Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Le bal de la honte, cru 2014

(c) apa - herbert p. oczeret-pt

(c) apa – herbert p. oczeret-pt

( hier unten auf Deutsch )) A force, cela va devenir délicat de trouver des titres originaux pour rendre compte de ce bal, fondé en 1952 et devenu au fil des ans le lieu de rendez-vous de tout ce que l’Europe comporte de plus nauséabond : les divers partis d’extrême droite, les groupuscules néonazis et les négationnistes de tout poil. En 2010, surprise (?), c’était tout simplement la manifestation de protestation contre la tenue de ce bal qui avait été interdite (cf. mon compte-rendu). L’année suivante, ce bal tombait le 27 janvier, jour de commémoration de la libération d’Auschwitz, et, là encore, c’est sont les manifestants qui furent la cible du ministère de l’intérieur (cf. mon billet). En 2012, Marine Le Pen faisait partie des invités d’honneur – à cette occasion le site rue89 m’avait ouvert ses colonnes – et l’an dernier, c’est le principal parti d’extrême droite, le FPÖ, qui a pris les commandes de ce bal pour réserver la Hofburg, le palais impérial (voir le billet correspondant et mon texte sur les dégâts du néolibéralisme).

Alors, quoi de neuf cette année ? D’abord une mobilisation sans précédent, avec 6000 manifestants selon la police et 8000 selon les organisateurs (n’oublions pas que pour l’Autriche c’est déjà un succès). Il y avait trois manifestations. Un premier cortège, regroupant des Autrichiens bien sûr mais aussi des militants arrivés par cars spéciaux des pays voisins, se dirigeait vers la cathédrale Saint-Etienne, derrière le slogan « No-WKR », du nom que portait ce bal jusqu’en 2012. Les deux autres cortèges partaient de l’université de Vienne, le premier aboutissant au monument à la mémoire de Marcus Omofuma, un Africain assassiné par la police autrichienne en 1999, l’autre convergeant comme le premier vers la cathédrale, sous le mot d’ordre «Offensive contre la droite».

Cette dénomination, « droite », pour évoquer l’extrême droite et les néonazis, traduit hélas la situation politique du pays, marqué par un glissement à droite de tous les partis. Pour la majorité des Autrichiens, la droite est le FPÖ, le principal parti d’extrême droite qui a obtenu près de 21% des voix en septembre 2013, aux dernières élections législatives (au total les partis d’extrême droite ou issus de l’extrême droite totalisaient 28 ,5%, cf. ce billet). Le journal gratuit(*) Österreich avait d’ailleurs bien préparé son lectorat deux jours plus tôt avec une double page (deux fois le même article et la même photo !) annonçant non seulement que le leader de ce parti, Heinz-Christian Strache, était revenu de ses vacances aux Maldives, mais encore que son parti était maintenant, selon le dernier sondage, le premier parti du pays (avec 25% des intentions de vote).

Strache_Oesterreich_22jan

Pour la soirée du 24 janvier, la police avait établi un périmètre de sécurité sans précédent (plus important que lors de la visite du président Bush en 2006), avec 2000 policiers sur le terrain et un décret spécial interdisant aux manifestant de dissimuler leur visage (bien qu’il fasse -5°C en soirée). Alors que l’an dernier les manifestants avaient pu occuper paisiblement une partie de la Heldenplatz, près du palais impérial, cette année, la décision de faire converger les deux principaux cortèges vers la cathédrale, dans le quartiers des magasins de luxe, a eu quelques conséquences fâcheuses (bris de glace, quelques voitures endommagées dont un véhicule de police). Les dégâts se montent à un million d’euros et on dénombre une douzaine de blessés, essentiellement à cause des violences policières.

(c) AP

(c) AP

Impressions diverses :

