Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

L’extrême droite au pouvoir en Autriche, plus forte que jamais

serment

A. van der Bellen, S. Kurz et H.-C. Strache, 18.12.2017

On se souvient encore de la participation du parti de Jörg Haider au gouvernement, de 2000 à 2006, et du concert de protestations que cela avait suscité, tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur, notamment au niveau européen, du moins jusqu’à ce que l’extrême droite se renforce en Italie. Cette fois-ci, suite aux élections législatives du 15 octobre dernier, l’extrême droite représentée par le Parti de la liberté (FPÖ) obtient le poste de vice-chancelier pour le président du parti, Heinz-Christian Strache mais aussi deux ministères régaliens, l’intérieur pour Herbert Kickl, l’idéologue représentant la ligne dure du parti (auteur des slogans comme « plus de courage pour notre sang viennois » ou « la patrie plutôt que l’islam ») et la défense pour Mario Kunasek qui dirigeait jusqu’alors le FPÖ d’une main de fer en Styrie. Et ce n’est pas tout, les affaires étrangères sont confiées à Karin Kneissl, une proche du parti qui explique par le niveau de testostérone des hommes musulmans la géopolitique du Moyen-Orient et le danger que représentent, selon elle, les demandeurs d’asile (voir son livre La testostérone fait de la politique, paru en 2012). Norbert Hofer, candidat déçu des élections présidentielles de 2016 qui avait tout de même su attirer sur son nom 46% des suffrages exprimés, a obtenu le ministère des infrastructures (transport, innovation et recherche). Le FPÖ est également aux commandes du ministère de la santé, et des affaires sociales et du travail et un secrétariat d’Etat aux finances lui est aussi attribué. Du jamais vu.

 

Le Centre de la résistance autrichienne (DÖW), chargé de veiller sur les groupuscules d’extrême droite et surtout sur leurs relations avec les idéologies néonazies et négationnistes, disposera-t-il des mêmes moyens ? La police, les services de renseignement et l’armée seront dirigés par l’extrême droite… Dans les deux gouvernements Schüssel du début des années 2000 (de 2000 à 2002 puis jusqu’en 2006), le FPÖ était loin d’avoir autant de ministères. De 1983 à 1986, le FPÖ était aussi au pouvoir, avec les sociaux-démocrates du SPÖ, mais le parti était plus libéral que d’extrême droite (c’est en 1986 que Jörg Haider en a pris les rênes et pour l’orientation actuelle du FPÖ, à droite de l’extrême droite, voir ce billet, « Virage à droite… de l’extrême droite autrichienne »).

Fort de 182 pages, le programme du gouvernement de coalition signé conjointement par le jeune Sebatsian Kurz (31 ans) pour les conservateurs de l’ÖVP et Heinz-Christian Strache pour le FPÖ a de quoi inquiéter. Les candidats au statut de réfugiés se verront confisquer l’argent qu’ils pourraient avoir sur eux, leur téléphone inspecté et les aides fortement diminuées. De même, le secret médical sera « limité » pour ce qui concerne l’accès aux soins (p. 34). Dans l’enseignement supérieur, introduction de frais d’inscription à chaque semestre dans les établissements publics et limitation du pouvoir des syndicats étudiants. Sur le marché de l’emploi, flexibilisation du temps de travail, avec des journées pouvant aller jusqu’à 12 heures et dégressivité accrue des allocations chômage. En politique étrangère, opposition aux négociations avec la Turquie pour une entrée dans l’Union européenne et levée des sanctions contre la Russie. Pour le logement, fin de l’encadrement des loyers pour les appartements dans les anciens immeubles, ce qui produira des hausses de loyers pour les foyers les plus modestes. Enfin, pour les naturalisations, les délais pourront passer selon les cas à 20 ou 30 ans.

Lundi 18 décembre, au moment de la prestation de serment du nouveau gouvernement, neuf manifestations étaient déclarées mais toute la zone autour de la Hofburg (palais présidentiel) était sécurisée, interdite aux manifestants et seuls quelques milliers de personnes manifestaient à l’extérieur de cette zone. A gauche, ou à gauche de la gauche, une pétition a été lancée pour que le président Alexander van der Bellen, soutenu aux présidentielles par les écologistes, refuse l’investiture des ministres d’extrême droite les plus virulents (Herbert Kickl er Mario Kunasek), mais c’est oublier qu’en juillet dernier M. van der Bellen avait décidé d’accorder à M. Strache la plus haute distinction du pays, « la grande décoration en or avec étoile » („Großes Goldenes Ehrenzeichen mit dem Stern“ – ce que son prédécesseur Heinz Fischer avait refusé) et que moins de 24  heures après sa propre investiture, en janvier 2017, au sujet des néonazis qui viennent danser la valse avec l’extrême droite européenne dans le palais présidentiel chaque hiver, sa réaction avait été « en quoi ça me concerne, laissez-les donc. » („Was geht es mich an? Lasst sie doch.“, cf. ce billet sur ce blog). Un vent mauvais souffle sur l’Autriche, celui qui s’est déjà levé sur les pays du groupe de Visegrád (Pologne, République tchèque, Slovaquie et Hongrie).

