Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Vienne, moment de répit sur la route des Balkans

Centre de dépôt de dons Caritas

Tous les dessins sont de Pauline Binoux

Marquée par son passé, l’Autriche s’engage sans hésiter auprès des réfugiés. Dans la gare où les réfugiés affluent, à Westbahnhof, c’est une jeunesse colorée qui se mobilise auprès des associations et institutions.

Des employés des chemins de fer autrichiens (ÖBB) distribuent à la gare de l’ouest (Westbahnhof) des dépliants en trois langues, allemand, anglais et arabe, commençant par « si vous avez besoin de manger, de boire, d’un soutien médical, de toilettes ou d’hébergement, adressez-vous s’il vous plaît à nos agents ». Au dos, un plan explique comment se rendre à la distribution de nourriture organisée par la Caritas. Stephan, employé de cette organisation caritative catholique très bien implantée en Autriche, est responsable de l’accueil des migrants. Le lundi 31 août, pas moins de 3650 réfugiés sont arrivés à la Westbahnhof (gare de l’ouest), en provenance de Budapest. Depuis, ils ne sont « que » 200 à 300 par jour et le système est bien rodé : les dons viennent de supermarchés ou directement d’entreprises (pour l’eau par exemple) mais aussi et surtout des Viennois qui arrivent en masse apporter leur soutien. Stephan explique « hier j’avais besoin de ponchos pour la pluie, j’ai contacté une entreprise qui en produit, ils ont été livrés en quelques heures, c’était un don ».

deux bénévolesUne page web, refugees.at, permet de savoir en temps réel quels sont les besoins dans les trois principales gares situées sur ce qu’on appelle depuis quelques mois la « route des Balkans » (Turquie, Grèce, Macédoine, Serbie, Hongrie, Autriche, Allemagne). A la gare centrale (Hauptbahnhof), il n’y pas d’ONG mais l’ÖBB a mis deux salles à disposition. Les besoins sont précis : verstes pour homme, chaussures pour homme, taille 40-41, serviettes hygiéniques… et ces listes à la Prévert varient d’heure en heure.
StephanLa trentaine, Stephan a déjà vécu des occupations d’église ou d’autres bâtiments, « là ce qui change, c’es que tout le monde semble s’unir pour un même but : aider les réfugiés. Les employés de l’ÖBB utilisent les panneaux d’affichages pour diriger les dons vers notre entrepôt ; la police, la croix rouge, la mairie et quelques ONG, tout se coordonne très bien et, surtout, on sent que la population est présente. » La manifestation du 31 août qui avait rassemblé 20 000 personnes a beaucoup marqué. Même les journaux populistes s’indignent face au sort réservé en Hongrie par le gouvernement Orban aux réfugiés.
ÖzgürEn plein entretien, Stephan est appelé, on ne trouve pas d’interprète pour le kurde. Une vingtaine d’interprètes, tous bénévoles, se relayent sur le site pour assurer une présence continue. Avec Stephan nous nous rendons auprès de Özgür, venu le matin même de Basse-Autriche, le Land autour de Vienne. Il vient d’aider deux jeunes Kurdes syriens de Kobané qui avaient besoin de vestes et de billets de train pour Munich. Ils sont déjà repartis. Özgür est lui-même autrichien, arrivé en Autriche à l’âge de 6 ans en provenance du Kurdistan turc.
Une des forces de cet étonnant mouvement de solidarité est sans doute la vitalité de la jeunesse autrichienne issue de la migration (un tiers des Viennois ne sont pas nés en Autriche !). 3 jeunes interprètesA côté d’Özgür nous rencontrons trois copines, Sarah, Rania et Zeinab, toutes les trois âgées de 15 ans et portant le hijab. C’est par Facebook qu’elles ont appris que des interprètes étaient demandés à Westbahnhof. Elles sont autrichiennes mais leurs parents sont nés en Egypte. Comme tous les interprètes, elles portent sur leur ventre un papier tenu par deux bouts de scotch avec les langues qu’elles parlent. Pour elles c’est l’arabe, très utile pour les réfugiés syriens. Elles font la journée continue de 7 à 23h. Quand on leur demande ce qui est écrit sur une des affiches rédigées en arabe, un sourire gêné se dessine sur leur visage « en fait on ne lit pas l’arabe, on le parle juste. »
places réservéesLa plupart des réfugiés ne demandent qu’une chose, qu’on facilite leur voyage vers l’Allemagne. Selon Stephan, seuls 10% d’entre eux demandent l’asile en Autriche. Sur le quai n°1 réservé aux réfugiés pour qu’ils puissent se reposer, nous trouvons
JamilJamil, sa femme et leurs deux enfants âgés de deux et sept ans. Ils ont quitté Damas il y a un mois et semblent épuisés. Entrant au camp de demandeurs d’asile de Traiskirchen, à 30 km au sud de Vienne, on lui a demandé de déposer ses empreintes, du coup il a préféré repartir et souhaite lui aussi se rendre en Allemagne. Il raconte avec émotion son périple : passage au Liban, avion de Beyrouth à Izmir, passage très risqué vers la côte au sud (« police turque très violente »), traversée en canot pour l’île grecque de Samos (2 km), arrestation par la police, libération, poursuite vers la Macédoine puis la Serbie, « à pied et en voiture », 300 euros par personne à un passeur pour entrer en Hongrie en voiture et en Hongrie « terrible, pas à manger, pas à boire ». Arrivé finalement à Budapest il achète un billet pour Vienne mais le train lui est interdit. C’est en voiture qu’il est arrivé à Vienne et, dépité, il nous montre ses billets de train, payés mais dont l’utilisation lui a été interdite. AliakhbarL’interprète est lui aussi choqué de tant d’inhumanité côté hongrois. Il se livre un peu, il vient lui d’Afghanistan, se prénomme Ali Akhbar (il insiste bien, « oui, Akhbar c’est aussi mon prénom ») et explique très simplement pourquoi il est venu offrir ses services d’interprète en arabe et farsi : « Mensch ist mensch » (un être humain c’est un être humain).

ErfanA côté de la famille de Jamil, on trouve Erfan, un jeune de 22 ans déjà installé au camp de Traiskirchen. Avec les 40 euros par mois qu’il obtient du gouvernement autrichien pendant le traitement de sa demande d’asile, il s’achète des forfaits de 5 euros pour téléphoner 23 minutes à sa femme, restée au pays. Il veut rejoindre l’Angleterre. Lorsqu’on lui dit que le passage de Calais est extrêmement dangereux, il répond en anglais « Afghanistan is also dangerous ! ». Il est là depuis un mois, après deux ans passés en Grèce. Il a commencé ses études à Kandahar et entend bien les poursuivre en Europe, en Autriche si l’asile lui est accordé ou en Angleterre, et ajoute « inch’Allah ! ».

caddieTexte : Jérôme Segal

Dessins : Pauline Binoux

Anna

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12 septembre 2015 - Posted by | Autriche, Vienne | , ,

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