Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

De la difficulté de parler des attentats parisiens à Vienne

ClubRep

L’emblème du Club Républicain, halal.

Fondé à l’occasion de l’affaire Waldheim, en 1986, le Club Républicain est une émanation de la société civile autrichienne regroupant des intellectuels de ce pays attachés à un traitement juste du passé de l’Autriche au vingtième siècle, à la lutte contre l’antisémitisme et cherchant à contenir la montée de l’extrême droite. Lors du premier rassemblement citoyen devant l’ambassade de France, le soir de l’attentat contre Charlie Hebdo, deux membres du Club républicain m’ont demandé si je souhaitais participer avec d’autres intervenants à une soirée autour de ce qu’on allait devoir appeler les attentats parisiens, la soirée « Je suis Charlie » évoquée au départ est devenue rapidement « Je suis Charlie, je suis Juif » (ce qui négligeait à mes yeux les trois policiers assassinés). La soirée a eu lieu le lundi 26 janvier.

Premier gros coup de bambou dès l’arrivée. Dans un courriel préparatoire, l’organisateur de la soirée, Alexander Emanuely, m’avait demandé d’amener les exemplaires de Charlie que j’avais chez moi pour créer un décor avec des couvertures originales. J’ai passé quelque temps à retrouver d’anciens numéros que j’ai portés toute la journée avec moi, avec en plus la pancarte que je m’étais bricolée pour la manifestation du 11 janvier. Arrivé sur place, Alexandre m’explique que non, on n’en aurait pas besoin, la dessinatrice invitée, Andrea Maria Dusl allait expliquer pourquoi elle s’y est opposé. Effectivement, c’est à elle que s’adresse la première question du modérateur lorsque le débat commence, peu après 19h. Étant elle-même dessinatrice (mais pas caricaturiste, elle a tenu à le préciser), Mme Dusl explique qu’elle ne souhaite pas être tuée dans dix ans pour avoir pris la parole devant un décor contenant éventuellement une caricature du prophète (vidéo). Oui, vous avez bien lu : l’élite intellectuelle autrichienne de gauche a décidé de renoncer le 26 janvier 2015 à toute caricature dans le champ de la caméra, les interventions étant filmées. A aucun moment, que ce soit en amont de cette soirée ou dans la demi-heure de préparation, cette décision n’a été discutée avec les autres intervenants (en tous les cas pas avec moi). Si personnellement j’avais été l’organisateur, je crois bien que j’aurais préféré expliquer gentiment à la dessinatrice « chère Andrea, je respecte tout à fait ta peur, j’en suis très attristé, mais nous préférons renoncer à ta présence plutôt que de nous plier aux injonctions des terroristes. » Ma pancarte a du coup été reléguée derrière la dernière rangée du public et mes Charlie sont restés bien pliés devant moi.

Gilles Mussard, un artiste et metteur en scène de théâtre français installé à Vienne, a retracé rapidement l’histoire de Charlie avant la renaissance du titre, en 1992, insistant sur le contexte social et politique de l’épique Hara Kiri tout en nous faisant part de la difficulté qu’il avait vécue lorsqu’il s’agissait pour lui de monter des projets culturels dans les « banlieues rouges ». J’ai alors enchaîné sur la nature de Charlie Hebdo ces dernières années, reprenant certaines idées exprimées dans mon article du Standard (cf. trad. en français).

Isolde Charim, philosophe et essayiste, a critiqué tout ceux qui condamnent les attentats tout en ajoutant des « mais », avant d’expliquer que le modèle de laïcité français ne pouvait plus s’adapter à une société « multi-religieuses ». Dans un long développement elle a promu et illustré à sa façon le concept de laïcité positive si cher à Nicolas Sarkozy depuis son discours de Latran en décembre 2007, une laïcité châtrée qui, dans l’exposé d’Isolde Charim, ne froisserait pas les pauvres « migrants » ou descendants de migrants. Comme si l’égalité des citoyens devait être redéfinie en « nouvelle égalité », la liberté en « liberté adaptée ». Qu’il me soit permis ici de citer ce passage du dernier éditorial de Gérard Biard dans le Charlie du 15 janvier

