Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

L’image manquante

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(photo JS)

Depuis le 12 mars 2015, en face du musée de l’Albertina, le monument contre la guerre et le fascisme d’Alfred Hrdlicka, datant de 1988, a été complété par une installation de la réalisatrice et historienne Ruth Beckermann intitulée « The missing image ». Au départ, la sculpture principale du monument ne représentait qu’un vieux juif barbu, difficilement reconnaissable, à quatre pattes avec une brosse. Peu de visiteurs comprenaient qu’il s’agissait d’une représentation de ‘Reibpartien’, ces scènes de mars 1938, après l’entrée des nazis en Autriche, pendant lesquelles des Juifs ont été contraints de frotter (‘reiben’) le sol pour effacer les slogans favorables à l’indépendance de l’Autriche. Ces slogans avaient été peints en vue du référendum du 10 avril sur le rattachement (‘Anschluss’) de l’Autriche au Reich, lequel reçut plus de 99,7% de votes favorables. Combien d’Autrichiens savent aujourd’hui l’immense ferveur qui régnait lors de l’arrivée des nazis dans le pays ? De nombreuses entrées de ce blog rappellent combien ce passé est plus ou moins volontairement occulté (voir à titre d’exemple ce texte au sujet de Otto de Habsbourg-Lorraine).

A la fin des années 1980, la sculpture d’Alfred Hrdlicka était souvent détournée de son sens : des gens s’asseyaient sur le dos du vieux juif et se faisaient prendre en photo. Pour éviter cela, le sculpteur installa des fils barbelés sur l’homme presque allongé, mais l’ensemble ne rendait pas vraiment justice à l’histoire : où étaient les coupables, les acteurs de ces scènes d’humiliation ? altejude-pt Pourquoi ne pas montrer les nazis et surtout la population locale, ces hommes, ces femmes et ces enfants qui s’esclaffaient ? misinC’est en retrouvant quelques très rares extraits des films de l’époque au musée autrichien du film (Österreichischen Filmmuseum), que Ruth Beckermann a conçu cette installation. Les Autrichiens apparaissent presque grandeur nature, devant le juif humilié, et le mythe si souvent colporté d’une Autriche « première victime » du nazisme éclate de lui-même.

Cette installation est visible jusqu’au 10 novembre 2015.

Compléments

Rappel : si l’Autriche représentait 8% de la population du Reich, les Autrichiens fournissaient 14% du personnel des SS, 40% du personnel des camps d’extermination… et 70% des services responsables de la logistique de la solution finale sous la direction d’Eichmann. (source David Art, The Politics of the Nazi Past in Germany and Austria, 2005, Cambridge University Press, p. 43)

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16 mars 2015 - Posted by | Uncategorized | ,

13 commentaires »

  1. Il faut aussi rappeler le contexte historique.
    Suite à l’intransigeance extrême de Clemenceau qui par anticléricalisme primaire à voulu demembrer le dernier empire catholique, l’Autriche n’était plus en mesure de nourrir sa population (augmentée par la déportation des allemands) et l’on mourrait de faim dans Vienne.
    A côté, l’Allemagne faisait des miracles ééconomiques. Alors oui, l’annexion à été possible malgré le combat des royalistes et des catholiques

    Commentaire par Anonyme | 17 mars 2015 | Répondre

  2. Elle est affreuse cette sculpture.
    Pourquoi défigurer le centre de Vienne avec cela?
    Pourquoi ressasser ces veilles histoires et ne pas exalter ce qui est beau?

    A Paris, il n’y a pas de monuments aux victimes de la Terreur, du génocide vendéen ou du FLN.

    Commentaire par olivier orsel | 17 mars 2015 | Répondre

    • Cher Olivier, ces vieilles histoires sont d’autant justifiées que les discours haineux et d’intolérance devenus tout à fait normaux, même dans les hauts lieux comme le parlement Autrichien à travers des personnes peu recommandables comme Strache, Belakowitsch….et associés; pour ne citer que l’exemple de l’Autriche. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il faut rappeler, enseigner l’histoire, aussi obscure soit elle, pour éviter de reproduire les mêmes erreurs !
      Merci à Jérôme Segal, ce bon agitateur de conscience

      Commentaire par Patrick ATTA | 20 juin 2015 | Répondre

  3. On est abasourdi par l’ignominie des deux commentaires précédents (anonyme et olivier orsel). En bref, « pas la peine de ressasser » et « c’est pas la faute des autrichiens » mais celle de … Clémenceau ! Quand on sait de plus à quel point les nazis, même les plus criminels d’entre eux, ont bénéficié de l’impunité dans l’Autriche de l’après-guerre, c’est à en avoir des hauts-le-cœur.

    Commentaire par jamba | 2 avril 2015 | Répondre

    • Je partage votre point de vue ! Olivier Orsel s’accroche sur mon blog depuis plus d’un an, croyant apporter de la « contradiction »…

      Commentaire par segalavienne | 2 avril 2015 | Répondre

      • Je pense que votre choix de ne pas exercer de censure est cependant le bon. Il faut avoir confiance dans les lecteurs silencieux pour faire la part des choses entre l’information précise que vous livrez, et la teneur de certaines réactions. Je dirais même que l’existence de ces réactions fait partie de l’information délivrée, et justifie a posteriori des initiatives commémoratives comme celles dont vous vous faites l’écho.
        En Allemagne, on pose des « Stolpersteine », des pavés métalliques (qui ne dépassent pas du sol) devant les maisons où des juifs assassinés ont habité, mais c’est déjà trop pour certaines personnes.

