Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Le musée des techniques de Vienne face à son passé

8_Radio_Ehrenfest-Egger_Copyright_TMW-pt

Radio datant de 1924 ayant appartenu à Regine Ehrenfest-Egger, née en 1867 et assassinée le 9 février 1945 à Theresienstadt.

Dans le monde germanophone, on évoque avec pudeur la « Provenienzforschung » pour décrire la recherche de l’origine des objets des collections des musées ainsi que des modes d’acquisition afférents. Le terme est généralement utilisé dans les cas de restitutions d’œuvres d’art. Des historiens travaillent pendant des années pour comprendre comme un tableau, une statue, un meuble précieux, s’est retrouvé dans le fonds d’un musée. Concrètement, il s’agit la plupart du temps d’œuvres spoliées, volées à des Juifs ou achetées à des prix anormalement bas, parfois également acquises légalement auprès de vendeurs qui eux-mêmes les avaient acquises dans des conditions douteuses. Le cas des œuvres d’Egon Schiele au musée Leopold de Vienne ou du Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I de Klimt au Belvédère sont parmi les plus connus pour ce qui concerne l’Autriche (voir le film de Simon Curtis La femme au tableau).

Seulement, on s’intéresse rarement aux objets du quotidien, moins précieux, qui ont été spoliés de la même façon. Depuis 1998, date de l’adoption d’une loi fédérale sur la restitution des œuvres d’art, le Musée des techniques de Vienne emploie deux historiens, Christian Klösch et Oliver Kühschelm pour la « Provenienzforschung ». Ce musée n’a pas participé activement à la spoliation des biens mais après-guerre, de nombreux objets issus de ces vols y ont été déposés. Pour la première fois dans le monde germanophone, un musée des techniques s’est ainsi penché de façon systématique sur l’origine de chacun des 80 000 objets de son fonds et, à compter du 4 novembre 2015, l’exposition permanente est complétée par une petite salle qui expose des objets dont le musée cherche les ayant-droits. 1_Fiat_522C_Copyright_TMW-ptOn y trouve aussi bien une voiture (Fiat 522C), qu’un radiateur, des livres, une balance de bureau ou une radio de salon. Cela rappelle, si besoin était, que les Juifs spoliés n’étaient pas forcement riches et que presque toutes les familles ont subi des spoliations (le 20 septembre 1939 tous les Juifs doivent déposer leur radio, le 5 janvier 1942 leurs skis et chaussures de marche…).

Comme l’explique Gabriele Zuna-Kratky, la directrice du musée, il s’agit d’une exposition très originale puisqu’elle souhaite que tous les objets présentés disparaissent ! Sur le site du musée et dans des catalogues internationaux, les objets sont présentés avec photo et descriptions complètes, espérant que des ayant-droits les réclament ou que le musée les rachète.

10_Buchcover_Edition-TMW4_Copyright_TMW-ptHuit cas de restitution ont déjà été traités, autant sont en cours de traitement. C’est bien sûr très peu mais chacun des cas a donné lieu à d’importantes recherches, présentées dans le livre accompagnant cette exposition, Inventarnummer 1938. Lors de la conférence de presse du 3 novembre, le petit-fils du propriétaire d’un orgue qui trône dans la salle des fêtes du musée était présent aux côté de la petite fille de Rosa Glückselig, ancienne propriétaire de la Fiat 522c exposée.

Voitures vendues aux enchères le 20 sept. 1938

Voitures vendues aux enchères le 20 sept. 1938

Outre cette exposition, le musée a aussi mis en ligne une base de données relatives aux voitures immatriculées dans les années 1934-1945, période de l’austrofascisme (jusqu’en 1938) et du nazisme. Christian Klösch explique, au terme d’un long projet de trois ans (2009-2012) visant à inventorier l’ensemble des véhicules, qu’il s’est agi à cette période du plus grand vol de voiture de l’histoire du pays puisque 20% des véhicules en circulation avaient été volés. A ce stade, les propriétaires en 1938 de 75% des voitures et 45% des motos ont été identifiés. Parmi eux on trouve le Dr. Arnold Segal, mon arrière-grand-père. C’est grâce à cette base de données que j’ai pu reconstruire l’histoire d’une voiture de collection, la Tatra 77a de la famille Segal.

Voir également sur ce blog, au sujet des restitutions

See also A ‘car of the future’ found in a dark past or How I found the car my great-grandfather lost 78 years ago

4 novembre 2015 - Posted by | Autriche, Restitution | , , ,

Un commentaire »

  1. Là peu à commenter. Sinon que l’auteur de ce blog en disant plus sur lui gagne encore à être lu.

    Commentaire par Jean | 16 novembre 2015 | Répondre


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