Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Un Guide bleu un peu brun

davHasard des brocantes, on m’a offert un guide touristique devenu historique : le volume datant de 1934 de la célèbre collection « Les Guides bleus », des éditions Hachette, consacré à la Bavière et à l’Autriche. Ce livre, censé être le premier d’une série « Europe centrale », est à la fois étonnant et révélateur. D’abord, placer la Bavière, région du sud de l’Allemagne, avec l’Autriche, n’est pas évident, à moins d’une grande intuition et d’anticiper l’Anschluss qui aura lieu quatre ans plus tard. La Bavière n’est d’ailleurs généralement pas placée en Europe centrale. Dans la préface, il est précisé que ce guide remplace celui qui était consacré à la Bavière et au Tyrol.

Mais ce qui est particulièrement intéressant, c’est, page 184, les propos tenus sur la population autrichienne. Après avoir noté que l’Autriche a peu d’étrangers (150 000 éléments « allogènes »), l’auteur, Johannès Dalbanne, ajoute ceci : « Même si on voulait y ajouter les Israélites qui, se servant de la langue allemande, n’entrent pas en compte au point de vue linguistique, on n’atteindrait que 350 000 personnes env., soit 5% de la population totale. »

Guidebleu

Le faible taux d’étrangers est présenté comme un atout de ce pays et les Juifs (« Israélites » dans le vocabulaire de l’époque), sont considérés comme à moitié étrangers, peut-être même des étrangers infiltrés dans la population et qu’on ne peut facilement identifier en raison de leur usage de l’allemand. Lire la suite

19 décembre 2018 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Critique(s) d'ouvrage, Uncategorized | , , | 5 commentaires

L’extrême droite au pouvoir, « on n’a rien vu venir »

rienvu

On n’a rien vu venir est le titre d’un livre destiné aux adolescents mais qui peut bien sûr être lu par tou.te.s. Il décrit une société imaginaire qui dérive vers le fascisme après la victoire, aux dernières élections, du « Parti de la liberté ». C’est justement le nom, en français, du parti d’extrême droite autrichien, le FPÖ…

Le livre a été publié en 2012 par Alice Éditions, et il vient d’être traduit, en raison de l’actualité politique en Autriche, par Margret Millischer aux Éditions Bernest (qui le proposent à 10 EUR en souscription, cf. ce PDF). La démarche rappelle celle de Franck Pavloff dans Matin brun de (Éd. Cheyenne, 1998) mais l’originalité est ici dans la narration : sept écrivaines ont décrit les conséquences de la mise en place du régime sur sept familles.

Il y a dans ce pays une tenue unique, un lever obligatoire tous les jours à 6h33 (sauf 7h le mardi !), un Ministère des origines nationales qui rappelle bien sûr celui que M. Sarkozy avait choisi (« Identité nationale »), un nuancier, véritable échelle de couleurs, de un à sept, pour classer les citoyens (à partir de 4 – « caramel » -, ça ne va pas du tout !), un Ministère de l’hygiène physique et mentale, un Ministère de la droiture qui délivre des « carnets du citoyen »… Bien sûr, les théâtres ont été fermés et des listes d’œuvres culturelles ont été dressées : tout ce qui n’y figure pas est interdit. La répression est implacable, il y a des « personnes inférieures » et un regroupement – euphémisme – des handicapés dans des centres spécialisés. Échapper aux « Vigilants » relève alors du parcours du combattant, ou plutôt du Résistant.

Bien que ces descriptions puissent inquiéter, l’écriture est enjouée, parfois même drôle, et les adolescents sont tout à fait susceptibles d’apprécier les histoires racontées. Les réactions des familles sont variées : fuir, résister, dénoncer, se résigner, collaborer…

Il s’agit en somme d’un livre qui, justement, « aide à voir venir » et dans lequel toute ressemblance avec des partis réels peut ne pas être fortuite.

17 décembre 2018 Posted by | Uncategorized | Laisser un commentaire

Une conférence problématique sur l’antisémitisme

Kurz-JS

Sebastian Kurz, 21 novembre 2018

En Autriche comme en Israël, l’extrême droite est au pouvoir et occupe des ministères régaliens dans des gouvernements de coalition. Les traitements sont cependant bien différents et, à titre d’exemple, si, à gauche, l’indignation dominait – non sans raison – lorsque l’Autriche avait décidé de ne pas signer le pacte de l’ONU sur les migrations, personne n’a osé critiquer Israël lorsque, récemment, ce pays a pris la même décision. Si officiellement le gouvernement de Benjamin Netanyahu refuse tout contact avec l’extrême droite autrichienne du FPÖ, parti fondé, rappelons-le, par d’anciens nazis, il n’est pas question pour autant, pour ce gouvernement, de reprocher à Sebastian Kurz, le jeune chancelier autrichien de 32 ans, de gouverner avec ce parti. Bien au contraire, le chef du parti conservateur est qualifié par M. Netanyahu de « véritable ami d’Israël » et le 20 novembre dernier le Congrès juif européen a remis un prix à M. Kurz, reconnu à cette occasion comme « grand chef d’État ». Lire la suite

4 décembre 2018 Posted by | Antisémitisme, Autriche, Extrême droite, Uncategorized | , | Laisser un commentaire