Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Crispations autour de l’islam en Autriche

niqab_naschmarktDepuis quelques mois, la présence de l’islam dans la société autrichienne fait débat et ce débat a malheureusement parfois des relents de racisme. Une véritable tension se fait jour entre d’une part ce qui relève de critiques justifiées et étayées de certaines évolution de l’islam, comme d’autres religions, et, de l’autre, ce qui est motivé par une xénophobie à l’encontre des musulmans, xénophobie attisée à la fois par l’arrivée en nombre de réfugiés surtout syriens, afghans et irakiens, mais aussi par les récents meurtres de masse à Paris. L’utilisation du concept pernicieux d’islamophobie rajoute à la confusion puisque l’introduction de ce néologisme vise à assimiler toute critique de l’islam ou tout rejet de l’une des pratiques qui y sont associées à du racisme. Pour mémoire, car ceci est trop peu connu, le terme a été introduit en 1979 par les Mollahs iraniens pour discréditer les femmes qui refusaient de porter le hijab (Allen 2010 p. 5 – lire aussi mon article dans le Standard traduit en français, Hypocrisie avec « l’islamophobie », 17.10.215).

A la mi-octobre 2015 la photo ci-dessus avait fait scandale. Le journal populiste Kronen Zeitung avait dénoncé le fait qu’une éducatrice de crèche mette une burqa pour une sortie avec des enfants. Les responsables de la communauté musulmane ont cru pouvoir se dédouaner en expliquant qu’il ne s’agissait que d’une accompagnatrice, sans pour autant s’interroger sur la signification de cet accoutrement pour les enfants, ni sur les questions de sécurité que cet habit pose, en raison de la baisse du champ visuel.

Début décembre, lorsque la chaîne de supermarchés Spar a décidé de mettre un terme au test de vente de viande halal dans quelques supermarchés, les tensions ont été vives. Si l’on peut raisonnablement s’opposer pour des raisons éthiques à l’abattage rituel (halal ou casher, cf. ci-dessous dans les compléments), c’est bien davantage suite à des propos ouvertement racistes – « si ça continue la burqa sera obligatoire pour faire ses courses au Spar » – que la chaîne a préféré ne plus proposer de viande halal. Parfois de bonnes décisions sont prises pour de mauvaises raisons et le point Godwin trop souvent atteint (la dernière fois que l’abattage rituel était interdit c’était sous Hitler) se démonte facilement (les premières autoroutes ont aussi été construites à cette époque et nous les empruntons).

Une semaine plus tard, c’est un premier rapport sur la radicalisation des jardins d’enfants islamiques qui a déchaîné les passions. Dans la capitale autrichienne, on compte 150 jardins d’enfants islamiques et 450 groupes d’enfants également qualifiés d’islamiques. Ce rapport de l’Institut d’études islamiques de l’université de Vienne met en évidence que les enfants n’apprennent pas à penser de façon autonome, des apprentissages de la notion de « péché » nuisant à leur bon développement. Pire encore, dans certains cas, le rapport fait état d’une forme sournoise d’endoctrinement. Bien sûr, le même type de reproches peut être formulé au sujet de jardins d’enfants catholiques et mon amie Louise Beltzung Horvath me signale d’ailleurs qu’il existe au moins deux jardins d’enfants catholiques à Vienne, ouvertement tournés vers l’Opus Dei (Stella). Seulement, alors que l’Eglise catholique a dû supporter des accusations fondées de maltraitance, avec parfois des cas de viols, les personnes qui ont formulé ces attaques n’ont pas été qualifiées de « cathophobes ». Aujourd’hui, ceux qui s’émeuvent que des enfants de trois ans apprennent par cœur le Coran sans le comprendre (comme ici, déjà en 2008, dans un jardin d’enfants cofinancé par l’Etat), sont simplement accusés d’islamophobie.

Le 9 décembre, à la télévision nationale, la porte-parole de la communauté musulmane, Carla Amina Baghajati, a critiqué ce rapport et a osé affirmer qu’il n’y avait « pas de scène salafiste en Autriche » (3’58 dans le fichier). C’est bien sûr complètement faux (cf. cette rencontre au sommet entre salafistes, à Vienne en octobre 2013). Les musulmans perdent encore une fois l’occasion de faire leur aggiornamento. Pour la plupart des responsables musulmans, comme pour une bonne partie de la gauche, critiquer un groupe qui recouvre en partie « les pauvres », « les exclus » ou « les discriminés » est inconcevable. Les musulmans sont pour eux les nouveaux prolétaires de la gauche d’avant. Ils font fausse route, et si le radicalisme des jardins d’enfants doit être dénoncé, qu’on le dénonce. Il faut en toutes circonstances raison garder.

