Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Agressions sexuelles en série et malaise à gauche

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Österreich, 8 janvier (en fluo orange, les mentions sur l’origine des agresseurs)

Plus de 500 femmes ont finalement porté plainte à Cologne dans les premiers jours de l’année après avoir été agressées sexuellement pendant la nuit de la Saint-Sylvestre. Des agressions similaires ont été signalées à Hambourg, Berlin, Stuttgart, Düsseldorf ou Nuremberg, mais aussi à Salzburg en Autriche, et dans une moindre mesure à Innsbruck et à Vienne. Presque toutes les victimes ont dressé le même signalement des hommes qui les ont attaquées : entre 15 et 35 ans, originaires du Maghreb ou du Moyen-Orient. Presque jusqu’à  la mi-janvier, la plupart des intellectuels de gauche refusaient d’accepter ce dernier point. La précision sur les origines des agresseurs, parfois qualifiés de « migrants », « d’étrangers » ou de « réfugiés » était considérée comme du racisme ou plus subtilement de l’islamophobie (cf. ma recension du livre posthume de Charb). Encore le 7 janvier, lorsque les premiers comptes-rendus  faisaient état de l’origine des hommes impliqués, l’un des principaux intellectuels autrichiens de gauche postait sur Facebook que ce qui s’était passé à Cologne lui rappelait l’ambiance d’un festival de rock.

Verharmlosung

Des statistiques fantaisistes ont aussi circulé pour relativiser les faits, affirmant par exemple que c’était la même chose à la Fête de la bière de Munich (voir „Lügenzahl vom Oktoberfest“). La réaction de la maire de Cologne, Henriette Reker, n’a pas non plus vraiment été tout à fait à la hauteur même si, comme l’a noté Esther Widmann, ses propos ont été cités hors contexte. Elle a recommandé aux femmes de garder « un écart d’au moins un bras » avec les autres personnes lorsque celles-ci se retrouvent dans une foule. Le chef de la police de Vienne, Gerhard Pürstl, a fait preuve d’une même légèreté en déclarant le 6 janvier au Kronen Zeitung que les femmes ne devaient en général pas sortir seules le soir ni accepter de boissons de personnes qu’elles ne connaissent pas.

Bien sûr, les événements ont donné lieu à des milliers de commentaires racistes.

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« Butez ce tas de merde », « Il est temps qu’on construise de nouveaux Buchenwald et Sachsenhausen plutôt que des foyers de migrants, cela serait plus utile », « Si je surprends un de ces porcs je lui tranche les doigts et lui flingue la tronche », « Il semblerait qu’il faille exécuter 500 Africains et Arabes », « On a besoin d’une nouvelle nuit de cristal ».

Le 8 janvier, dans le quotidien populiste Österreich, l’article relatant les agressions à Salzburg contenait une dizaine de fois les mots « Syrien », « étranger », « demandeur d’asile »  etc. :-(

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Österreich, 8 janvier (en fluo orange, les mentions sur l’origine des agresseurs)

 

Dès le 6 janvier, un spécialiste de l’islam comme Ahmad Mansour a su mettre en garde contre deux positions extrêmes : l’attitude raciste des posts ci-dessus et l’angélisme d’une gauche qui refuse qu’on remette en question toute caractéristique de cette « population opprimée », les nouveaux prolétaires depuis que ces derniers sont devenus moins nombreux et se sont en partie orientés, pour leur vote, à l’extrême droite. A. Mansour écrivait ainsi :

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« Dans certaines cultures arabes, les méthodes éducatives qui reposent sur une tabouisation de la sexualité et une dévalorisation des femmes, conduisent à de tels faits. Depuis des années des faits similaires sont régulièrement observés dans les pays arabes. Quand les rapports normaux entre les sexes sont interdits, il ne faut pas s’étonner que de tels faits surviennent. Et ce ne sont pas que les femmes occidentales blondes qui en souffrent mais toutes les femmes qui refusent ces représentations traditionnelles maladives et essayent de vivre librement. Il est temps de s’intéresser aux causes, sans attiser les haines et sans cacher les problèmes sous le tapis. »

Hamed Abdel-Samad a lui consacré un article important et courageux à ce sujet, intitulé « Cela a aussi à voir avec l’islam ». Il reprend des explications culturelles qui ne constituent en rien des excuses pour les agresseurs, mais permettent de comprendre le problème et envisager des solutions.

