Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Virage à l’extrême droite en Autriche

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Un parallèle exagéré ? (photo du haut : (c) Jürg Christand)

Le 31 mai dernier, aux élections régionales du Land de Styrie, le parti d’extrême droite FPÖ a obtenu 26,8 % des suffrages exprimés, contre 10,7 % aux dernières élections. Aucun institut de sondage n’avait pronostiqué plus de 21%. Une coalition est actuellement envisagée entre les chrétiens-démocrates (ÖVP, 28,5% contre 37 auparavant) et le FPÖ. Au Burgenland, Land situé à la frontière avec la Hongrie, le FPÖ a aussi nettement progressé, passant de 9 à 15%. Ce sont là les sociaux-démocrates du SPÖ, passés de 48 à 42% et qui possédaient jusqu’à présent 18 des 36 sièges au parlement régional, qui négocient avec le FPÖ. Le président fédéral du SPÖ a déclaré qu’il ne voyait personnellement « pas de problème » face à cette coalition régionale et que ce type d’accord pouvait faire suite à des « expériences réussies ». Il se référait sans doute à la coalition fédérale entre les sociaux-démocrates et les « libéraux » du FPÖ de 1983 à 1987 (car Haider a pris le pouvoir de ce « parti de la liberté d’Autriche » en 1986, l’orientant clairement vers l’extrême droite), ou, au niveau local, lorsqu’en 2004 les « camarades » du SPÖ ont porté Jörg Haider au pouvoir en Carinthie. Aux élections régionales de 2010, le gouverneur de Styrie social-démocrate, Franz Voves, avait déjà envisagé un accord avec le FPÖ (voir sur ce blog « Pas de ‘cordon sanitaire’ en Autriche ! »).

Suite à ces succès incontestables, le leader du FPÖ, Heinz-Christian Strache a déclaré dès le lundi 1er juin que l’accession de son parti au pouvoir était maintenant irrésistible : « on ne peut plus nous arrêter ». Pour le secrétaire général du FPÖ, Herbert Kickl, c’est l’échec de la politique d’asile qui explique le bon résultat de son parti… même si assez classiquement, c’est dans des villes ou villages où l’immigration est quasi-inexistante que le parti obtient ses meilleurs scores. Dans le charmant village de Ramsau, le FPÖ a gagné 30,3 points pour parvenir à 39,8% !

Persuadés que la mairie de Vienne est à leur portée lors des élections à venir en octobre, les militants du FPÖ redoublent d’énergie. Le 3 juin, ils sont allés manifester devant un centre d’accueil de demandeurs d’asile, dans le troisième arrondissement. Sur leurs affiches brandies devant les Syriens et Afghans qui entraient dans le bâtiment, on pouvait lire « Nein zum Asylantenheim » et des rapprochements ont été faits avec d’autres affiches, trois quarts de siècle plus tôt (cf. photo ci-dessus). « Asylanten » est un mot intraduisible en français, extrêmement péjoratif pour désigner les demandeurs d’asile (« Asylbewerber »). C’est justement l’héritage de Jörg Haider (non abordé dans le film de Nathalie Borgers précédemment évoqué dans ces colonnes) qui se traduit par l’utilisation de ces mots (gouverneur de Carinthie, Haider appelait à interner les « Asylanten criminels » dans des centres spéciaux).
Courageusement, le représentant de l’association SOS Mitmensch (que l’on peut comparer au « SOS racisme » français), Alexander Pollak, est allé devant le centre, avant l’arrivée des militants du FPÖ, avec une pancarte sur laquelle on pouvait lire « les demandeurs d’asile sont les bienvenus, aussi dans mon environnement ». Quelle fut la réaction de la police autrichienne ? C’est Pollak qui fut interrogé et accusé de porter atteinte au bon déroulement de la manifestation d’extrême droite. Il y avait bien une centaine de contre-manifestants, souvent communistes, en face des militants d’extrême droite, mais Pollack s’était situé avec sa pancarte à l’entrée du centre. Les policiers l’ont accusé d’enfreindre le paragraphe 285 du code pénal (atteinte à une manifestation) alors qu’il n’a en rien gêné l’accès à la manifestation ni son bon déroulement. On peut supposer que les policiers présents étaient affiliés au syndicat AUF, directement lié au FPÖ, déjà mentionné sur ce blog pour avoir comparé les conditions de travail des policiers à ceux des détenus de camps de concentration.

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(c) photo John Sobek (avec son autorisation)

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Les contre-manifestants

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(c) Photo John Sobek (avec son autorisation)

Cet incident illustre hélas assez bien la situation politique actuelle en Autriche. Malgré la saison déjà estivale, l’Autriche prend des couleurs d’automne, le brun semble dominer.

Compléments

Au sujet du mot « Asylant », voir cette étude de la fondation contre le racisme et l’antisémitisme. Le terme est apparu au début des années 1970 dans les milieux d’extrême droite proche des néonazis (parti allemand NPD).

Lire aussi Cathrin Kahlweit, « Wie sich Österreich an rechte Parolen gewöhnt hat« , Süddeutsche Zeitung, 1.6.2015

Sur ce blog :

4 juin 2015 - Posted by | Autriche, Extrême droite | , , , ,

3 commentaires »

  1. En Autriche, comme en France et beaucoup d’autres pays européens, il y a une vrai crise identitaire que la gauche et les europeistes ignorent.

    Cacher les problèmes, ce n’est pas les résoudre.

    Quand à organiser des contre manifestations, ce sont des méthodesantidémocratique et fashistes, c’est denier aux autres le droit de manifester. C’est à punir avec la plus grande sévérité dans une démocratie.

    Commentaire par olivier orsel | 4 juin 2015 | Répondre

    • Quand le fashism* est à la mode, on punit à tout-va !
      Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ? Les nouveaux deniers (sic) du culte.

      La vraiE crise identitaire n’est pas celle que l’on croit.
      D’aucuns aimeraient tant qu’on les prenne pour des démocrates.

      N’est-il pas vrai, OO ? Dédoublement du O et/ou de la personnalité ? (vous avez dit «asile» Herr Docktor?)

      Quoi qu’il en soit HH eût-il été Janus, l’Histoire eût été moins bestiale (pour OO, ces quelques subjonctifs plus-que-parfaits – qui plaisent tant à JMLP, son mentor idéologique mais pas stylistique – dont l’usage, à defaut d’enrichir la pensée, exhausserait un tantinet le phrasé, et compliquerait davantage l’orthographe).

      * orthographe non-contractuelle.

      Commentaire par Fashion Viktim | 20 juin 2015 | Répondre

  2. Pour « Asylanten », je proposerais « quémandeurs d’asile ». Mais ce n’est qu’un pis-aller.

    Commentaire par M. Stenger Gerhardt | 14 juin 2015 | Répondre


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