« Oui, le conflit israélo-palestinien est une réalité, oui, la géopolitique internationale est une succession de manœuvres et de coups fourrés, oui, la situation sociale des, comme on dit, « populations d’origine musulmane » en France est profondément injuste, oui, le racisme et les discriminations doivent être combattus sans relâche. Il existe heureusement plusieurs outils pour tenter de résoudre ces graves problèmes, mais ils sont tous inopérants s’il en manque un : la laïcité. Pas la laïcité positive, pas la laïcité inclusive, pas la laïcité-je-ne-sais-quoi, la laïcité, point final. » (disponible aussi en anglais sur le site de CNN avec un avertissement ridicule – comme Associated Press et tant d’autres ils n’ont même pas osé reproduire la couverture de ce numéro avec le Mahomet pleurant les morts).

Pierre Avedikian, responsable de l’association Français du Monde (proche du parti socialiste), a tenté de revenir sur la notion de laïcité, replaçant avec raison ce concept dans sa dimension historique. Il a par ailleurs rappelé que les terroristes étaient des Français et qu’il convenait de s’interroger en profondeur sur ce que notre pays avait généré.

Lors de la séance des échanges avec la salle, le ton est monté. Un homme nous a reproché d’être tous unis dans la circonstance (quelqu’un voit comment traduire mieux « Schulterschluss » ?) sans comprendre que c’est selon lui la jeunesse musulmane qui est incomprise. A mes yeux, et c’est ce que j’ai répondu, « l’alliance de circonstance » à dénoncer est plutôt celle des trois grandes religions monothéistes. Le cardinal Schönborn, déjà très présent sur ce blog a osé instrumentaliser l’antisémitisme autrichien pour condamner les caricatures de Mahomet. S’exprimant dans un journal gratuit du métro, Heute, il a osé lâcher :

« Notre pays a une triste histoire de caricatures incitant à la haine. Je pense à ces caricatures antisémites pleines de haine de la fin du XIXème siècle. Cette semence empoisonnée a éclos et a participé aux meurtres de masse contre les Juifs. Si à l’époque on avait pris des mesures significatives contre cette propagande, on aurait peut-être évité beaucoup de souffrance et de faute terrible. » (*)

Ces propos sont particulièrement ignobles mais à ma connaissance ils n’ont choqué personne dans le pays parmi les essayistes et journalistes. Alors que l’oubli des Juifs dans la description donnée par le gouvernement des victimes a engendré, à juste titre bien sûr, une levée de boucliers (le chancelier a reconnu que la communauté juive avait raison de s’emporter), personne n’a écrit dans les journaux lorsque la ministre de l’intérieur a oublié les athées dans la description des victimes au Parlement (cf. ce billet). Pour M. Schönborn et le million de lecteurs du torchon auquel il réserve sa prose nauséabonde, rappelons que c’est le parti chrétien-social qui utilisait en 1920 l’affiche ci-dessous aux élections, appelant à « sauver l’Autriche ».

800px-Antisemitisches_Wahlplakat_CSP_1920-pt

Oser reproduire le prophète n’a RIEN à voir avec le racisme (ici l’antisémitisme) d’une affiche de ce type ! Même si Cabu ajoutait « C’est dur d’être aimé par des cons ! », les cons étaient bien sûr les intégristes qui brûlaient les ambassades occidentales et attaquaient les « infidèles ». Même chose lorsque Luz représente aujourd’hui le prophète avec « Je suis Charlie » et une larme à l’œil. Combien de fois devra-t-on l’expliquer et le répéter dans les années à venir ?

Les représentants des trois monothéismes font bloc et on peut ici rappeler qu’en  France, en 2012, le CRIF avait aussi critiqué les caricatures de Mahomet (source, cf. mon article en défense de Charlie à cette époque, dans le Standard, trad. en fr.).