        Commentaire par jamba | 4 avril 2015

      • Il y en a aussi en Autriche, maintenant, des Stolpersteine. Mieux vaut tard que jamais. On honore même certains Juifs qui ont eu la bonne idée de s’exiler à temps, surtout si ce sont des prix Nobel (Eric Kandel). Sur la Mariahilferstraße à Vienne, les Stolpersteine avoisinent les empreintes des champions olympiques et autres grands sportifs, c’est assez pathétique.

        Commentaire par Gerhardt Stenger | 7 avril 2015

    • Oui Clemenceau n’est pas innocent dans la montée des radicalismes de l’entre deux guerres !
      (je ne dis pas qu’il est responsable de la solution finale !)

      Je vous rappelle l’article 231 du traité de Versailles ?

      Mr Segal oublie de dire que le référendum du 10 avril sur l‘Anschluss n’a été ni libre ni secret : des officiels sont présents à côté des isoloirs et reçoivent le bulletin de vote de la main à la main, de larges fentes sont en outre aménagées dans les isoloirs afin de pouvoir constater comment votent les électeurs.

      Commentaire par Olivier Orsel | 7 avril 2015 | Répondre

      • Je ne sais pas pourquoi vous faites une fixation sur Clemenceau. On lit sur Wikipedia : « Les Américains, les Britanniques, les Français avaient des opinions différentes sur la façon dont les réparations devaient être appréhendées. Les grandes batailles sur le front occidental s’étaient déroulées en France, et la campagne française avait été fortement marquée par les combats. En 1918, pendant la retraite allemande, les troupes allemandes dévastèrent la région nord-est, la région la plus industrialisée de France. Des centaines de mines et d’usines furent détruites tout comme les chemins de fer, les ponts et les villages. Le premier ministre de la France, Georges Clemenceau, était déterminé, pour ces raisons, que toute paix juste inclut le paiement par l’Allemagne de réparations pour les dommages qu’ils avaient causés. En outre, Clemenceau considérait également les réparations comme un moyen d’affaiblir l’Allemagne afin de s’assurer qu’elle ne pourrait plus menacer la France. Les réparations devraient aussi financer les coûts de reconstruction dans d’autres pays, comme la Belgique, aussi directement impactée par la guerre. » La réaction des alliés me semble assez normale.
        Pour le reste, les films et les photos accueillant les Allemands en triomphe lors de l’Anschluss sont assez parlants. Ma mère, qui était à alors Linz, raconte qu’il y avait tellement de monde dans les rues qu’on ne pouvait plus avancer.

        Commentaire par M. Stenger Gerhardt | 7 avril 2015

      • Clémenceau est connu pour son intransigeance. Les américains et anglais ont bataillé contre lui lors du traité de Versailles, dans un esprit revanchard, il voulait mettre l’Allemagne et l’Autriche sous l’eau.
        Mais c’est lui qui a gagné et a imposé les mesures les plus irréalistes.

        Le traité de Versailles était tellement jusqu’au-boutiste que le sénat américain a refusé de le signer.

        Le traité de saint germain est dans le même esprit.

        Les signataires allemands du traité de Versailles ont dit que le texte était tellement disproportionné que si on avait exigé à l’Allemagne de livrer la lune, ils l’aurait signé de la même manière.

        Après l’assassinat du Chancelier chrétien-social Dollfuss par les nazis car il refusait l’anschluss, les nazis ont organisé de grandes manifestations dans tout le pays pour défendre la réunification. On sait maintenant que c’étaient les mêmes nazis (parfois allemands) qui allaient manifester aux 4 coins du pays. Ils ont fait croire aux autrichiens que cette cause était partagée par tous.

        Commentaire par Olivier Orsel | 8 avril 2015

    • Les gauchistes francais qui ont soutenus les crimes des communistes: Lenine, Staline, Mao et PolPot, n’ont jamais étés inquiétés ni dénoncés.
      (à part Boudarel mais qui a bénéficié d’un soutient inconditionnel des « forces de progrès »)

      Commentaire par Olivier Orsel | 17 avril 2015 | Répondre

  4. Oui c’est vrai que l’autriche n’a pas ete toujours pro Nazis. Je pense le seul pays d’europe a avoir ete d’abord pro Mussolini avec ce brave grand democrate defenseur des libertees dollfuss, puis trouvant mussolini un peu mou, l’autriche a prefere un produit original du pays avec adolf l’autrichien. Petit rappel ici http://fr.wikipedia.org/wiki/Austrofascisme
    Et puis en 33 deja, l’autriche avait des camps de concentrations pour les rouges, homos et tout ceux qui ne pensaient pas dans la ligne officielle.
    Sinon pour une bonne lecture je vous conseille Anne Lacroix Riz (on peut trouver sur le net des videos de ses conferences) et sinon ses livres, tres instructifs….

    Commentaire par Loulou | 22 avril 2015 | Répondre

    • Dolfuss était un rempart contre Hitler. La gauche autrichienne bornée n’a pas compris cela.

      La situation économique était intenable pour l’Autriche suite à son démantèlement voulu par le sinistre Clemenceau. On mourrait de faim dans Vienne alors qu’en Allemagne l’économie connaissait un miracle.

      Commentaire par Olivier Orsel | 30 avril 2015 | Répondre


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