Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Zweig, l’Europe et les animaux

 Pour bon nombre de nos concitoyens, l’Europe est d’abord une zone géographique et une administration. Celle-ci apparaît parfois comme une usine à gaz d’où sortent des règlements aussi étonnants et emblématiques que celui qui de 1996 à 2009 déterminait la courbure maximale autorisée d’un concombre. Parfois, au contraire, elle met par exemple en pratique ce que l’écrivain autrichien Stefan Zweig appelait déjà de ses vœux en 1932 : la possibilité pour des étudiants de passer une année dans un autre État membre. C’est ce que permet le programme Erasmus dont plus de quatre millions de jeunes ont profité (9 millions en tout car ce programme ne concerne pas que les étudiants).

 Seulement, l’Europe n’a pas su lutter contre les nationalismes et adopter ce que Zweig nommait « le point de vue supranational et universel ». Au mieux, si les lois des États membres parviennent à converger, c’est selon un alignement par le bas, ce que traduit dans le monde du travail la directive sur les travailleurs détachés. Souvent, c’est le respect des traditions qui justifie le statu quo, et le cas de la question animale est à ce titre exemplaire. Dans le Traité de Lisbonne, le protocole sur la protection et le bien-être des animaux stipule que « les États membres tiennent pleinement compte des exigences du bien-être des animaux, tout en respectant les dispositions législatives ou administratives et les usages des États membres en matière notamment de rites religieux, de traditions culturelles et de patrimoines régionaux. » C’est ce qui favorise le développement d’identités nationales étriquées plutôt que le point de vue universaliste si cher à Zweig, et pour les animaux, c’est ce qui fait perdurer leurs souffrances.

 Ainsi, les corridas existent encore dans trois pays européens, même si une centaine de villes en Espagne les ont interdites (dont Barcelone). Rien d’étonnant d’ailleurs à ce que ces supplices et agonies de taureaux soient défendus dans ce pays par le nouveau parti d’extrême droite, Vox, clairement nationaliste. Même chose pour le gavage des oies et canards : la directive 98/58/CE stipule « [qu’]aucun animal n’est alimenté ou abreuvé de telle sorte qu’il en résulte des souffrances ou des dommages inutiles », cependant la France, la Belgique, la Bulgarie, la Hongrie et l’Espagne continuent de torturer les animaux en générant des stéatoses hépatiques que d’aucuns qualifient de « mets délicats » et consomment essentiellement en fin d’année (la France en produit 20 000 tonnes par an). Concernant la production de fourrure qui repose sur l’électrocution ou le gazage d’animaux préalablement entassés dans des cages minuscules, seules la France, l’Irlande, la Grèce, la Finlande et quelques pays de l’ancien Bloc de l’Est n’ont voté aucune loi protégeant ces animaux, alors qu’une dizaine de pays européens ont déjà interdit de tels élevages.

 S’il y a quelques domaines où la Commission européenne a pu parvenir à des avancées, c’est pour les veaux, avec l’interdiction des cages d’élevage et des régimes alimentaires inadaptés (la belle viande à peine rosée est liée à des carences provoquées en fer) ; pour les vaches gestantes dont la détention est normalement interdite dans des stalles ou au moyen d’attaches, et enfin pour les poules pondeuses, avec la fin des élevages en batterie prévue, uniquement pour les exploitations de plus de 350 poules, et seulement à partir de 2025.

 Pourquoi l’Europe ne s’appuierait-elle pas sur les législations les plus progressistes ? Le Luxembourg a accordé un nouveau statut juridique aux animaux d’élevage définis comme « êtres vivants non humains doués de sensibilité ». Ce pays a aussi imposé l’étourdissement préalable de tous les animaux avant leur abattage sans exception pour l’abattage rituel. Seuls les Pays-Bas s’opposent à l’interdiction totale et définitive de la pêche électrique, il serait temps que cette interdiction soit effective. L’Autriche, de son côté, s’est dotée dès 2004 d’une loi fédérale de protection animale particulièrement forte avec une liberté de mouvement minimale appropriée pour chaque espèce (bovins, ovins, et équins) et une période de pâturage d’au moins 90 jours par an. La république alpine a aussi été le premier pays d’Europe à voter l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques, effective depuis 2005 alors qu’en France des cirques avec animaux sauvages occupent illégalement des terrains toutes les semaines.

 Dans son autobiographie, Zweig décrivait ce monde dans lequel il avait vécu jusqu’à la Première Guerre mondiale, où le progrès humain était le moteur de l’Europe, avant l’essor des nationalismes. L’humanité s’est toujours grandie en élargissant son cercle de compassion : les Noirs avec la fin de l’esclavage, les femmes avec la trop lente égalité des droits, les peuples colonisés et aujourd’hui peut-être les animaux, pour que ce Monde d’hier cher à Zweig devienne, pour toutes les personnes capables d’éprouver de la souffrance, le monde de demain.

Jérôme Segal, Candidat aux élections européennes du 26 mai 2019 pour le Parti animaliste.

Voir aussi, sur ce blog,

12 février 2019 - Posted by | Europe

3 commentaires »

  1. Bonjour, j’ai 71 ans, originaire de Strasbourg, je vis à Saint ouen sur seine et soutiendrai le Parti Animaliste lors des éléctions européennes,
    J’ai vécu et travaillé 6 ans à Berlin, West à l’époque ! quartiers Charlottenburg et Kreuzberg. Le livre de Jean-Michel Palmier  » Berliner Requiem » m’a poétiquement et nostalgiquement accompagné à cette époque. J’aime la littérature allemande, la musique …. et aussi l’Autriche, qu’ hélas je connais mal, un peu Vienne et Klagenfurt dont était originaire un de mes ex-compagnons !
    Je croise les droits pour le 26 mai !
    Cordialement
    charlotte aeschelmann

    Commentaire par charlotte aeschelmann | 28 avril 2019 | Réponse

    • Merci, c’est gentil !
      J’ai vécu à Berlin, moi aussi, de la fin 1993 à l’été 2000.
      Très cordialement,
      Jérôme

      Commentaire par segalavienne | 28 avril 2019 | Réponse

  2. Je croise les doigts !
    Je me suis abonnée à votre courriel, sans succès de confirmation.Dommage.Je vais » vous contacter » par ailleurs.
    TCHUSS
    charlotte aeschelmann

    Commentaire par charlotte aeschelmann | 28 avril 2019 | Réponse


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