merci !

      Commentaire par segalavienne | 2 février 2014 | Répondre

    • je suis assez d’accord avec ce commentaire, et spécialement avec la ville des bourgeois bornés etc.

      Je suis né en Autriche il y a 52 ans, et vie maintenant depuis 1982 en France. Salzburg a toujours été ma ville préférée en Autriche pour tout ce qu’elle représente pour sa beauté, et sa culture. Pour moi qui aies grandi dans un petit village de montagne de Carinthie, j’y ai découvert « la ville » a la fin de mon adolescense. Une ville initiatique en quelque sorte. D’autant plus cela me mal de lire ces horreurs.

      En ce qui concernes les souillures, le président de communitée israélite (avez vous remarqué que l’on ne dit pas communité juive? Visiblement le mot est trop genant) de Salzburg Marko Feingold est allé a la rencontre d’un de ces auteurs en prison, afin de lui regarder dans les yeux. Je dis Bravo

      source: http://www.salzburg.com/nachrichten/salzburg/politik/sn/artikel/marko-feingold-wollte-ihnen-ins-gesicht-sehen-93085/?no_cache=0

      Commentaire par Jahn Klaus | 6 février 2014 | Répondre

  2. Bonjour, à l’occasion d’une recherche sur un aspect de l’antisémitisme en Autriche, je tombé sur votre blog que j’ai bien apprécié.
    Voici ma démarche:
    J’avais lu dans les années 1980-90, à plusieurs reprises des articles sur un tableau situé dans une église d’une petite ville autrichienne faisant allusion soit aux meurtres « rituels » d’enfants par des juifs, délire antisémite bien ancré dans la tradition européenne, soit à un autre aspect de l’antisémitisme, je ne me rappelle plus exactement maintenant. Je crois que le tableau (qui était dans l’église depuis plusieurs siècles) fut finalement enlevé à cette époque. J’ai fait des recherches sur la Toile et n’ai rien trouvé…
    Je me suis souvenu de ce triste épisode en lisant un roman policier polonais (« un fonds de vérité » de Zygmunt Miloszwski, qui vient d’être traduit en France aux éditions Miroboles). La fiction criminelle se déroule dans la ville de Sandomierz, qui existe et qui a la « particularité » d’abriter dans sa cathédrale un tableau sur ce même thème: voir le lien: http://www.fait-religieux.com/pologne-l-eglise-devoile-un-tableau-sur-les-meurtres-rituels-commis-par-des-juifs.
    si vous avez des informations sur ce que je recherche, merci de votre réponse.

    Commentaire par daguerre | 16 février 2015 | Répondre


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