La mobilisation a porté ses fruits car de nombreux taxis ont été bloqués et seuls 400 personnes ont pu se rendre au bal (contre 700 l’an dernier). Ceci dit, le bal a tout de même eu lieu, et ce dans le monument le plus représentatif du pays (imaginez Marine Le Pen et ses amis à l’Elysée !). Cette année, le seul parti clairement opposé à l’extrême droite, les Verts, avait organisé des actions symboliques fortes. Une lettre ouverte signée par six survivants de camps (dont le représentant officiel de la communauté rom, R. Sarközi) avait été adressée à la société privée qui gère la location des lieux, la « Wiener Kongresszentrum Hofburg Betriebsges.m.b.H. » (société appartenant aux grands hôtels de Vienne comme le Sacher où l’InterContinental). La réponse fut peu courageuse : souci de neutralité, la société n’est pas responsable de ceux qui font appel à leurs services et quoi qu’il en soit la Hofburg est louée à un parti représenté au parlement. Pourtant, il y a quelques semaines, la maire d’Innsbruck, Christine Oppitz-Plörer (du parti conservateur ÖVP), avait annulé la location d’une salle municipale réservée pour une réunion des Burschenschaften allemandes et autrichiennes, ces corporations étudiantes pangermanistes parfois liées aux néonazis et/ou interdites aux femmes et aux Juifs. Avec un FPÖ en progression et une grande coalition déjà usée par le pouvoir, il est à craindre que l’an prochain les nazillons puissent encore faire leur nid, l’espace d’une soirée, sous les ors de la république. Ce parti se sent d’ailleurs à l’aise, le vent en poupe, et les responsables du FPÖ à Gänserndorf (entre Vienne et la Slovaquie) twittaient le 24 au soir « Ce fut à coup sûr votre dernière manif, sale bande de connards gauchistes abrutis ! Merci à la police pour chaque coup de trique  !!», puis, une heure plus tard « Les policiers devraient recevoir des primes. Quelques euros pour chaque sale gauchiste tabassé ! ».

FPÖtweet

Voilà, on en est là 😦

(*) officiellement le journal est payant, on peut l’acheter en kiosque, mais il est distribué gratuitement dans le métro et bien d’autres lieux.

Sources et compléments

PS/ le vice-recteur de l’université de Vienne, Heinz Faßmann, a accepté de patronner le bal. Son nom figurait sur le programme, il a démenti, prétendant ne pas avoir donné son accord, mais un fax compromettant est sorti :

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Es wird zwangsläufig heikel werden, angemessene Begriffe zu finden, um von diesem Ball zu berichten, der 1952 gegründet wurde und im Lauf der Jahre der Treffpunkt all dessen geworden ist, was Europa an Widerwärtigstem beinhaltet: Der verschiedenen Parteien der extremen Rechten, der Neonazigrüppchen und der Holocaustleugner aller Art. 2010 war es, Überraschung (?), nur die Demonstration gegen die Abhaltung dieses Ball, die verboten worden ist (vgl. meinen Bericht). Im folgenden Jahr fiel dieser Ball auf den 27. Januar, Gedenktag der Befreiung von Auschwitz, und auch da noch waren es die Demonstranten, die zur Zielscheibe des Innenministeriums wurden (vgl. meine Notiz). 2012 gehörte Marine Le Pen zu den Ehrengästen – anlässlich dieser Gelegenheit hatte die Website rue89 mir seine Zeilen angeboten – und im letzten Jahrwar es die Partei der extremen Rechten, die FPÖ, die die Leitung dieses Balls übernommen hat, um die Hofburg zu buchen (Siehe meinen Korrespondentenbericht und meinen Text über die Verheerungen des Neoliberalismus).

Für den Abend des 24. Januar hatte die Polizei eine nie dagewesene Sicherheitszone eingerichtet (Umfassender als beim Besuch von Präsident Bush 2006), mit 2000 Polizisten im Einsatz und einem Sondererlass, der Demonstranten untersagte, ihr Gesicht zu vermummen (Obwohl es am Abend -5 Grad kalt war). Während die Demonstranten im letzten Jahr friedlich einen Teil des Heldenplatzes nahe am Kaiserpalast hatten einnehmen können, hatte in diesem Jahr die Entscheidung, die beiden Hauptdemonstrationszüge in Richtung der Kathedrale zusammenlaufen zu lassen, einige unerfreuliche Konsequenzen (Zerbrochene Gläser und einige beschädigte Autos, darunter ein Polizeifahrzeug). Die Schäden belaufend sich auf eine Million Euro und man zählt ein Dutzend Verletzte, überwiegend aufgrund von Polizeigewalt.

Die Mobilisierung hat ihre Früchte getragen, denn zahlreiche Taxis wurden blockiert und lediglich 400 Personen konnte sich auf den Ball begeben (Gegenüber 700 im letzten Jahr). Abgesehen davon hat der Ball trotzdem stattgefunden, und das im repräsentativsten Bauwerk des Landes (Stellen Sie sich Marine Le Pen und ihre Freunde im Elysée-Palast vor!). Dieses Jahr hatte die einzige der extremen Rechten klar entgegentretende Partei, die Grünen, starke symbolische Aktionen organisiert. Ein von sechs KZ-Überlebenden unterzeichneter offener Brief (Darunter der offizielle Vertreter der Roma-Gemeinschaft, R. Sarközi), ist an die private Gesellschaft adressiert worden, die die Vermietung der Räumlichkeiten leitet, die « Wiener Kongresszentrum Hofburg Betriebsges.m.b.H. (Eine Gesellschaft, die den Wiener Grandhotels wie dem Sacher oder dem Intercontinental angehört). Die Antwort war wenig mutig: Sorge um Neutralität, das Unternehmen ist nicht verantwortlich für diejenigen, die ihre Dienste in Anspruch nehmen, und schließlich ist die Hofburg an eine im Parlament vertretene Partei vermietet. Trotzdem hatte einige Wochen zuvor die Bürgermeisterin von Innsbruck, Christine Oppitz-Plörer (Von der konservativen Partei ÖVP), die Buchung eines für ein Treffen deutscher und österreichischer Burschenschaften, dieser pangermanischen Studentenkorporationen, die manchmal mit Neonazis verbunden und Frauen und Juden verboten sind, gemieteten städtischen Saales annulliert. Mit einer im Vormarsch begriffenen FPÖ und einer von der Macht schon abgenutzten großen Koalition ist zu fürchten, dass die kleinen Nazis immer noch ihr Nest im Prunk der Republik werden einrichten können. Dieser Partei geht es übrigens bestens, sie ist im Aufwind, und die Verantwortlichen der FPÖ in Gänserndorf (Zwischen Wien und der Slowakei), twitterten am Abend des 24. « DAS war mit Garantie eure letzte Demo! Dummes, dreckiges, linkes Scheißgesindel! Danke an die Polizei für jeden Schlag! » Dann, eine Stunde später « Die Exekutiv-Beamten sollten Sonder-Bonuszahlungen bekommen. Für jeden niedergeknüppelten Dreckslinken ein paar Euro! »

Nun, da ist man also angekommen. »

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26 janvier 2014 - Posted by | Autriche, Extrême droite | , , , , ,

4 commentaires »

  1. L’extrême gauche se decredibilise à chaque manifestation par sa violence et dpn intolérance. Elle emploie des methodes fascistes/staliniennes pour dénoncer ke fascisme !
    Combattre les idées oui.
    Combattre lrs personnes en leur refusant le droit dexse rassembler non. C’est même contre productif.
    Que va t-on retenir : des holligans saccageant tout et bloquant des hommes et femmes très chiquement habillés.

    Commentaire par olivier orsel | 28 janvier 2014 | Réponse

    • Inutile de préciser qu’en cliquant sur « Approuver », j’acceptais que ce commentaire apparaisse sur mon blog, mais je ne l’approuve en rien ! Toute personne qui ne condamne pas clairement ces propos, « Juif , casse-toi, la France n’est pas a toi (…) Juif, hors de France », ferait mieux d’essayer d’ouvrir un livre d’histoire.

      Commentaire par segalavienne | 28 janvier 2014 | Réponse

      • Bonjour
        Vous ne mélangez pas deux article ?
        Je condamne bien sûr ces propos mais faites attention de ne pas instrumentaliser la Shoa. C’est justement l’argument principal des amis de Dieudonné.

        Pour revenir au bal du FPÖ, tant qu’ils ne font rien d’illégal, il n’y a pas de raison de s’ y opposer.
        L’extrême gauche et sa violence n’a pas à remplacer la justice.

        Souvenez vous comment la gauche traitait de Gaulle de dictateur et de fashiste.
        A force de crier au loup…..

        Bien cordialement
        Olivier Orsel

        Commentaire par olivier orsel | 28 janvier 2014

  2. Vous oubliez de preciser que les holligans d’extrême gauche ont saccagé du mobilier urbain et vandalisé puis pillé des boutiques.
    Les dégâts sont évalués à plus d’euros.

    Ces extrémistes viennent pat bus entier de très loin et même d’Allemagne pour se s’ affronter avec la police et empêcher via la violence physique les participants au bal de venir à ce qui est une réunion privée.

    Tous les ans des blessés sont à déplorer et les Viennois sont excédés que le centre de Vienne soit bloqué et en état de siège par des fanatiques violents.

    Oui il s’agit de la manif de la honte !

    Commentaire par olivier orsel | 30 janvier 2014 | Réponse


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