 

Sources et compléments

Sur l’abattage rituel

  • Le nombre de minutes que le spectateur tient en regardant cette vidéo qui montre un abattage rituel après un abattage sous étourdissement renseigne assez bien sur le degré d’humanité de celui-ci.
  • Quelques articles scientifiques :
    – Dunn CS (University of Glasgow Veterinary School, Bearsden). Stress reactions of cattle undergoing ritual slaughter using two methods of restraint. (PMID:2368286), The Veterinary Record [1990, 126(21):522-525]
    – C.E. Haupt, Free Exercise of Religion and Animal Protection: A Comparative Perspective on Ritual Slaughter, 39 Geo. Wash. Int’l L. Rev. 839 (2007) [METASTUDY]
    – Kallweit E, Ellendorf F, Daly C, Smidt D, Physiologic reactions during the slaughter of cattle and sheep with and without stunning
    DTW. Deutsche Tierärztliche Wochenschrift [1989, 96(3):89-92] (PMID:2651084)
  • et dans une revue de vulgarisation : Andy Coghlan, « Animals feel the pain of religious slaughter« , New Scientist, 13.10.2009. De quoi démonter le mythe du « avec la lame du couteau le mouton ne sent rien ».

Et enfin sur ce blog

12 décembre 2015 - Posted by | Asile, Autriche, Catholicisme, Extrême droite, Uncategorized

4 commentaires »

  1. J’ai appris à ânonner des prières en mauvais latin quand j’étais enfant d’église, sans y comprendre goutte. J’y ai pris goût : je suis devenu prof de latin par la suite, et athée. Bref, tout n’est pas perdu pour les pauvres enfants musulmans…
    Cela dit, on fait souvent une confusion entre l’islam et les croyants. On ne dit pas, par exemple : le christianisme a provoqué les croisades, mais l’Église catholique. C’est l’Église catholique qui a inventé l’Inquisition et autres joyeusetés mémorables, pas le christianisme. Ceux qui obligent les femmes à porter une burka, qui ne veulent pas donner la main à la gent féminine ou qui se font carrément exploser, ce sont les tenants d’un islamisme radical, pas de l’islam tout court. Les salafistes sont un peu les Opus Dei de l’islam, et tous les salafistes ne sont pas des terroristes, ça va de soi. D’ailleurs, mais faut-il le rappeler, les musulmans s’entre-tuent surtout entre eux, ad majorem Dei gloriam, comme naguère les chrétiens. L’islam ne tue pas, pas plus que le christianisme, mais l’interprétation qui est proposée de certains passages de leurs livres prétendus sacrés – et il y a foule !
    Côté chrétien, pour ne pas oublier, ça donne ça par exemple :
    « Si nous voulons nous en tenir à la vérité, nous reconnaîtrons que la persécution injuste est celle des impies contre l’Église du Christ ; et la persécution juste est celle de l’Église du Christ contre les impies. L’Église persécute par l’amour, les autres par la haine ; elle veut ramener, les autres veulent détruire ; elle veut tirer de l’erreur, et les autres y précipiter. L’Église poursuit ses ennemis et ne les lâche pas jusqu’à ce que le mensonge périsse en eux et que la vérité y triomphe. » (Saint Augustin, Lettre à Boniface). Pour aller plus loin, je me permets de renvoyer à mon étude sur « L’intolérance catholique 1750-1770« .

    Commentaire par M. Stenger Gerhardt | 12 décembre 2015 | Répondre

    • Cher ami, le sujet, c’est vraiment le catholicisme ?
      A oui, il faut toujours accompagner une critique de l’islam par une critique, si possible encore plus forte du catholicisme.
      C’est la mauvaise foi, de la haine religieuse ou la peur de passer pour un islamophobe ?

      Commentaire par OO | 13 décembre 2015 | Répondre

      • Si vous voulez connaître le fin fond de ma pensée, je suis autant, sinon plus, islamophobe que judéophobe, christophobe etc., autrement dit je n’aime pas les religions qui prétendent vouloir s’occuper de mon salut, même à mon détriment, et du salut de leurs fidèles en leur interdisant de penser de manière critique. Chaque religion est profondément absurde, sauf la votre, bien sûr. De la haine ? Non, juste du mépris.

        Commentaire par M. Stenger Gerhardt | 14 décembre 2015

  2. C’est triste qu’en 2015, il y aient encore des haineux qui vivent comme au temps de Don Camillo et Peppone.
    Et un peu simpliste de dire que ceux qui croient ne pensent pas.
    Vous pensez que puisque vous ne croyez en rien, vous êtes l’incarnation de l’esprit critique ? Et que vous êtes libéré de tout préjugé et stéréotype ?

    Je ne méprise pas ceux qui ne croient en rien. Pourtant il y aurait de quoi : croire que le monde s’est auto-crée en suivant exactement des lois physiques auto-crées au même moment !!

    Commentaire par OO | 14 décembre 2015 | Répondre


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