Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Des méthodes nazies dans les foyers d’enfants jusqu’aux années 1970 !

Le château Wilhelminenberg fait partie à Vienne des très nombreux édifices du début du XVIIIème siècle qui ont gardé leur éclat, comme le Palais Clam-Gallas qui abrite l’Institut français. Le château est aujourd’hui un hôtel et on y trouve même une très belle auberge de jeunesse, juste à côté, avec une vue imprenable. Seulement, comme trop souvent en Autriche, dès qu’on s’intéresse au passé, le territoire autrichien est un vrai champ de mines. Que le château ait servi dès mars 1938 à héberger la légion autrichienne,  ce n’est pas une surprise, mais depuis quelques mois, un nouveau scandale défraie la chronique : de 1948 à 1977, lorsque la mairie socialiste de Vienne utilisait le château comme foyer éducatif, il y eut des viols collectifs en masse, un système de prostitution contrainte et des violences répétées sur de nombreux enfants. La commission d’enquête se donne un an pour donner des recommandations à la ville. En 10 mois, car l’affaire a été révélée en mars 2011, plus de 800 personnes se sont déjà présentées comme victimes du foyer Wilhelminenberg (lire notamment le témoignage émouvant de deux soeurs)… Bien sûr, on est encore loin des expériences menées à 2 km de là, au Spiegelgrund où, pendant la Seconde Guerre mondiale, environ 750 enfants déclarés « asociaux » avaient été assassinés par le Mengele local, le bon Docteur Heinrich Gross (intégré aux parti social démocrate après-guerre, mort dans son lit en 2005 – voir ce dossier en français). Cependant, comment comprendre que la ville de Vienne entende faire valoir un délai de prescription pour ne pas dédommager les victimes ? Grâce à une loi votée en 2009, ce délai a été rallongé dans les cas de viols pour compter 20 ans à partir des 28 ans de la victime, mais dans la plupart des cas cela ne suffit pas.

Il y a quelques semaines, une autre affaire de maltraitance à grande échelle a été révélée : de 1961 à 1968 environ 200 enfants qui étaient eux aussi dans des foyers ont servi de porteurs de la malaria, officiellement pour soigner des « maladies psychiatriques » ou la syphilis. Les enfants servaient de réservoirs à sang infecté et l’idée était de provoquer des hausses de fièvre grâce à la malaria, ce qui devait permettre à l’organisme de lutter par exemple contre la syphilis. Le médecin autrichien Julius Wagner-Jauregg avait reçu le Prix Nobel pour cette théorie, en 1927. Bien qu’il ait été un nazi convaincu et de la première heure, antisémite militant, il a encore aujourd’hui sa rue dans de nombreuses villes (par exemple à Leibnitz, Gablitz ou Vienne) et un hôpital porte son nom  à Linz. Johannes Wancata, qui dirige le département de psychiatrie de l’hôpital général de Vienne où des jeunes ont été infectés, a reconnu que dans les années 1960 ce traitement était tout à fait obsolète (car les antibiotiques introduits juste après-guerre permettent de soigner la syphilis). Il était cependant utilisé pour punir les jeunes qui, par exemple, fuguaient des foyers.

Dernière affaire enfin, toujours dans le registre des violences commises contre les enfants des foyers : l’utilisation de rayons X et l’adminisration d’épiphysan normalement réservé au traitement des animaux en rut (il s’agit d’hormones prélevées dans la glande pinéale de bovins – merci Evelyn & Ralph pour ces précision). La pédopsychiatre Maria Nowak-Vogl, à Innsbruck (fervente catholique et grande adepte du nazisme en son temps), était une « spécialiste » dans ce domaine jusqu’à la fin des années 80, dans le cadre notamment de sa croisade contre la masturbation. Un enfant de 5 ans aurait ainsi été soumis à des rayons X pour le soigner des troubles explosifs intermittents du comportement, une technique qui, selon l’historien Horst Schreiber, remonte à l’époque nazie. En 1980 (!) (cf. cette vidéo), les techniques utilisées à Innsbruck avaient déjà donné lieu à de sévères critiques mais la pédopsychiatre les défendait : voyez ici, pour les enfants qui mouillaient leur lit, la présentation du système d’alarme d’humidité (avec un son vraiment strident)  (à 2’22 dans cette vidéo):

L’injection d’épiphysan à une adolescente de 15 ans qui avait « découché », c’est à 3’38 dans cette même vidéo (magie des archives en ligne !).

Maria Nowak-Vogel (née en 1922) a sévi jusqu’à sa retraite, en 1987. Elle est décédée en 1998, sept ans avant Heinrich Gross… Il ne faisait pas bon être enfant des foyers autrichiens au XXème siècle, entre les prêtres pédophiles et les médecins nazis !

Sources :

Viols en masse et autres violences commises au Château de Wilhelminenberg

Injection de sang contaminé à la Malaria à Vienne

Injections d’épiphysan et rayons X à Innsbruck

20 février 2012 - Posted by | Autriche, Catholicisme, Mémoire, Nazisme | , , , , ,

2 commentaires »

  1. Cela ressemble à un mauvais roman de gare avec le Grand Méchant Docteur derrière les murs du parc, mais avec un avertissement en première page : toute ressemblance etc ne serait pas du tout fortuite. Les mauvais jours n’en finissent pas de ne pas finir.

    Félicitations pour votre blog.

    Jean

    Commentaire par Jean | 18 mars 2012 | Répondre

  2. En France cela se fait quelquefois encore, mais de façon plus discrète, rien vu rien dit, rien entendu et d’autres affaires d’éducateur pédophile il y en a : http://comitecedif.wordpress.com/2012/10/15/une-affaire-trop-discrete/

    Commentaire par comitecedif | 19 octobre 2012 | Répondre


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