Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Nouvelle progression de l’extrême droite

ZelteLa droite autrichienne reprend une partie du programme de l’extrême droite pendant que la gauche s’allie dans une région avec elle.

Aux élections régionales du 31 mai dernier, l’électorat autrichien a opéré un virage important à l’extrême droite (*). Dans le Burgenland, région limitrophe de la Hongrie, une coalition a vu le jour entre les sociaux-démocrates du SPÖ, et le principal parti d’extrême droite, le FPÖ, qui avait obtenu 15% des suffrages exprimés dans ce Land. Cet accord fut si rapidement scellé, par rapport à d’autres négociations, que d’aucuns ont pensé que les portefeuilles ministériels avaient déjà été distribués avant les élections entre ces deux partis, la « sécurité » revenant au FPÖ. En Styrie, le FPÖ avait atteint 27% et le gouverneur social-démocrate du Land a préféré laisser sa place à un chrétien-démocrate, ÖVP, plutôt que de s’allier au FPÖ ; une « grande coalition » ÖVP-SPÖ a ainsi été mise en place.

Près de deux semaines après ces élections, le vendredi 12 juin, la ministre de l’intérieur du parti chrétien-démocrate, Johanna Mikl-Leitner, a décidé de stopper le traitement de toutes les demandes d’asile en cours, ordonnant que seules les réponses négatives soient traitées par l’Agence fédérale pour les affaires étrangères et l’asile (‘Bundesamt für Fremdenwesen und Asyl’). Ces réponses négatives sont celles qui résultent du règlement Dublin II, renvoyant les demandeurs d’asile dans le premier pays européen où ils sont entrés. Toutes les procédures de regroupement familial sont également suspendues, le but déclaré est de rendre l’asile en Autriche « moins attractif ». Dans la même semaine, des militants du FPÖ se sont moqués de réfugiés qui s’inquiétaient de ne pas avoir de nouvelles de leur famille restée sous les bombes en Syrie, les traitants de « peureux » qui n’ont pas eu le courage de rester avec leur femme et enfants.

FPÖ-Feige

Sur la pancarte : « On s’inquiète pour nos enfants en enfants en Syrie dans la guerre » En-dessous : « Bande de lâches, sales porcs, pourquoi vous êtes-vous barrés sans eux ? »

L’avocat Georg Bürstmayr, spécialiste du droit d’asile, estime que la ministre a outrepassé ses compétences en stoppant le traitement des demandes d’asile puisque ces décisions politiques relèveraient du ministère de la justice et non de l’exécutif. L’Autriche pourrait d’ailleurs être critiquée pour le non-respect de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. Les Verts, fermement opposés à cette mesure, appellent à la démission de la ministre. La décision d’héberger les demandeurs d’asile dans des tentes, avec des conditions d’hygiène déplorables, avait déjà été perçue par les Verts comme un moyen de représenter les réfugiés comme des « squatteurs » que l’Autriche ne pourrait matériellement pas héberger, alors que des casernes restent vides et que de plus en plus de cas sont rapportés, d’hôteliers que les autorités empêchent de participer aux programmes d’hébergement pour des motifs fallacieux (voir l’entretien avec Sepp Schellhorn).

Cette mesure commentée comme « Asylstopp » par les médias populaires, est explicitement citée dans le programme politique du parti d’extrême droite, le FPÖ. Contraint à la surenchère, le parti d’extrême droite demande à ce qu’on mette un terme à « l’Asylflut », la « déferlante » des demandeurs d’asile. En outre, le FPÖ demande un rétablissement des contrôles aux frontières, à la manière de ce que la France a mis en place à la frontière italienne.

Pendant que la ministre de l’intérieur met en place une partie du programme du FPÖ, le ministre des affaires étrangères et de l’intégration, le sémillant Sebastian Kurz, 28 ans, vient de se prononcer en faveur de deux mesures phares du FPÖ : la réduction des allocations familiales pour les travailleurs étrangers (dans le cas où les enfants ne vivent pas en Autriche) et la mise en place de classes spéciales obligatoires pour les enfants dont l’allemand n’est pas la langue maternelle. En 1993, le FPÖ avait lancé un référendum d’initiative populaire à ce sujet, incluant des décisions comme « l’Autriche n’est pas un pays d’immigration ». Kurz est allé jusqu’à répandre de fausses informations, expliquant qu’il ne voulait plus que des étrangers touchent l’équivalent autrichien du RSA, (la Mindestsicherung) alors qu’actuellement les Européens doivent travailler un an avant de pouvoir y prétendre et les autres étrangers cinq ans. Le FPÖ s’est bien sûr réjoui du ralliement de M. Kurz à leur programme.

Là encore, face aux mesures envisagées par Sebastian Kurz, seuls les Verts ont protesté, expliquant qu’il serait préférable d’instaurer une deuxième année gratuite de préparation à l’école ou rappelant la législation en vigueur pour les aides sociales. Au dernier sondage, paru le 14 juin, au sujet d’éventuelles élections législatives, le FPÖ devient le premier parti du pays avec 28% des intentions de vote, devant le SPÖ (25%) et l’ÖVP (24%). Si l’on devait ajouter les scores du FPÖ et de l’ÖVP, on aurait une majorité d’Autrichiens (52%) favorables à une interdiction de toute nouvelle demande d’asile et de tout rapprochement familial, pour des classes d’étrangers séparées (sans formation spécifique des enseignants) et pour supprimer bon nombre d’avantages sociaux aux étrangers, même s’ils cotisent par leur travail à la sécurité sociale du pays.

Sources et compléments

(*) Dans un pays fédéral comme l’Autriche ou l’Allemagne, ces élections sont particulièrement importantes et largement commentées au niveau national. Cette coalition des sociaux-démocrates avec l’extrême droite a été souvent perçue comme une rupture de tabou au sein de la société civile, ce n’est cependant pas une première : en Carinthie, Jörg Haider alors à la tête du FPÖ avait régné avec l’appui du SPÖ de 2004 à 2006, et son parti était aux commandes, au niveau fédéral, de 1983 à 1987. Du côté des chrétiens-démocrates, deux provinces ont déjà été gouvernées par des coalitions avec l’extrême droite (Vorarlberg 1999-2004, Styrie 2000-2005) et l’Europe entière s’était émue de la coalition au niveau national, de 2000 à 2006, sous le chancelier Schüssel. Au niveau local, une douzaine de communes sont gouvernées par une alliance entre le SPÖ et le FPÖ, un article du profil (15.6.2015 p. 28-29) évoque les cas de Stockerau, Traismauer et Passail).

14 juin 2015 - Posted by | Autriche, Extrême droite | , , , ,

2 commentaires »

  1. Il y a une crise identitaire partout en Europe.
    Il y a ceux qui l’ont compris et qui vont essayer d’y répondre et ceux éberlués qui voient monter le score de l’extrême droite.

    Commentaire par Olivier Orsel | 16 juin 2015 | Répondre

  2. Encore OO, le faschionista, et sa crise de foie, de foi !? Je suis perdu…
    Il y a ceux qui l’ont compris et les autres…

    Commentaire par Fashion Viktim | 20 juin 2015 | Répondre


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