Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Ruwan ou le courage d’entreprendre

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Ruwan Jeewantha Fernando

Meidling, le douzième arrondissement de Vienne, est historiquement un quartier ouvrier mais il est aujourd’hui marqué par une grande variété de populations immigrées. Un article de ce blog, « The Babelian part of Meidling » dressait ainsi le portrait de Gajendra, un Indien, ancien joueur national de hockey sur gazon devenu marchand de salaisons sur le marché. Dans un autre article, je faisais l’éloge de la boulangerie turque Diwan, ouverte tous les jours jusqu’à minuit et qui propose les meilleurs simits (anneaux de sésame) que je connaisse (meilleurs qu’à Istanbul) ; le texte « From the Kerala to Vienna, a multicultural success story » racontait encore le parcours d’Indiens du Kerala et se penchait sur le cas de Yu Yun, de la minorité chinoise Hakka au nord de l’Inde..

Ruwan Jeewantha Fernando (né en 1984) a une histoire non moins riche. Ce n’est pas vraiment un réfugié mais plutôt un migrant : s’il a quitté son pays natal, le Sri Lanka, en 2003, ce n’est pas à cause de la guerre civile qui y régnait dans le nord (affrontement entre l’armée et les Tamouls). Appartenant à la minorité catholique du pays (6% de la population sri-lankaise), Ruwan est arrivé en Autriche pour des études de théologie à la célèbre abbaye d’Heiligenkreuz (célèbre pour son vin mais aussi pour ses viols sur un handicapé, révélés en 2007). En 2006 il a choisi (justement ?) de quitter cette voie sacerdotale et de commencer des études de biologie, abandonnées au bout de quelques semestres. N’ayant pas encore le droit de travailler, il a passé deux ans à faire des petits boulots au noir (plonge dans des restaurants, livraison de pizzas), et une fois qu’il a obtenu le droit de travailler, il a été employé dans un fast-food et a suivi une première formation de responsable, parallèlement à ses nouvelles études : théologie catholique pour devenir professeur de religion en collège. Lire la suite

26 avril 2016 Posted by | Autriche, Uncategorized | , | 2 commentaires

Prise de pouvoir de l’extrême droite en Autriche

 

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Partis arrivés en première position au premier tour des élections présidentielles du 24 avril, en bleu l’extrême droite (détails ici).

Inexorablement, l’extrême droite progresse en Autriche, avec aujourd’hui 35,3% des suffrages exprimés aux élections présidentielles. L’arithmétique électorale d’abord. Les journalistes qui suivent l’actualité autrichienne partent souvent du score de Heinz-Christian Strache, le sémillant président du FPÖ (« parti libéral d’Autriche »), aux dernières élections législatives de 2013. Ils oublient souvent qu’il convient d’ajouter le score du BZÖ (« l’alliance pour l’avenir de l’Autriche », parti de Jörg Haider, sur le déclin depuis la mort de ce dernier en 2008) et le score de la Team Stronach (maintes fois citée sur ce blog), et dont l’orientation idéologique ne fait aucun doute lorsque le président de son club parlementaire compare en séance plénière les réfugiés à des Néandertaliens. On arrivait alors à 30% des voix à l’extrême droite. Le gouvernement étant issu d’une « große Koalition » entre les sociaux-démocrates et les conservateurs, le FPÖ, est rapidement devenu le parti d’opposition. Les élections régionales sont importantes dans un pays fédéral comme l’Autriche et elles n’ont pas lieu en même temps. Au printemps 2015, au Burgenland, une région frontalière avec la Hongrie, ce sont les sociaux-démocrates du SPÖ qui ont accepté de gouverner avec le FPÖ qui n’avait pourtant obtenu que 15% des suffrages (6 points de plus qu’aux élections précédentes). Peu après, ce sont les conservateurs de l’ÖVP qui ont intronisé le FPÖ à la tête de la Haute-Autriche, le parti de M. Strache ayant obtenu 30% des voix (voir « Alerte brune en (Haute-)Autriche »). A Vienne, début octobre, alors que la crise européenne concernant l’accueil des demandeurs d’asile occupait déjà la une de tous les journaux, le FPÖ avait obtenu 31% des suffrages, pas assez pour mettre en péril la coalition entre les sociaux-démocrates et les écologistes dans Vienne-la-rouge. Lire la suite

25 avril 2016 Posted by | Autriche, Extrême droite, FPÖ, Réfugiés, Uncategorized | , | 5 commentaires

Le retour de la déferlante ou des vertus opiacées du flouzeball

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Un dessin du regretté Charb en 2010. Aujourd’hui il y a 6 millions de chômeurs.

