Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Sept partis d’extrême droite à Vienne au « printemps des patriotes »

DSC_7156

Vienne, 17 juin 2016

Il y a deux ans, le principal parti d’extrême droite autrichien, le FPÖ, lançait à Vienne un mouvement européen de « jeunes patriotes », le YEAH (cf. ce billet). Aujourd’hui, vendredi 17 juin 2016, il s’agissait davantage d’une démonstration de force, cette fois-ci dans le parlement – le symbole compte – et non au siège du FPÖ. Marine Le Pen était l’invitée d’honneur du FPÖ, pour un « Printemps des patriotes » censé sortir les citoyens de « l’hiver européen ». Si, au niveau du parlement européen, il existe déjà Mouvement pour l’Europe des nations et des libertés regroupant les principaux partis d’extrême droite en Suède, Belgique, Italie, République tchèque et France, à Vienne il y avait ce vendredi à Vienne plus de drapeaux mais pas que des drapeaux de pays : Gerold Annemans était présenté avec le drapeau de Flandres (et non le drapeau belge) et Lorenzo Fontana, qui siège à Bruxelles pour la Ligue du nord était présenté avec le drapeau vénitien (et non italien).

Il s’agissait de soigner les mouvements régionalistes et dans cet esprit, depuis quelques semaines, la chaîne de télé du FPÖ utilise une carte de l’Autriche incluant la province autonome de Bolzano  (le « Tyrol du sud » en allemand), revenu à l’Italie à la fin de la Première Guerre mondiale en application du traité de Saint-Germain-en-Laye de 1919. FPÖ-TVEn même temps, ces partis régionalistes présents à Vienne servaient plutôt de décorum car ils n’ont pas eu la parole lors de la conférence de presse, pas plus d’ailleurs que Tonio Ukamura pour la République tchèque, Janice Atkinson pour le Royaume Uni ou Laurentiu Rebega pour la Roumanie.

Car il y avait bien une invitée d’honneur, Marine Le Pen, et un autre invité important, Marcus Pretzell de l’Alternativ für Deutschland (AfD, alternative pour l’Allemagne). Membre du parlement européen, ce dernier avait déclaré pendant la crise de l’Europe relative à l’accueil des demandeurs d’asile que si c’était vraiment nécessaire, il ne fallait DSC_7197pas hésiter à tirer sur les migrants pour protéger l’Europe (cf. cet article du Tagesspiegel, 1er novembre 2015). Que ce soit dans le discours de Marcus Pretzell, de Marine Le Pen ou Heinz-Christian Strache, c’est « l’Europe des nations » qui a été revendiquée et la commission européenne a été durement critiquée.
Chacun a tenu par ailleurs a apporter son soutien aux partisans du Brexit, tout en affirmant que c’était une question qui ne regardait que les Britanniques et que ceux-ci devaient se décider en toute souveraineté. Lors de la séance des questions, je leur ai demandé s’ils avaient pensé dire une phrase sur l’assassinat de la députée britannique Jo Cox, tuée la veille par un « patriote » aux cris de « Britain first ! », mais leur réponse fut celle qu’on pouvait attendre, en substance « ce Monsieur avait des troubles psychiques, laissons la justice mener l’enquête. »

La seule figure historique qui a été citée est le général de Gaulle. Mme Le Pen et M. Strache s’y sont référé plusieurs fois, le considérant comme le père de l’Europe des nations. En même temps, pour ce qui concerne la politique internationale, le rapprochement avec la Russie a été chaudement recommandé et les sanctions fermement condamnées (notons que Marcus Pretzell s’est rendu en avril 2016 en Crimée pour un forum économique international visant en premier lieu à légitimer l’annexion russe, cf. cet article).

MLP17062016Dans ses allocutions, qu’il s’agisse de son discours ou des réponses aux questions posées, Marine Le Pen s’est présentée comme démocrate prônant « le respect de la parole du peuple ». Sur la question des référendums, que tous sur le podium souhaitent étendre, Mme Le Pen a déclaré que la France était « polytraumatisée », en référence au référendum de 2005 qui avait rejeté le Traité établissant une constitution européenne et qui avait été ignoré par le gouvernement. Son programme pour l’Europe tient en deux points : «respect de la volonté des peuples » et « respect des intérêts de chaque peuple ».

En somme, pas de grandes déclarations importantes, cette journée à Vienne visait à faire état des échanges entre ces partis et tirer profit du succès de Norbet Hofer aux récentes élections présidentielles (analysée ici sur ce blog).

Mme Le Pen a d’ailleurs posé dans un des salons du parlement, après la conférence de presse, avec le représentant ce l’extrême droite qui a obtenu le plus haut score à des élections nationales dans toute l’histoire de l’Europe, 49,7%, le 22 mai dernier (cf. ce billet).

Au niveau des contacts entre partis, l’alliance entre le FPÖ et l’AfD est assez récente (ils ont signé une alliance le 22 mai dernier) et Marine Le Pen a reconnu que c’était bien ses camarades du FPÖ qui avaient permis au Front National d’élargir le cercle de ses partis frères germanophones.

Devant le parlement, où cette conférence de presse se déroulait, seule une trentaine de personnes manifestaient, avec une banderole contre la loi El Khomri et quelques slogans antifascistes dont un en français « FN : F comme fasciste, N comme nazi ». David Albrich, pour la plateforme antifasciste « Offensive gegen rechts, a rappelé que les tribunaux français avaient donné raison à Jean-Luc Mélenchon lorsque ce dernier avait qualifié Mme Le Pen de fasciste.

PS/ Au sujet de la venue à Mme Le Pen à Vienne le 27 janvier 2012 et des suites juridiques de cette visite; cf. « Marine le Pen à Vienne suite : victoire de SOS Racisme » (janvier 2016) et surtout mon compte-rendu d’audience (novembre 2015).

Publicités

17 juin 2016 - Posted by | Autriche, Europe, Extrême droite, FPÖ, France, Uncategorized |

Aucun commentaire pour l’instant.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :