Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Newroz, le printemps kurde à Vienne

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A l’occasion du nouvel an kurde, voici un entretien avec un jeune professeur de français rencontré au départ sur un groupe Facebook (les Français(es) à Vienne). Mazlun, avec lequel je me suis promené (sans courir !) dans le parc du château de Schönbrunn, raconte ici son exil, ses espoirs, et ce que représente cette fête.

Mazlum, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Mazlum Qerno ,  je suis kurde, j’ai 27 ans et je viens d’Amouda, en Syrie, une petite ville toute proche de la frontière turque, comme Kobane mais 270 km à l’est. Je suis arrivé en décembre 2014 en Autriche. En Syrie, j’étais professeur de français à Amouda, après mes études de littérature française à Damas. J’ai cinq frères et trois sœurs, mais un de mes frères a été tué en Syrie, en 2013, à l’âge de 16 ans, pendant une manifestation contre les Chabiha (mercenaires) et militaires de Bashar Al Assad, chez nous à Amouda. Actuellement je vis seul à Vienne.

Ce week-end les Kurdes du monde entier fêtent Newroz, une fête du printemps qui correspond au Norouz des Persans. C’est très important pour toi ?

Bien sûr c’est très important pour moi, Newroz est un jour sacré et pour moi c’est très différent des autres jours. Chaque année, durant la nuit du 20 au 21 mars, les Kurdes allument des feux sur les sommets des montagnes pour honorer ce jour. C’est un nouveau jour, symbole de liberté. Newroz est le symbole de la révolte contre l’oppression et de la dignité. Les fleurs du printemps s’ouvrent et la Journée kurde  fleurit. Newroz c’est le plein d’espoir, pour nous les Kurdes

Et c’est aussi une fête politique ?

NEWROZ est symbole pour tous les droits des Kurdes, dans le domaine à la fois politique, social, culturel et historique. Nous demandons en ce jour à tous les gouvernements qui ont occupé  le Kurdistan de donner des droits aux Kurdes au Kurdistan, comme la langue, la culture et plus généralement en termes humains. Car nous sommes aussi un peuple et nous avons une histoire et une culture qui est millénaire, comme les autres peuples du monde. Tout ce qui est kurde a été interdit en Syrie.

A Vienne, vous organisez plusieurs événements ?

En tant qu’organisateurs d’activités pour les étudiants et les jeunes, nous faisons beaucoup pour aider la communauté kurde en Autriche, avec des concerts, parfois à des occasions nationales, et aussi pour apprendre la langue allemande et aider ceux qui le souhaitent à s’intégrer dans la société autrichienne.

L’an dernier, tu étais à Linz ? Vous aviez aussi organisé une fête ?

Oui, j’étais à Linz et je suis venu à Vienne pour fêter Newroz ici, puis je suis revenu à Linz. Je ne vis à Vienne que depuis quatre mois.

Que penses-tu de l’accord signé récemment par l’Europe avec la Turquie ?

Je crois que cet accord est voué à l’échec et ne peut pas servir à grand chose parce que la solution doit être trouvée d’abord en Syrie, pas en Turquie ni en Grèce. Pour commencer, le régime actuel de Bachar al-Assad doit tomber et  il faudra ensuite travailler pour construire une zone de protection internationale en Syrie.

Il faut bien comprendre que les gens ne vont pas immigrer vers l’Europe pour l’argent ou simplement pour manger mieux. Les gens  cherchent un abri, un lieu où dormir en sécurité, ils cherchent tout simplement une place loin de la guerre pour ne pas risquer de se faire tuer.

Quelle solution envisagerais-tu pour la crise en Syrie et au Kurdistan ?

La Syrie ne peut revenir dans la situation d’ avant 2011. On devrait la diviser en trois zones : la région kurde au nord, la région pour le régime Bashar al-Assad et la région sunnite. Pour le peuple kurde demandent le fédéralisme  comme une solution pour l’avenir de la Syrie

Et à Vienne, tu te sens bien ?

Oui, je suis bien à Vienne, j’ai le statut de réfugié, je reçois 827 euros d’aide par mois et je dépense déjà 300 euros pour mon loyer. Heureusement, j’ai appris l’allemand très vite, en un an. Ceci dit, je pense beaucoup à mon pays Amouda, là où je suis né et j’ai grandi. J’y pense tous le jours et je pense aussi bien sûr à mes parents en Syrie qui vivent difficilement.

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Toi, personnellement, qu’est-ce qui t’a poussé à quitter ton pays ?

C’est la guerre en Syrie, en particulier, pour moi, les militants du PYD [branche militaire syrienne du PKK turc] qui veulent nous enrôler dans leurs troupes. Le peuple kurde n’aime pas  les  militants du PYD  parce qu’ils sont aussi contre les autres partis kurdes et, en fait, ne respectent pas les droits des Kurdes. Jusqu’à présent, un million de Kurdes ont fui le PKK ou le PYD  vers l’Europe ou en Turquie, voire au Kurdistan irakien.

Comment vois-tu ton avenir dans 5 ans ? Dans 15 ans ?

J’espère que je ne resterai pas ici 15 ans ! Quand  la situation en Syrie aura changé je veux revenir en Syrie. Nous, les Kurdes, nous sommes comme le peuple syrien, nous pouvons travailler dans tous les domaines. En attendant, je remercie le gouvernement de l’Autriche pour avoir reçu les réfugiés et leur avoir fourni une assistance. Et je te remercie pour cet entretien.

 

Voir aussi sur ce blog, en 2010 « Célébration publique de Norouz (Newroz) à Vienne« 

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20 mars 2016 - Posted by | Autriche, Uncategorized | , , , ,

Un commentaire »

  1. merci pour ce témoignage qui permet de donner chair à un peuple que l’on connait de façon trop abstraite.

    Commentaire par mao | 20 mars 2016 | Réponse


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