Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

La semaine où l’Europe a cessé d’exister

Dessins

Dessins d’enfants, Hauptbahnhof, Vienne

Lundi 14 septembre je suis parti avec une autre équipe d’un journal télévisé français, pour préparer des sujets sur ce qu’on appelle « la crise des réfugiés », même s’il s’agit de personnes qui malheureusement ne sont pas encore réfugiées. Je devais retrouver à Salzbourg l’équipe en provenance de Munich – où j’étais, plein d’espoir, la semaine dernière. J’ai donc vu les contrôles aux frontières, les trains vers l’Allemagne pour la plupart annulés et les demandeurs d’asile agglutinés dans le hall espérant monter à bord, alors que des cordons de policiers les en empêchaient ; les tentes de l’armée et de la Croix rouge sur la place de la gare, les regards tendus et épuisés. L’Europe se disloque appelant au mieux à des quotas de répartition dont le fonctionnement est tout à fait illusoire (*). Le peu que nous avions, ce sentiment d’appartenance à un destin commun, tout cela se délite.

J’ai pu mener quelques entretiens. Ainsi, dans le train partant de Vienne j’ai fait la connaissance de Mohammed qui m’a confié son histoire avant que l’on se mette à jouer aux échecs sur mon téléphone. Il est né en Syrie mais il est « réfugié palestinien » (**) : c’est son père qui a été chassé de ses terres en 1948. Ce dernier a passé quelque années à Ramallah avant de se retrouver dans un camp syrien, à Yarmouk, un quartier de Damas (recherches faites, il semblerait que ce camp n’existe que depuis 1957). Ce camp qui contenait 150 000 réfugiés – soit environ 37 % des Palestiniens de Syrie, selon cet article paru dans Le Monde le 10 avril 2015 -a été intensément bombardé par l’armée syrienne après avoir été occupé par Daech. Mohammed a encore sa femme et son fils à Damas, il espère rejoindre la Norvège et les faire venir ensuite. Le plus dur a été la traversée en Turquie, il s’y est pris à trois reprises. Une fois c’est la police turque qui l’a mis pour deux jours en prison après l’avoir arrêté, une autre fois c’est le bateau qui a chaviré. Prévu pour environ 40 personnes, ils étaient 60 à bord, la place coûtant 1100 EUR ou 1300 dollars. Heureusement personne n’est mort, mais on imagine le traumatisme. La troisième fois fut la bonne, il est passé d’Izmir à Chios d’où il a été rapatrié en Grèce continentale. C’est à Thessalonique qu’il a rencontré d’autres Syriens avec lesquels il a formé un groupe jusqu’au train où je l’ai rencontré. Aux autorités allemandes, il compte se présenter comme Syrien sans parler de la Palestine. Je ne sais pas du tout quelles sont ses chances. A Damas il travaillait comme mécanicien et il parle plutôt bien anglais.

Les photos que j’ai prises illustrent ce petit voyage, mais aussi mes visites à la gare près de chez moi ou encore à Nickelsdorf, avant et après le passage de plus de 30 000 demandeurs d’asile.

Compléments :

Sujet et direct du JT de TF1 avec Henri Dreyfus

Et sur ce blog :

(*) La plupart des réfugiés rencontrés ont de la famille en Europe, souvent en Allemagne, en Suède ou même en Norvège. Si une répartition se faisait avec des quotas par pays, ce que proposent l’Allemagne et la France et refusent les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie), les réfugiés ne seraient bien sûr pas en résidence surveillée dans leur pays d’accueil. Un Syrien placé en Lituanie aurait vite fait de se rendre chez son cousin en Suède et un Irakien installé dans un village polonais rejoindrait son frère en Allemagne. La liberté de circulation intra-européenne ne peut pas valoir que pour les Européens et les réfugiés ne sont pas des tonnes de blé à déposer dans différents pays.
(**) Ce statut hérité des parents explique les bombes démographiques positionnées autour d’Israël. D’habitude les pays intègrent les réfugiés : les enfants ne sont pas eux-même réfugiés (cf. « boat people » en France, ou même, bien avant, les Républicains espagnols). La Syrie, le Liban mais aussi la Jordanie, aucun de ces pays n’acceptent comme citoyens les enfants ou même petits-enfants de réfugiés, de façon à ce que « le retour des réfugiés » constitue une menace démographique pour Israël.

17 septembre 2015 - Posted by | Uncategorized

3 commentaires »

  1. triste…so shade…on se demande tjs ce quon aurait fait en 39 45…nous y sommes .

    Commentaire par Anonyme | 17 septembre 2015 | Répondre

  2. Cela n’a rien à voir avec 39-45

    L’autriche n’a pas de frontière avec la Syrie, ce sont donc tous des réfugiés économiques.
    Ils partent vers l’Allemagne où ils espèrent trouver une vie meilleur qu’en Turquie.

    Commentaire par Olivier Orsel | 20 septembre 2015 | Répondre

    • Difficile de faire plus faible comme commentaire, au moins ma réponse n’a pas besoin d’être longue. Quand quelqu’un fuit un pays en guerre où il est menacé, il demande à obtenir le statut de réfugié là où il arrive, pas forcément dans le premier pays. Un juif qui quittait l’Autriche en 1938 et arrivait en Grande-Bretagne demandait le statut de réfugié et était (souvent) considéré comme tel. Heureusement qu’il n’y avait pas d’Oliver Orsel pour penser qu’à la frontière belge les exilés s’étaient transformés comme par magie en réfugiés économiques.

      Commentaire par segalavienne | 20 septembre 2015 | Répondre


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