Les viols et attouchements systématiques place Tahrir, au Caire, sont bien connus depuis des années (cf. cet article de Claire Talon en référence ci-dessous). Certains hommes de ces cultures arabo-musulmanes se comportent comme des bêtes en présence de femmes. Ce n’est pas du racisme que d’écrire cela, oui, il y a aussi des violeurs en Europe, comme dans toutes les cultures, mais le jeune Egyptien qui se trouve place Tahrir ou sur la place devant la gare de Cologne n’a souvent pas entendu parler de Mai 68 ni du féminisme (ceci s’applique également aux jeunes hindous qui commettent  des viols en Inde). En Autriche, Karin Kneissl a osé, dès le début du mois d’octobre 2015, parler de la frustration sexuelle de tous les réfugiés qui arrivaient dans le pays. Son article portait comme texte d’introduction, au sujet de l’arrivée massive de jeunes hommes célibataires : « Cela constitue une chance mais l’excès de testostérone pourrait aussi causer des problèmes ». L’auteur de ces lignes trouvait, comme la plupart des « gens de gauche » qui s’engageaient et s’engagent toujours auprès des réfugiés, que ces propos étaient déplacés. Les événements de la Saint-Sylvestre amènent à se repencher sur ce sujet avec moins de préjugés et le livre de Karin Kneissl consacré au pouvoir politique de la testostérone (La Testostérone fait de la politique), traitant aussi bien des révolutions de 1848 que du printemps arabe, recoupe malheureusement l’actualité.

Si en juillet 2015 la jeune réfugiée palestinienne qui était tombée en larmes sur un plateau de télévision devant la chancelière allemande avait pu attendrir cette dernière (cf. cette vidéo sous-titrée en français), ce qui expliquait presque son invitation lancée à un million de Syriens quelques semaines plus tard, il semblerait bien que les agressions de la nuit du 31 décembre au 1er janvier marquent un coup de balancier important dans la politique d’accueil des réfugiés en Allemagne, et dans le reste de l’Europe.

PS1/ Un autre sujet d’inquiétude est l’antisémitisme dans les régions d’où viennent les réfugiés. Les préjugés sont tenaces et là encore, c’est le défaut d’éducation qui explique les mentalités. EtoileJ’ai pu en faire l’expérience le 16 octobre, en me rendant à l’enterrement de neuf des victimes du camion charnier (cf. ce billet). Je portais mon manteau avec une étoile à cinq branches représentant un coureur (insigne que j’ai acheté il y a  a dix ans sur un marché aux puces à L’viv). L’interprète est venu me voir au bout de quelques temps pour m’expliquer les murmures que j’avais remarqué à mon sujet. Les musulmans présents craignait qu’un Juif se soit glissé dans l’assistance. Je l’ai « rassuré » en expliquant le sens de l’étoile rouge.

220px-spiessgasse_frundsberger_kriegsbuch_jost_ammann_1525PS2/ Triste leçon de vocabulaire en allemand, le mot ‘Spießrutenlaufen’.
C’est le mot utilisé spontanément par de nombreuses femmes relatant les agressions subies. En français il s’agit comme l’explique Wikipédia du « châtiment des baguettes » : « châtiment militaire appliqué jusqu’au XIXe siècle qui consiste à faire passer un soldat entre deux rangs de ses camarades qui le frappent à coups de bâton. »

 

Sources et compléments

11 janvier 2016 - Posted by | Asile, Autriche | , , , , ,

5 commentaires »

  1. Merci pour cet article instructif qui m’a éclairée . L’analyse de Hamed Abdel-Samad est précieuse pour sortir d’une forme de manichéeisme et d’angélisme contre productifs !. Les commentaires racistes sont glaçants et tellement inquiétants…

    Commentaire par Falcou Matou | 11 janvier 2016 | Répondre

  2. Je suis d’accord avec tout ce que tu écris, Jérôme. Mais je n’arrive pas à comprendre cette concentration d’agressions sexuelles, surtout maintenant que l’on sait que ça ne s’est pas passé seulement à Cologne, sans organisation. Un phénomène d’une telle intensité et d’une telle extension ne peut pas être spontané !

    Commentaire par disoauma | 11 janvier 2016 | Répondre

  3. très bon article qui fait la part des choses sans tomber dans les extrêmes!
    très intéressant et inquiètant….;

    Commentaire par mao | 11 janvier 2016 | Répondre

  4. J’ai lu cet article avec beaucoup de plaisir, qui éclaire cette situation complexe et tragique sous de multiples aspects bien étayés.
    Il montre que les adeptes de la « Bête immonde » de Brecht, toujours féconde, sont de plus en plus visibles et décomplexés, manipulés et manipulateurs.
    PAO

    Commentaire par mao | 12 janvier 2016 | Répondre

  5. Si cette histoire pouvaient faire que la gauche sorte qui son angélisme et de sa naïveté habituelle !

    Mais c’est trop difficile pour elle de penser qu’une victime puisse aussi être un bourreau.

    Comment croire que l’intégration d’un million de personne de culture étrangère va se faire sans pleurs et sans sang ?

    L’optimisme de la gauche est criminelle, Les femmes allemandes commencent à le comprendre.

    Commentaire par OO | 19 janvier 2016 | Répondre


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