Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

L’extrême droite politique en Autriche : les richesses insoupçonnées d’un biotope particulier

FLÖPar commodité, le Parti autrichien de la liberté, le FPÖ, est souvent présenté comme « ‘le’ parti d’extrême droite ». C’est historiquement le parti dont un certain Jörg Haider a pris le commandement en 1986 mais, en 2005, soucieux de se débarrasser des éléments qui flirtaient le plus ouvertement avec les néonazis et les négationnistes, M. Haider a créé un autre parti, le BZÖ (Alliance pour l’avenir de l’Autriche). Ce parti a périclité après la mort de son fondateur, en 2008, et il est aujourd’hui plus que moribond : après les 3,5% obtenus aux élections législatives de 2013 – alors que la barre est fixée à 4% pour entrer au Parlement – le parti ne s’est pas présenté aux dernières élections. De 2012 à l’été dernier, il y eut aussi la « Team Stronach », du nom du milliardaire austro-canadien Frank Stronach. Pour la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2016, le président du groupe parlementaire de ce parti, Robert Lugar, avait distribué à toutes les femmes présentes devant le Parlement des sprays d’autodéfense (bombes lacrymogènes) pour, selon lui, résister aux attaques des réfugiés (cf. ce billet). Lire la suite

4 novembre 2017 Posted by | Autriche, Extrême droite, Uncategorized | 2 commentaires

L’extrême droite en Autriche, diabolisation et dédiabolisation

bulletin

Le bulletin pour le second tour, le 22 mai, avec mention des titres académiques bien sûr

Plus de 35% au premier tour des élections présidentielles, le Front national en a rêvé, le « Parti libéral autrichien » (FPÖ) l’a fait. Mieux encore, ce parti nationaliste est en bonne voie pour ravir le poste de président de la république alpine. Contrairement à ce que l’on peut lire dans certains journaux, le poste de président n’est pas purement honorifique en Autriche : selon la constitution de 1929 encore en vigueur car réactivée en 1945, le président fédéral est non seulement le chef des armées mais il peut aussi dissoudre le Parlement ou destituer le gouvernement. Élu pour six ans, c’est lui qui nomme le chancelier et valide le choix de ce dernier lorsqu’il forme un gouvernement. Jusqu’à présent, le président ayant toujours été membre des deux partis qui se partagent le pouvoir depuis l’après-guerre, les sociaux-démocrates du SPÖ et les conservateurs de l’ÖVP, le président a toujours renoncé à ses pouvoirs, laissant le chancelier gouverner et se contentant de quelques déplacements dans le cadre de la politique étrangère ou de déclarations sur des sujets de société, un peu comme le fait le président du grand pays voisin, l’Allemagne. Cette fois-ci, les partis de gouvernement ont été laminés (SPÖ à 11,3%, ÖVP à 11,1%). Une première explication du vote est bien entendu le rejet de la grande coalition au pouvoir depuis 2007, d’abord sous le chancelier Gusenbauer, puis de 2008 à mai 2016 sous la houlette de Werner Faymann qui a abandonné ses fonctions le 9 mai dernier, démissionnant de la présidence du SPÖ et du poste de chancelier. Depuis la création de la Seconde république, en 1945, il y a d’ailleurs toujours eu une « Große Koalition » au pouvoir, sauf sur les périodes 1966-1987 et plus récemment 2000-2006, lorsque les conservateurs ont gouverné avec le FPÖ dirigé par Jörg Haider (1950-2008). Lire la suite

15 mai 2016 Posted by | Autriche, Extrême droite, FPÖ, Uncategorized | 4 commentaires

Prise de pouvoir de l’extrême droite en Autriche

 

cartebleue

Partis arrivés en première position au premier tour des élections présidentielles du 24 avril, en bleu l’extrême droite (détails ici).

