Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

« L’Eldorado » de nouveau à Vienne

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(Photo JS, juin 2014)

Non, ceci n’est pas un nouvel article pour annoncer que Vienne est encore classée la ville où la qualité de vie est la meilleure (comme c’est chaque année le cas depuis 2009, cf. ce billet). L’Eldorado c’est le titre d’une pièce écrite et mise en scène par Elise Hofner, une jeune auteure suisse, montée en 2014 et qui est présentée à nouveau cette année. Elise répond à nos questions en attendant de vous retrouver à Vienne le 16 avril et le 29 mai au Serenade Cabaret.

– Comment t’es venu l’idée de monter cette pièce ?

Tout à commencé en 2013 en développant le projet « Les Médusés du radeau » qui est une troupe de théâtre francophone à Vienne. Après quelques mois de travail sur des textes du répertoire, j’ai décidé de créer une pièce pour juin 2014. Lors de ma formation théâtrale à Paris, nous avions travaillé des textes de « Grand peur et misère du IIIème Reich », j’ai tout de suite pensé que cette pièce pourrait fonctionner avec mes acteurs viennois. Après sélection des scènes et une première lecture, nous avons tous trouvé que ce choix était le bon et que cette pièce, par ailleurs, était terriblement d’actualité. J’ai ensuite décidé de rajouter aux textes de Brecht qui prennent place entre 1933 et 1938 des scènes d’un cabaret berlinois en 1931. Cela permet ainsi aux spectateurs de voyager entre l’Allemagne d’avant et d’après l’arrivée d’Hitler au pouvoir. L’époque cabaret de « L’Eldorado » offre aussi un peu de « légèreté » à ce sujet grave. En effet, à « L’Eldorado » (cabaret/night club qui a réellement existé à Berlin dans les années 30), on danse, on boit du champagne, le maître de cérémonie est mystérieux et décadent, Lola, la danseuse, est peu farouche et ces deux personnages décalés nous racontent leur propre vision de Berlin et de l’Allemagne de cette époque.

– Y a-t-il des pièces ou des textes qui t’ont inspirée ?

Mes premières inspirations pour L’Eldorado furent évidemment le musical Cabaret (la pièce et le film) qui sont des œuvres essentielles sur l’époque selon moi. Le livre Adieu à Berlin de Christopher Isherwood, roman autobiographique qui est à la base de la pièce de théâtre « Cabaret ». Comme je voulais faire de L’Eldorado une pièce musicale et dansante, ces œuvres ont inspiré une grande partie de mon travail.

– Cela a-t-il un sens supplémentaire pour toi de monter cette pièce à Vienne ?

eldo1-ptOui, tout d’abord il me tenait à cœur, pour la première création des Médusés du radeau, de jouer une pièce du répertoire allemand. En tant que plateforme de théâtre francophone à Vienne, nous souhaitions faire un pont avec le théâtre de langue allemande pour cette première création.

Par ailleurs, depuis mon arrivée à Vienne en 2012, j’ai découvert l’étrange rapport qu’à ce pays à sa propre histoire. Je ne suis évidemment pas historienne ni experte mais il me semble que L’Autriche a encore besoin de pièces de théâtre sur ce sujet afin de pouvoir, peut-être, revoir sa propre implication dans la Seconde Guerre mondiale et la Shoah aussi. Le choix visuel de l’affiche n’est d’ailleurs pas innocent, cette croix gammée à paillettes rouge est là pour marquer, intriguer, déranger mais elle attire le regard car d’une façon ou d’une autre, il va bien falloir continuer à regarder cette période, même en la traitant avec décalage, nous en avons tous besoin, y compris en Autriche.

– La pièce a été jouée l’an dernier, tu as eu des retours ? De la part des Autrichiens aussi ?

Oui en effet la pièce a été jouée en avril 2014 pour des scolaires viennois. Ce fut notre premier contact avec un public autrichien. Les élèves ont trouvé la pièce très divertissante et utile en même temps, ils en sont sortis émus même si beaucoup d’entre eux ont avoué leur malaise quand le grand drapeau nazi apparaît à la fin, que cette image était très inconfortable et effrayante. Tout un travail pédagogique avait été fait en amont de la pièce évidemment avec les classes afin qu’ils aient tous les outils possibles pour la bonne compréhension du sujet. Les professeurs étaient eux aussi très contents et émus par le sujet.