La posologie est assez précise, tous les deux ans à une ou deux semaines près, la dose est répandue au début de l’été sous la forme d’une coupe du monde ou d’une coupe d’Europe de football. Des milliardaires en short, chargés comme des nageuses est-allemandes ou des sprinters étasuniens, tapent dans la baballe pour le plus grand profit des actionnaires de quelques grandes multinationales (et cette année c’est le champion du monde de la malbouffe qui est à l’honneur), le tout devant des footolâtres ébahis. Le gouvernement français compte les jours et demande même à ses ambassades du monde entier d’afficher des compteurs en jours, heures, minutes et secondes, espérant qu’un quelconque intérêt  se développe, que la tension monte, et que les Français se désintéressent, par exemple, de ce qui se joue à Paris avec « Nuit Debout », place de la République et déjà dans des centaines d’autre villes, en France mais aussi à l’étranger (comme le montre cette carte, Nuit Debout arrive d’ailleurs à Vienne !). François Hollande et Manuel Valls, au plus mal dans les sondages, sont sans doute les seuls à vraiment compter les jours avant leur délivrance. Panem et circenses (du pain et des jeux), la recette est vieille comme la Rome antique qui l’a vue naître, mais elle fonctionne toujours. Des JO de 1936 à la Coupe du Monde de foot de Jorge Rafael Videla (Argentine 1978), les dictateurs ont toujours construit des stades et organisé de « beaux spectacles populaires ». En Afghanistan, les Talibans ont récemment fait preuve d’originalité en ajoutant un petit « bis » aux matchs de foot : des lapidations de femmes ou des exécutions par pendaison (cf. cet article de Libération).

Lors d’un débat public à la grande bibliothèque de Vienne le 21 avril dernier, sous le titre « Football : La France en état d’urgence ? » (Frankreich im Fußballausnahmezustand?) le premier secrétaire de l’ambassade de France en Autriche est venu prêcher la bonne parole, les fameux « éléments de langage ».

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23 avril 2016 Posted by | Anti-foot | , , | Un commentaire

Peter Sloterdijk sur la classe politique autrichienne

Sloterdijk

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En lieu et place de tout commentaire au sujet du dernier remaniement gouvernemental en Autriche (*), je laisse la parole à Peter Sloterdijk qui, dans Les lignes et les jours: notes 2008-2011 (Libella M. Sell, 2014, p. 87), s’exprime ainsi sur la classe politique autrichienne (voir ci-contre).

 

(*) Mme Mikl-Leitner, ministre de l’intérieure évoquée à de nombreuses reprises sur ce blog, devient vice-gouverneur du Land de Basse-Autriche et laisse son poste à Wolfgang Sobotka, jusqu’alors conseiller en charge des finances du Land de Basse-Autriche.

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15 avril 2016 Posted by | Autriche, Uncategorized | | Laisser un commentaire

Hybris sportive et parentale à Linz

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L’hybris est dans la Grèce antique l’expression de la démesure, par exemple lorsque l’orgueil dévore la passion. C’est un peu ce qui s’est passé à Linz, capitale de la Haute-Autriche, samedi 2 avril. L’image ci-contre est parlante : des adultes, a priori deux pères et une mère, traînent littéralement leur enfant sur une course. Il s’agit d’une des épreuves réservées aux enfants dans le cadre du marathon de Linz. Âgés de trois ou quatre ans, les enfants sont conviés à courir sur 42 m (oui, quarante-deux seulement). Pour que ces chères petites têtes blondes ne soient pas impressionnées dans le stade, les parents sont autorisés à prendre le départ avec eux et dans un pays où les parents n’ont souvent qu’un enfant unique (taux de fécondité 1,5 ; France 2,1), cela ne suffit pas d’emmener son petit trésor aux cours de bébé-nageurs à deux semaines, de lui faire apprendre la musique à-deux-ans-comme-Mozart et de le mettre aux cours de mandarin à six ans : il faut aussi remporter une course en stade à l’âge de trois ans.

Cette photo prise par le photographe Manfred Binder sur la ligne d’arrivée a énormément choqué et fait plusieurs fois le tour du monde, partagée 732 fois sur Facebook (ce qui assure une diffusion exponentielle). Lire la suite

8 avril 2016 Posted by | Sport | , , , , | 2 commentaires

« Le garçon sera circoncis » ou du théâtre comme agora

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L’affiche de la pièce

Une femme qui approche la quarantaine est sur scène avec neuf enfants ; ils prennent tour à tour la parole. « Pour moi, circoncire mon fils c’était honorer la mémoire de mon grand-père déporté », « On nous mettait des robes pour la cérémonie de circoncision alors certains couraient et allaient se cacher au village d’à côté pour espérer y échapper, mais on les trouvait toujours », « C’est l’alliance avec Dieu, ok, mais les filles en sont exclues ? », « Il y en qui disent que c’est à cause de leur circoncision que les jeunes musulmans, trahis par leur mère, ont un rapport si malsain avec les femmes… », « Dans le village voisin, en Turquie, il y a eu un mort suite à la circoncision, une infection », « Dans le discours des opposants à la circoncision on sent de l’antisémitisme et du racisme contre les musulmans », « Les adultes n’ont rien à faire sur les parties génitales des enfants ! »

Tels sont, de mémoire, quelques-uns des propos que l’on entend lors de la pièce de théâtre intitulée Le garçon sera circoncis (Der Junge wird beschnitten). Il s’agit de la première pièce mise en scène par Anja Salomonowitz, jusqu’ici connue en Autriche pour ses films documentaires. Elle a fait le choix audacieux de traiter, essentiellement avec des enfants, d’un sujet pour le moins délicat : la circoncision. Lire la suite

5 avril 2016 Posted by | Autriche, Judaïsme, Religion, Sexisme, signes religieux | , , | Un commentaire