Inexorablement, l’extrême droite progresse en Autriche, avec aujourd’hui 35,3% des suffrages exprimés aux élections présidentielles. L’arithmétique électorale d’abord. Les journalistes qui suivent l’actualité autrichienne partent souvent du score de Heinz-Christian Strache, le sémillant président du FPÖ (« parti libéral d’Autriche »), aux dernières élections législatives de 2013. Ils oublient souvent qu’il convient d’ajouter le score du BZÖ (« l’alliance pour l’avenir de l’Autriche », parti de Jörg Haider, sur le déclin depuis la mort de ce dernier en 2008) et le score de la Team Stronach (maintes fois citée sur ce blog), et dont l’orientation idéologique ne fait aucun doute lorsque le président de son club parlementaire compare en séance plénière les réfugiés à des Néandertaliens. On arrivait alors à 30% des voix à l’extrême droite. Le gouvernement étant issu d’une « große Koalition » entre les sociaux-démocrates et les conservateurs, le FPÖ, est rapidement devenu le parti d’opposition. Les élections régionales sont importantes dans un pays fédéral comme l’Autriche et elles n’ont pas lieu en même temps. Au printemps 2015, au Burgenland, une région frontalière avec la Hongrie, ce sont les sociaux-démocrates du SPÖ qui ont accepté de gouverner avec le FPÖ qui n’avait pourtant obtenu que 15% des suffrages (6 points de plus qu’aux élections précédentes). Peu après, ce sont les conservateurs de l’ÖVP qui ont intronisé le FPÖ à la tête de la Haute-Autriche, le parti de M. Strache ayant obtenu 30% des voix (voir « Alerte brune en (Haute-)Autriche »). A Vienne, début octobre, alors que la crise européenne concernant l’accueil des demandeurs d’asile occupait déjà la une de tous les journaux, le FPÖ avait obtenu 31% des suffrages, pas assez pour mettre en péril la coalition entre les sociaux-démocrates et les écologistes dans Vienne-la-rouge. Lire la suite

25 avril 2016 Posted by | Autriche, Extrême droite, FPÖ, Réfugiés, Uncategorized | , | 5 commentaires

Parlement autrichien : des réfugiés comparés à des Néandertaliens

LugarNe

Robert Lugar (photo reuters/ap, montage : Beigelbeck)

Décidément, ce n’est plus d’une droitisation qu’il est question, au sujet de la politique autrichienne, mais d’un franc virage vers l’extrême droite. Le président du groupe parlementaire de « l’équipe Stronach », Robert Lugar – celui-là même qui pour la journée international des droits des femmes appelait à ce qu’elles puissent être armées pour se protéger des réfugiés, et qui distribuait en personne des sprays de défense devant le Parlement (voir ce billet) -, a osé comparer à deux reprises les réfugiés à des Hommes de Neandertal. Accusant les Verts de laxisme, il a déclaré en séance plénière du parlement autrichien : « Car la plupart de ceux qui viennent (…) ont l’imaginaire mental d’un Néandertalien, où l’on foule aux pieds le droit des femmes (…) ; et maintenant vous [les Verts] faites entrer justement ces Néandertaliens (…) ». Auparavant il a estimé que ces réfugiés étaient pour l’essentiel sans formation, éblouis par leur religion, fanatiques et « inintégrables ». A la fin de son intervention, il a précisé au sujet des Néandertaliens, « dieu merci chez nous on les a exterminés » (“die wir bei uns Gott sei dank ausgerottet haben”). Est-ce programmatique pour le traitement qu’il compte réserver aux réfugiés ?

A ce jour, seuls les Verts et les Neos (libéraux) ont appelé à la démission de M. Lugar. Ironie de l’histoire, M. Lugar a reçu un rappel à l’ordre du deuxième vice-président du Parlement, M. Hofer, du principal parti d’extrême droite, le FPÖ.

Sources et compléments

 

18 mars 2016 Posted by | Asile, Autriche, Racisme, Uncategorized | , | Un commentaire

Le 8 mars 2016 vu d’Autriche…

TS8mars

R. Lugar : « Une victime avec une arme n’en est plus une ! »

Dès le 7 mars, devant le parlement autrichien, des militants de « l’équipe Stronach », le parti fondé par le milliardaire austro-canadien Frank Stronach, ont distribué à toutes les femmes présentes des sprays d’autodéfense (bombes lacrymogènes). Robert Lugar, président du groupe parlementaire de ce petit parti proche de l’extrême droite, a expliqué sur place qu’il fallait faciliter l’acquisition des armes car les gens se sentent, selon lui, « de moins en moins en sécurité ». Le fait qu’il y ait, année après année, de moins en moins de plaintes déposées ne traduirait, toujours selon lui, que le fait que les statistiques seraient truquées. Il a en outre ajouté : « chaque personne ayant un casier judiciaire vierge devrait pouvoir posséder une arme », liant ensuite explicitement ce sentiment d’insécurité à la présence de réfugiés dans le pays.

