Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Le nouveau bal des fachos

BurschisCette année, il n’y avait pas de « WKR Ball », ce bal des corporations étudiantes d’extrême droite où Marine Le Pen était invitée l’an dernier (cf. ma tribune à ce sujet sur rue89). Depuis 2008 d’importantes manifestations étaient organisées contre ce bal – « importantes » au regard de la culture protestataire autrichienne (cf. mes comptes-rendus en 2012, 2011 et 2010). Devant l’ampleur des protestations internationales, et surtout car l’image de l’Autriche était écornée, la société privée qui loue la Hofburg, équivalent de l’Elysée à Paris, avait décidé que le ramassis de (néo)nazis qui se pressaient chaque année à ce bal n’occuperait plus ce lieu prestigieux et ô combien emblématique. En réaction, c’est le principal parti d’extrême droite, FPÖ de Heinz-Christian Strache, qui avait décidé de prendre officiellement en charge l’organisation du bal, renommé « Akademikerball » (la page web du WKR Ball renvoie d’ailleurs simplement vers celle de l’Akademikerball). Prétextant que le FPÖ était un des six partis représentés au Parlement, la Hofburg-Betriebsgesellschaft n’a plus eu aucune hésitation pour louer la Hofburg à l’internationale des néonazis et autres négationnistes. La date du 1er février, d’abord, avait fait l’objet de manœuvres peu avouables de la part de cette société de location : à la fédération des cafetiers qui organisent depuis 1956 le « Kaffeesiederball », l’un des plus prestigieux du pays, la représentante du service de location de la Hofburg , Renate Danler, a déclaré que la date si convoitée du 1er février (début des vacances pour les écoliers viennois et les étudiants) était déjà attribuée à l’université de sciences agronomiques qui – comme toutes les universités ou lycées – organise aussi son bal. Quelques jours plus tard, Mme Danler a fait savoir aux responsables de cette université qu’en fin de compte la date était attribuée au FPÖ ! En même temps, elle déclarait au quotidien Der Standard qu’un bal n’avait « rien de politique ». Mais que sont ces « Burschenschaften », ces corporations étudiantes qui regroupent environ 4000 membres dans la haute société autrichienne (tous des hommes, les femmes sont exclues !) ? Hans-Henning Scharsach en a récemment rappelé les principales caractéristiques. Nées en Allemagne, ce sont aujourd’hui avant tout des associations pangermanistes proches de l’extrême droite. Assez diverses dans leurs orientations, elles se distinguent entre corporations « frappantes » ou non, selon si la cicatrice au visage est exigée à l’issue d’un duel initiatique à l’épée ou pas. Les Burschenschaften reconnaissent en général la Fête de la Wartbourg, en 1817, comme événement fondateur. C’est là qu’un pamphlet de Jakob Friedrich Fries appelant à exterminer les Juifs fut lu en public et c’est là aussi que des livres furent brûlés pour la première fois pour des raisons politiques. C’est d’ailleurs à cet autodafé qu’allaient se référer les nazis au siècle suivant. Les Burschenschaften ont été liées à tous les mouvements antidémocratiques comme le putsch d’Hitler en 1923 ou celui qui eu lieu à Vienne en 1934. Certaines ont été interdites pendant quelques années après-guerre mais rapidement rétablies sous le statut d’association. Chaque corporation honore tous les ans ses morts et ainsi, aujourd’hui encore, les membres de l’Arminia Graz se recueillent à la mémoire de Ernst Kaltenbrunner, « l’un des principaux responsables du système policier nazi » exécuté au procès de Nuremberg. La Burschenschaft Germania honore de son côté Irmfried Eberl, médecin eugéniste qui fut le premier commandant du camp d’extermination de Treblinka tandis que Rheno-Germania compte parmi ses ‘illustres’ membres le médecin Hermann Richter qui est passé à la postérité pour ses expériences de trépanation sur le détenus du camp de Gusen (annexe du camp de Mauthausen en Autriche). Depuis 1896, le principe de Waidhofen excluant les Juifs des corporations (et, concrètement, leur déniant le droit de se battre en duel) est toujours en vigueur. En 2005, la Burschenschaft Teutonia publiait une brochure expliquant que le Reich allemand n’était pas aboli et devait se poursuivre. Concrètement, les Burschenschaften autrichiennes comme Olympia, à laquelle appartient Martin Graf, le deuxième vice-président du Parlement, proposent un réseau efficace à ses membres : appartement à loyers modérés, bière à bas prix dans certaines tavernes et surtout un soutien politique après une « formation » adéquate reposant sur des conférences d’éminents négationnistes (comme David Irving) ou des camps de vacances marqués par l’idéologie nazie (dans la conception même mais aussi par le choix des chants). Cette année, la tension était grande lors de la manifestation. La Hofburg était bouclée, avec le quartier adjacent. Des cars entiers de manifestants antifascistes sont arrivés d’Allemagne, et peu d’Autrichiens se sont mobilisés. La police et les organisateurs évoquent le chiffre de 3000 manifestants. Mes photos sont ici, avec deux vidéos dont celle-ci :

Emission du 1er février sur les Burschenschaften, ATV

Compléments

3 février 2013 - Posted by | Uncategorized | , , ,

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