La première grande manifestation est prévue le samedi 13 janvier à 14h, Christian-Broda-Platz.

Sources et compléments

 

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18 décembre 2017 - Posted by | Autriche, Extrême droite | , ,

7 commentaires »

  1. Merci pour votre travail très informatif ; surtout, continuez de collecter ces éléments

    Commentaire par Giroux | 18 décembre 2017 | Réponse

  2. Jetzt wird’s erst richtig gemütlich!

    Commentaire par M. Stenger Gerhardt | 18 décembre 2017 | Réponse

  3. Avoir des personnes d’extrême droite fortement inspirées par le nazisme au gouvernement a un potentiel réel et palpable de mener à terme à un gouvernement autoritaire ou à une limitation des libertés et ainsi de suite jusqu’à l’horreur. Mais ce ne fut pas le cas avec Haider, et cela ne sera probablement pas le cas avec ce gouvernement non plus. En fait, le danger clair et immédiat pour l’Autriche et la démocratie, c’est le fait que l’extrême droite introduit la corruption systématique à grande échelle à chaque fois qu’elle a du pouvoir. Ce qui est aujourd’hui le meilleur moyen de déstabiliser la démocratie. Avec Kurz et Strache, l’Autriche avance lentement mais sûrement sur le chemin de la Grèce.

    Commentaire par Christian D. | 18 décembre 2017 | Réponse

    • Rien ne vous permet d’affirmer cela.

      La corruption ÖVP/SPÖ existe déjà á grande échelle car il n’y a pas eu d’alternance.

      Commentaire par Anonyme | 20 décembre 2017 | Réponse

  4. A qui la faute? – Aux médias? Au système capitaliste dominé par les 1% des millionaires? Aux néo-fascistes qui savent convaincre les jeunes et les travailleurs? Aux gens sans formation supérieure qui ont peur de perdre et de tomber encore plus bas dans l’échelle sociale? Aux intellectuels de l’extrême droite (haha!) qui ont réussi à dominer maintenant le parlement? Aux gauchistes qui se disputent et s’occupent des problèmes de culture? Aux « Gutmenschen » qui ont accueilli les réfugiés et défendu tous les gens qui ont quitté leurs pays? Aux terroristes islamistes – qui ont empoisonné le climat? …. Des questions difficiles! A mon avis il faut se demander pourquoi tout le monde défend cette sorte de démocratie avec des résultats désastreux: Trump,Brexit,Orban,FPÖ,Pologne,république tchéque,… est-ce que « voter » est un jeu au hasard? Qui va payer pour les erreurs? Est-ce que Hitler n’était pas un homme politique élu,désiré,soutenu par la majorité en Allemagne et en Autriche? Terrible. Plus de 30 ans on enseigne dans les écoles les conséquences terribles du fascisme et du temps des Nazis – le résultat: le FPÖ a gagné chez les gens au-dessous de l’âge de 30 ans! Peut-être parce que la discussion sur l’idéologie nazie leur est égal! Et le néonazisme n’existe pas pour eux!

    Commentaire par Riedlberger | 18 décembre 2017 | Réponse

    • Ce qui est inquiétant, c’est votre remise en cause insidueuse de la démocratie.

      Veuillez soufrir que la démocratie cela ne veut pas dire, voter comme vous le souhaitez.

      Commentaire par Anonyme | 20 décembre 2017 | Réponse

      • Ce qui est inquiétant c’est le résultat de cette démocratie. Une démocratie et des votes qu’on ne peut plus ni changer ni critiquer parce que la majorité a montré sa volonté (influencée fortement par les médias, par les « populistes »!). Il faut vivre avec! Pourquoi? Parce que deux partis font un pacte?! (combien de voteurs de l’ÖVP ont voté pour une alliance avec le FPÖ? Combien de voteurs FPÖ ont voté cette coalition?)
        C’est à tous de vivre avec les conséquences. Cela me fait peur! Et l’histoire nous a montré que tout est possible et on n’a même pas le moyen/le droit de protester parce qu’on est vite nommé: – antidémocrate! Moi,je préfère d’autres chemins et je ne vois qu’une duperie des hommes/femmes par un système économique qui marche bien avec une politique de l’inégalité, de la pauvreté, et se nomme … démocratie! Ce n’est qu’un jeu pour les 1% qui sont très riches!
        Même au début chez les Grecs c’était déjà un mensonge! Réfléchissez-y!

        Commentaire par Herbert Riedlberger | 20 décembre 2017


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