Le 8 mars, devant l’université technique de Vienne, au contraire, une action plus symbolique et plus réfléchie a eu lieu. Lire la suite

8 mars 2016 Posted by | Féminisme, Uncategorized | , , | Un commentaire

Climat délétère en Autriche

Schlepper

Pas d’asile en Autriche

Le climat devient délétère sur la question des demandeurs d’asile maintenant stoppés sur la Route des Balkans. La campagne d’affichage du ministère de l’Intérieur autrichien, dévoilée ce mardi 1er mars, reprend pour l’essentiel la charte graphique du parti d’extrême droite, le FPÖ.

FPÖ

La fraude sur l’asile n’est pas légale (campagne du FPÖ)

C’est dans le tabloïd populiste Kronen Zeitung que ces encarts ont été publiés. Censés s’adresser aux demandeurs d’asile, ils sont d’abord lus par la population autrichienne encline à voter pour le FPÖ. En gris et en petits caractères, on lit « pour des raisons économiques » et au-dessus « les passeurs mentent ! Informez-vous ! ». Plus tard, une campagne est prévue en Afghanistan, en dari, officiellement pour lutter contre la désinformation contenue dans les offres des passeurs qui promettraient un asile en Autriche. Les affiches rappellent les restrictions récemment votées : l’asile à durée limitée seulement, le regroupement familial interdit avant trois ans etc. Lire la suite

1 mars 2016 Posted by | Asile, Autriche, Extrême droite, Uncategorized | 2 commentaires

Des Autrichiens pour un « Austro-exit »

EU-Austritt

Inge Rauscher (3ème en partant de la droite) et les organisateurs de ce référendum

Dans la semaine du 24 juin au 1er juillet 2015, pendant qu’une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro était discutée dans toute l’Europe, plus de 260 000 Autrichiens se sont déplacés dans leur mairie pour déposer leur nom sur la liste des citoyens demandant à ce qu’une sortie de leur pays de l’Union européenne soit discutée au parlement. Ces référendums d’initiatives populaires – où les citoyens ne peuvent que voter pour le texte proposé, ou sinon ne pas se déplacer – n’ont pas l’importance des votations citoyennes dans la Suisse voisine, mais elles donnent un bon aperçu du climat politique. Si plus de 100 000 personnes inscrites sur les listes électorales déposent leur nom, le sujet doit être discuté au parlement. Il y a eu 37 référendums de ce type depuis 1964, dont 32 qui ont donné lieu à une discussion parlementaire. Ces référendums qui correspondent plutôt à des appels, sont souvent l’occasion pour les partis d’extrême droite de faire connaître leurs idées et les tester. Lire la suite

2 juillet 2015 Posted by | Autriche | , , | 5 commentaires

Au sujet des élections législatives autrichiennes

nationalratswahl-parlament-faymann-spindelegger-strache-ptUn premier commentaire sur le site du Nouvel Obs’ (entretien avec Céline Lussato).

Participation à un débat avec Danny Leder et Christian Fillitz, dans l’émission de RFI Carrefour de l’Europe, animée par Daniel Desesquelle, le dimanche 6 octobre à 18h35.

Quelques compléments :

