Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

L’autre Autriche, à la mémoire d’Elise Richter (même si)

Vienne,avril 2009

Vienne, avril 2009

Karl Lueger (1844 – 1910) était un antisémite notoire. Maire de Vienne de 1897 à sa mort, il a inspiré  le jeune Adolf Hitler, qui séjournait dans la capitale de l’Autriche-Hongrie de 1908 à 1913 (n’oublions pas, beaucoup pensent que Hitler était allemand et Beethoven autrichien, c’est l’inverse, cf. note édifiante en fin de texte !). Lueger dispose aujourd’hui de trois monuments mais aussi d’une place et d’un morceau de Ring, le très prestigieux boulevard circulaire qui délimite le centre historique des arrondissements de première ceinture (après il y a la ‘Gürtel’ justement, « ceinture », et ensuite les arrondissements périphériques). D’ailleurs, j’ai encore trouvé une nouvelle plaque à sa mémoire, sur la Gürtel (vue d’ensemble, plaque)… et (ajout août 2010 !) un autre monument près du Cobenzl, dans la forêt viennoise (photo ici).

Certains (dont je fais partie) sont choqués que tant d’honneur soit accordé à cet antisémite de première classe. Le syndicat étudiant proche des Verts (le GRAS) propose donc de renommer le Karl-Lueger-Ring, adresse de l’université de Vienne qui plus est, en « Elise-Richter-Ring », du nom de la première femme à avoir soutenu une habilitation en Autriche (et même dans tout l’espace germanophone), en1905, dans cette même université (Elise Richter).

Comme c’est expliqué sur la pancarte ci-contre, elle a fondé l’association des universitaires féminines et, en 1927, elle a appelé à la création d’un parti féministe. Considérée comme Juive (même si elle a quitté la communauté juive en 1897 et été baptisée protestante en 1911), elle a été exclue dès 1938 de l’université, où elle avait une charge de cours, et fut déportée et assassinée à Theresienstadt.

Cf. à la fin de cet article, quelques pages sombres de la vie d’Elise Richter (merci à Barbara Sauer d’avoir attiré mon attention sur ce point).

Dans cette petite action de sensibilisation, les Verts en profitent pour donner quelques statistiques sur la situation des femmes à l’université dans ce pays :

Edifiant...

Édifiant...

  • 53% des étudiant-e-s
  • 50% des diplomé-e-s
  • 27% des assistantes
  • 7% des professeur-e-s
  • 0% des recteurs, l’équivalent de nos présidents d’université

Enfin, il y avait aussi un tract intéressant, pour une manifestation à la mémoire des victimes du fascisme depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, notamment les Roms, à nouveau depuis quelques temps, ce qui nous ramène à un précédent billet.

La note édifiante : alors que les Autrichiens représentaient 8% de la population du Reich, ils constituaient 14% des SS, 40% du personnel des Camps d’extermination… et 70% des services responsables de la logistique de la solution finale sous la direction d’Eichmann (David Art, The Politics of the Nazi Past in Germany and Austria, 2005, Cambridge University Press, p. 43.).

Au sujet d’Elise Richter : elle militait au Vaterländische Front, association patriotique extrêmement nationaliste. Elle a soutenu les deux chanceliers fascistes : l’austrofasciste  Dolfuß et le pro-nazi Schuschnigg. Son féminisme est aussi remis en question. Cf. cet article des plus intéressants… signé Bernhard Hurch en nov. 2008. Voilà qui explique l’ajout du « même si » dans le titre🙂

1 avril 2009 - Posted by | Autriche, Féminisme, Mémoire, Nazisme | , , , , ,

2 commentaires »

  1. Tout à fait d’accord pour honorer la mémoire d’Elise RICHTER.D’autant plus que j’avais réussi à une certaine époque de mes activités subversives à Vienne, ensemble avec certains collègues, dont Siegfried Loewe, à ce qu’une salle de l’Institut de romanistique soit baptisée Elise Richter Hörsaal. Le titulaire de chaire et directeur de l’Institut à l’époque s’appelait Wolfgang Pollak.C’est lui qui avait courageusement défendu cette action à l’époque devant ses collègues.
    « Continuons le combat »… pour la mémoire

    Commentaire par Cullin | 2 avril 2009 | Répondre

  2. A noter tout de même que le GRAS (Grüne & alternative SudentInnen) s’est choisi un nom ambigu en allemand.

    En effet « das Gras » signifie « l’herbe », et est aussi
    employé (et surtout chez les étudiants) pour désigner le Cannabis.

    A cause de cette ambiguité, et même si certaines de leurs revendications semblent justifiées (par exemple le cas d’Elise Richter justement), le choix de ce nom leur porte certainement plutôt préjudice.

    Comme le montre souvent le blog de Jérôme, l’Autriche est un pays plutôt conservateur et un parti étudiant connoté comme « fumeur de pétards » n’a peut-être malheureusement pas autant de succès auprès de la population que voulu.

    Cependant, il faut noter que ce parti étudiant obtient des résultats plus qu’honorables lors d’élections étudiantes.

    Un comparatif de résultats d’élections étudiantes avec les élections nationales autrichiennes nous sera peut-être analysé par Jérôme dans ce blog un de ces jours! D’ailleurs si je ne me trompe pas, il y a des élections étudiantes prévues cette année.😉

    Commentaire par Sébastien | 10 avril 2009 | Répondre


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