Ensuite nous avons joué fin juin 2014 dans la salle de bal de L’Institut français de Vienne. Ce fut, il faut l’avouer un grand succès alors que les Médusés n’avaient même pas un an. Le public est venu nombreux, beaucoup plus nombreux que prévu d’ailleurs (pas assez de places pour tout le monde). Dans la salle se trouvaient évidemment une majorité de francophones mais nous avions aussi des francophiles viennois ou autrichiens.

Depuis avril 2014 nous n’avons reçu que de bons retours concernant « L’Eldorado », nous avons beaucoup de chance. Cette pièce est très bien accueillie par le public y compris Autrichien. Évidemment nous aimerions à moyen terme pouvoir rajouter des sur-titres afin de pouvoir toucher un public plus large ne parlant pas le français. Nous espérons pouvoir le faire pour la saison 2015-2016. Nous verrons alors mieux l’accueil des Autrichiens à cette pièce au sujet si sensible. Mais pour l’instant les Autrichiens comprenant le français qui sont venus voir « L’Eldorado » nous ont fait de très bons retours y compris sur la nécessité de traiter ce sujet là encore aujourd’hui au théâtre.

– Et la pièce est jouée en 2015 ?

Oui, L’Eldorado a repris le 21 février dernier au Serenade Cabaret (Langegasse 74, 1080 WIEN)  qui nous accueille depuis décembre en résidence pour nos répétitions. La pièce sera encore jouée le 16 avril à 19h30 et le 29 mai à 20h. Puis juin verra arriver la nouvelle création des Médusés du radeau que l’on se réjouit déjà de vous présenter !

14 avril 2015 - Posted by | Uncategorized | , ,

11 commentaires »

  1. Une femme suisse qui avoue ne rien connaitre en histoire mais qui trouve que les autrichiens devraient revoir leur vision de la deuxième guerre mondiale et de l’holocauste.

    Grandiose !

    Et si la Suisse revoyait son implication actuelle dans le blanchiment de l’argent de la drogue, de la prostitution, de la mafia, et du crime organisé ?
    Et si la Suisse revoyait son implication actuelle dans la fraude fiscale mondialisée?
    Et si la Suisse revoyait son implication dans l’holocauste par le rejet de 3 à 25 000 juifs ?
    Et si la Suisse revoyait son implication dans la non restitution de 1.25 milliards qui appartenaient à des juifs ?

    Commentaire par Olivier Orsel | 14 avril 2015 | Répondre

    • « Je ne suis évidemment pas historienne ni experte »
      « il va bien falloir continuer à regarder cette période, même en la traitant avec décalage, nous en avons tous besoin »

      Relire un article avant de poster un commentaire … ça peut toujours servir !

      Commentaire par Maelle Gérard | 14 avril 2015 | Répondre

      • C’est fait et je maintient mon commentaire.

        Commentaire par Olivier Orsel | 15 avril 2015

  2. Ce qui est grandiose c’est votre commentaire qui est parfaitement hors sujet mon petit bonhomme. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas historien qu’on n’a pas le droit de s’intéresser à l’histoire et il y a bien des manières de le faire, théâtre y compris. Ensuite, la Suisse n’est pas le sujet de la pièce et la nationalité d’Elise n’est pas une raison pour la charger de tous les maux de ce pays.

    Commentaire par Francisse Spass | 14 avril 2015 | Répondre

    • Si on ne connait pas grand chose sur un sujet, on évite de donner des leçons de morale aux autres.
      Pour qui elle se prend pour juger les autrichiens ?