  • La participation était de 65% le soir même mais le chiffre final est 74,4% avec les votes par correspondances.
  • Il y a au total 29,8% pour l’extrême droite et le parti issu de l’extrême droite : FPÖ (20,6) + BZÖ (3,5) +Stronach (5,7). La Team Stronach est née de l’association d’un député du SPÖ, deux anciens du BZÖ et trois encore encartés au BZÖ au moment de leur départ pour la « Team Stronach ». Le milliardaire austro-canadien a investi 25 millions dans la campagne. En 2008, l’extrême droite avait déjà 28,5% des voix (FPÖ+BZÖ=28,5%).
  • Résultats en sièges : 52 (SPÖ), 47 (ÖVP), 40 (FPÖ), 24 (Verts), 11 (Stronach) et 9 (Neos)
  • Les deux grands partis obtiennent à eux deux 50,9% (29,6% pour le SPÖ et 24,0% pour l’ÖVP), contre 93,3% en 1975. Jamais les deux grands partis n’ont atteint un score si bas. Il y a probablement là un vote sanction suite à la crise financière, même si l’Autriche a été plus épargnée que d’autres pays. Les sommes allouées à la Grèce ou aux autres pays en difficulté ont créé un fort sentiment anti-européen dont profite le FPÖ.
  • En Styrie, le FPÖ est le premier parti avec 24,1% des voix !
  • Les Verts ont atteint un record historique avec 12,3% (contre 10,4% en 2008). Ils espéraient mieux (comme la Team Stronach) mais le résultat est pour eux prometteur.
  • Vote des hommes : 29% FPÖ, 8% Stronach et 4% BZÖ, soit 41% (femmes : 29% SPÖ, 29% ÖVP, 13% Verts). 32% FPÖ chez les hommes de moins de 29 ans.

Et sur ce blog :

1 octobre 2013 Posted by | Autriche, Extrême droite | , | Un commentaire

Inondations et indécence

Heute 12 juin 2013 (gratuit du métro)

Le milliardaire Frank Stronach (déjà décrit dans ce billet) vient de se payer une page entière dans les principaux tabloïds pour annoncer qu’il versait 500 000 euros aux victimes des inondations. Bien entendu, c’est un hasard si les élections législatives ont lieu dans trois mois !

Sa lettre au peuple mérite d’être traduite :

Chers Autrichiennes et Autrichiens,

Ces inondations sont une grande catastrophe et chaque aide rapide compte. Je verse 500 000 euros et paye pour l’ensemble des frais afférents à cette collecte.

J’espère que tous ceux qui vivent de l’argent des impôts et gagnent plus de 80 000 euros par an, comme les hommes politiques, les cadres permanents des syndicats et des chambres professionnelles verseront au moins 10% de leur salaire net aux victimes de ces inondations.

Lire la suite

14 juin 2013 Posted by | Uncategorized | Un commentaire

Espoir et désespoirs

Nelly

Nelly N., jetée sur les voies du métro le 5 janvier dernier

UPDATE à la fin de l’article

La dernière semaine fut très mitigée en Autriche. D’abord, il y eut les élections régionales du 3 mars, en Basse-Autriche et en Carinthie, fief de l’extrême droite depuis la fin des années 1980. Dans ce dernier Land, bonne surprise, le FPK lié au sémillant Heinz-Christian Strache est passé de 45 à 17% mais il ne faut pas oublier que l’autre parti d’extrême droite, le BZÖ, a obtenu 6% des voix et que le parti populiste « Team Stronach » (le nom de son chef est dans le titre du parti) a remporté 11% des suffrages (résultats). Cela fait tout de même 34% pour les populistes de droite (cf. sur ce blog, un billet à ce sujet) ou d’extrême droite (11 points de moins qu’en 2009). Le gouverneur du Land sera donc social-démocrate et non plus d’extrême droite, ce qui est une bonne chose. Seulement, les électeurs se sont-ils vraiment détournés de l’idéologie xénophobe ou souhaitaient-ils seulement sanctionner un parti lourdement impliqué dans différents scandales financiers ? Le même jour, le FPÖ de Strache passait de 10 à 8% en Basse-Autriche (résultats).
profil_103_2013-pt
Pas sûr qu’il y ait de quoi signaler la fin de l’extrême droite, comme le fait en ce dimanche 10 mars l’hebdomadaire profil qui d’ailleurs légitime implicitement ces partis avec l’appellation « Rechte » ou lieu de « Extremrechte ».

Alors que certains bien-pensants se réjouissent de cette cuisante défaite électorale, on ne les entend pas commenter l’actualité judiciaire. Le 7 mars, un homme de 51 ans qui avait jeté sur les voies du métro une Kényane après avoir prononcé des insultes racistes… a été condamné à un an de prison avec sursis ! Lire la suite

10 mars 2013 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Judaïsme, Mémoire, Nazisme | , , | Un commentaire