Lorsqu’une auditrice (bravo Esther !) a demandé à Isolde Charim de définir ce que devait être la nouvelle laïcité qu’elle évoquait, il n’y a pas eu de réponse claire. La « laïcité-point-final » devrait pourtant s’imposer comme une évidence lorsqu’on voir que les Autrichiens passent de plus en plus de lois pour accorder des privilèges aux différentes religions reconnues par l’État (il y en a 14 !). En 2012 c’est par exemple la loi israélite (Israelitengesetz) qui était redéfinie (cf. ce billet). Actuellement c’est la loi islamique (Islamgesetz) de 1912 qui est débattue dans une nouvelle mouture au parlement. On aura peut-être bientôt des débats pour une loi pour les témoins de Jéhovah (reconnus comme religion en 2009), pour les Mormons… Ces lois d’exceptions créent des privilèges et génèrent des ressentiments. Pourquoi par exemple les Juifs ont-il le droit à 13 jours fériés et les musulmans seulement 3 alors qu’ils sont 50 fois plus nombreux ? (loi israélite, §10, « L’Etat s’engage à assurer le respect de treize jours fériés annuels (quatre jours pour Pessah, deux jours pour Roch Hachana,  Souccot et Chavouot et un jour pour Yom Kippour, Chemini Atseret et Sim’hat Torah). Pendant ces journées, ainsi que tous les chabbats, tous les « bruits évitables » et autres actions qui pourraient causer des nuisances sont strictement interdits.) » – à comparer à la loi islamique, §13, « L’Etat s’engage à assurer le respect des jours fériés de l’islam. (…) les jours fériés de la communauté des croyants musulmans sont la fête du ramadan (Idu l-Fitr), la fête du sacrifice (Idu l-Adha), et Achoura.)

Pourquoi ne pas justement proclamer la laïcité, c’est-à-dire l’égalité de traitement entre croyants, athées et agnostiques ?

Au Club Républicain, le débat avec la salle s’est poursuivi de façon informelle. Le débat est encore loin d’être clos, il est nécessaire !

Vidéo de cette soirée sur YouTube.

La déclaration de M. Schönbron, à garder pour la postérité : „Unser Land hat eine traurige Geschichte von verhetzenden Karikaturen. Ich denke an die hasserfüllten antisemitischen Karikaturen des späten 19. Jahrhunderts. Diese giftige Saat ist aufgegangen und hat zu den Massenmorden an den Juden beigetragen. Hätte es damals deutliche Schritte gegen diese Hetze gegeben, vielleicht wären viel Leid und schreckliche Schuld vermieden worden.“ (source)

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Ci-dessous, un texte de Gilles Mussard (également au podium) au sujet de cette soirée

Le postulat dogmatique laïc existe-t-il ?

On tente depuis toujours d’identifier le modèle républicain de la laïcité en comparaison avec d’autres modèles. Il n’y a pas de dogme dans la laïcité, pour une seule et bonne raison : Le thème est universel et sans contingence partisane ou d’obédience religieuse. La laïcité est une forme d’émancipation!
La laïcité ne remet pas en cause les minorités religieuses ou culturelles et bien au contraire, elle tient compte de la différence et du respect de ces différences.
La foi de chacun est individuelle et privée… Le fait de citer le principe du dogme sur la laïcité est de fait, une réduction à une notion d’autorité. La différence fondamentale est qu’une société fondée sur une autorité religieuse ne peut que voir une hérésie dans ce modèle républicain et universel. Née au siècle des lumières, cette notion universelle qui détache le religieux de l’ordre social n’est pas un modèle à supporter pour des groupes religieux. Il démonte l’autorité sur les âmes au profit de la liberté du culte et plus si on s’intéresse à la philosophie et aux sciences. Arrêtons de freiner cet élan démocratique qui pointe dans énormément de pays et soutenons cette évolution positive vers la connaissance.

