Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Tensions autour de l’Aïd el-Kebir en Autriche

schächtprozessApparemment soucieux du bien-être animal, un fonctionnaire de la province de Styrie a adressé fin août une circulaire à tous les éleveurs de moutons ayant plus de 20 têtes de bétail, leur rappelant que la fête de l’Aïd el-Kebir (31 août – 4 septembre) donnait lieu à des sacrifices de moutons irréguliers car pratiqués sans étourdissement préalable. La formulation sur les consignes était plus que maladroite puisque l’auteur enjoignait les éleveurs à « ne pas vendre de petits ruminants à des personnes pour lesquelles le soupçon existerait qu’ils procèdent à un abattage rituel. » Peter Wagner, directeur des services vétérinaires de ce land, rappelle que des égorgements de moutons se déroulent souvent sur le lieu même où le mouton est acheté. Ainsi, l’an dernier, dans le seul canton de Weiz, 79 égorgements illicites ont été recensés, ce qui a donné lieu à des poursuites devant les tribunaux. La Styrie ne recense que deux lieux où les égorgements peuvent légalement être pratiqués, ce qui suppose qu’un vétérinaire soit présent et l’animal étourdi directement après le coup de couteau. Du coup, certains estiment que les musulmans n’ont pas d’autre choix pour suivre les commandements de leur religion que de pratiquer des abattages illégaux.

Sur Facebook, l’une des figures marquantes du SPÖ (parti social-démocrate) se présentant comme musulman, Omar Al-Rawi, a posté cet article et les commentaires n’ont pas manqué sur un parallèle avec les affiches « ne vendez pas aux Juifs » des années 1930. Un homme a posté « Autrefois, au temps d’Hitler, c’était ‘n’achetez pas chez les Juifs’, aujourd’hui à l’ère numérique c’est ‘ne vendez pas aux musulmans’ ».

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Une femme a enchaîné « Qu’est-ce qui va venir ensuite ? Mettre les musulmans dans des ghettos ou des camps ? ». A gauche aussi, chez les antifascistes comme David Albrich (de la revue trotskiste Linkswende), on défend l’abattage rituel en expliquant (sourates du Coran à l’appui !) que c’est le moindre des maux pour les animaux, par rapport à ce qui se passe lors des transports ou dans les abattoirs industriels.

De la même façon qu’il est délicat mais nécessaire, dans le cas des mutilations sexuelles sur mineur, de faire valoir la primauté du droit au respect de l’intégrité physique des enfants sur l’exercice de la religion des parents, il peut être tout aussi délicat et nécessaire de faire respecter les quelques droits accordés aux animaux, dont celui, ici, de ne pas être assassiné sous la torture en se vidant peu à peu de son sang, devant le droit de pratiquer une religion, quelle qu’elle soit. La raison doit l’emporter sur les fanatismes et les superstition, en évitant la stigmatisation.

 

Source : Colette Schmidt, „Schächtung: Behörde legt nahe, Tiere nicht an Muslime zu verkaufen“, Der Standard, 28 aût 2017.

Complément : Rappelons qu’en Algérie, des combats de béliers sont organisés à cette occasion (voir par exemple cette vidéo). Ces combats ont lie jusqu’à la mort. Cela rappelle les combats de coq (interdits mais tolérés dans le nord de la France et dans quelques régions d’outre-mer en vertu d’une tradition locale ininterrompue, comme pour la barbarie appelée « corrida »)

 

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1 septembre 2017 - Posted by | Autriche, Laïcité, Religion | , ,

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