      Commentaire par Olivier Orsel | 15 avril 2015 | Répondre

      • Mais d où sortez vous cher Olivier que je n y connais rien à ce sujet? Ce n est pas parce que je précise ne pas être historienne de métier que je ne peux pas avoir des connaissances y compris importantes sur le sujet que je traite dans la pièce que j ai créée. Et vous êtes vous historien ou expert de l histoire suisse, vous qui avez pourtant un avis dessus? Êtes vous suisse pour oser avoir un avis sur ce pays (je suis votre raisonnement si vous permettez)? J en doute et pourtant ce que vous avez écrit ds votre premier commentaire est juste concernant l histoire helvétique. Avec L Eldorado nous traitons un auteur germanophone parlant du nazisme en Allemagne et en Autriche, la Suisse n a donc rien à y faire. Mais peutêtre pensez-vous que je ne suis déterminée que par mon genre et ma nationalité et que de ce fait je devrais en rester à cela, n être que cela, ne parler dans mes oeuvres que de cela, très bien pour vous. Je ne partage pas votre avis. Et laissez moi vous dire que pour de multiples raisons autant pro que personnelles je connais très bien la période traitée dans cette pièce. Hé oui on peut être une artiste suisse et femme et être très instruite et concernée sur l Histoire de son pays ET des pays voisins (sans pour autant que l histoire ne soit devenue mon métier de façon directe).
        Bien à vous.
        Elise
        Ps: heureusement qu un réalisateur français s est permis il y a quelques années de se mêler de l histoire allemande afin de créer Nuit et Brouillard !

        Commentaire par Anonyme | 15 avril 2015

      • « Nuit et Brouillard » a été commandé par le Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale pour le dixième anniversaire de la libération des camps de concentration.

        e n’est pas une initiative personnelle !

        Commentaire par Olivier Orsel | 16 avril 2015

  3. L’Autriche commence seulement depuis peu à regarder son histoire autrement (changement de nom de certaines rues, Aberkennung Ehrenbürgerschaft Hitlers [Braunau am Inn 2011] etc.). Je ne pense pas qu’Elise juge l’Autriche, elle observe ce qui s’y passe.

    Commentaire par LN | 15 avril 2015 | Répondre

    • Elle pense que l’Autriche doit « revoir sa propre implication dans la Seconde Guerre mondiale et la Shoah aussi ».
      C’est un jugement de valeur, une leçon de morale.

      Commentaire par Olivier Orsel | 17 avril 2015 | Répondre

  4. « Nuit et brouillard » est peut-être une commande, ça n’en reste pas moins un artiste français qui se mêle (si je suis votre logique) de l’histoire d’un autre pays (et cela devrait être « grandiose » comme vous dites)

    « L’Eldorado » n’est pas une pièce morale, c’est avant tout un superbe texte de Bertolt Brecht qui parle de la montée du nazisme. Je ne vois pas pourquoi ma nationalité (et mon genre aussi si je vous relis bien) m’interdirait de traiter ce sujet dans mon métier. Par ailleurs donner son avis dans une interview n’est en rien une leçon de morale et même si c’était le cas, je ne vois pas pourquoi je n’en aurais pas le droit et surtout pourquoi cela vous dérange tellement.

    Ensuite je vous renvoie à votre premier commentaire qui est aussi un jugement de valeur et une leçon de morale (sur mon travail sans jamais l’avoir vu et sur la Suisse. Et si je suis encore une fois votre logique, cela devrait être un comble qu’un « non suisse » se permette de tels propos) mais je suppose que quand c’est vous qui parlez, il n’y a plus de problème.

    Si mes propos et mon travail vous contrarient à ce point, je vous recommande donc de ne pas lire les prochaines interview que je pourrais faire ni venir voir mes créations au théâtre et vous serez ainsi bien plus content et détendu.

    Avec mes meilleures salutations,
    Elise Hofner

    Commentaire par Anonyme | 24 avril 2015 | Répondre

    • « Nuit et brouillard »? Un artiste à été payé pour faire ce film, il l’a fait comme il aurait fait une pub pour la choucroute.

      Si vous n’aimez pas les critiques, faites supprimer mes commentaires.

      Moi, j’ai un peu honte de voir ces français (ou ces suisses), de sexe masculin ou féminin qui donnent des leçons de morale aux autrichiens.

      A part prouver (s’il en était encore besoin) que les français sont prétentieux et orgueilleux et que les suisses ne valent pas mieux.

      Si on cherche d’où vient la fortune de la Suisse, ce n’est pas très glorieux.

      Commentaire par Anonyme | 25 avril 2015 | Répondre


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