Les tentatives actuelles de remettre en cause ce modèle est une victoire en soi de groupes de pression qui, soit par conviction, soit par ambition, tentent de bousculer le principe républicain de la séparation de l’église et de l’état. Ce modèle enviable dérange car il est dit que la foi est individuelle et privée. Je répète. Que cette foi est avant tout une liberté de la personne…
Je pense que cette notion dérange, avant tout, ces groupes religieux qui ne souhaitent pas vraiment une individualité de foi et le développement d’une liberté de choix.

Nous sommes entre différentes sociétés qui ont pour base une structure patriarcale et de la notion d’universalité de l’individu au choix libre.
Les doutes et les attaques sur la pérennité du modèle républicain et laïc où la tolérance et le vivre ensemble sont plus les questions à débattre et non principe même.
On demande une position politique ou religieuse qui déforme le principe même au point de le rendre dogmatique… Ceci est une volonté délibérée de déstabiliser ce principe sociétal qui fut le fruit d’une lutte extrêmement dure pendant des siècles.

Un retour de l’obscurantisme ? Non, une tentative délibérée et calculée de certains car le monde occidental doute de son modèle consumériste et que la recherche de spiritualité se confronte à des modèles divers de conception religieuse ou culturelle.
Beaucoup poussent leurs pions et essayent des modèles invasifs par tous les moyens, terreur, financements occultes, déstabilisation d’opinions, stigmatisation de certaines populations ou groupes religieux tolérants afin de creuser des fossés entre les communautés. Des malaises entretenus par les médias qui dans une attitude partisane et uniforme d’informations ne fait plus qu’un travail de pulsions engrangeant le sensationnel dans un but délibéré d’actionnariat à satisfaire… Tout un programme à revoir. Une comédie où chacun joue son rôle et où l’univers militaro-industriel devient bien silencieux… Est-ce que les affaires marchent si mal que çà en ce moment ? Un cynisme à tout épreuve et un silence d’état sur cet aspect si lucratif.
On nous rabat les oreilles des dangers venus d’ailleurs, mais le vrai danger n’est-il pas dans notre société même qui a inventée des conflits et des nécessités de sauvegardes ethniques dans le seul but de s’accaparer les richesses énergétiques de continents entiers!
N’oublions pas notre histoire colonialiste car nous reproduisons depuis longtemps le même schéma et nous utilisons les mêmes ficelles à titres de manipulation des opinions.
Je reviens sur un détail important lors de la discussion du 26 janvier, On ne peut isoler un cas ou une situation mais notre modèle de consommation qui, de fait, est devenu un acte culturel n’est accessible que par la possession d’argent ou une connaissance approfondie de la structure sociétale. Une population, qui par inégalité des chances d’accès à la connaissance du modèle, se retrouve en marge de la société. Cette population multiculturelle est trop souvent stigmatisée et l’accès à la société civile lui est contesté à chaque étape de son intégration. Un racisme latent ? Un doute permanent sur l’apparence ? Un jugement sur l’appartenance ethnique ? Je ne sais pas mais après de multiples expériences et de participations à des projets ambitieux d’intégrations en France et avec différentes populations sur d’autres continents, je ne suis pas sûr que les chances d’accès soient égales. Il découle de ce fait une grande frustration et un cri de désespoir qui mène certains groupes d’individus à des extrêmes. Nous ne devons pas négliger que l’élan romanesque et la sortie de sa condition humaine afin de vivre loin du poids d’une société qui me rejette soit un moyen de vivre enfin ! Oui, le djihadisme, mot très à la mode en ce moment n’est que le reflet d’un état de notre monde. Une volonté de spiritualité mais pas forcément de massacres et d’horreurs mais plutôt une forme romanesque qui fait déchanter la plupart de ces individus quant ils sont confrontés à la dure réalité du terrain de la guerre sanglante et médiatique qu’exerce le groupe actuel Daech. Il est en concurrence avec les talibans dans une surenchère de l’horreur. Plus de la moitié de ces gens veulent revenir après avoir été confrontés à l’horreur. Ils sont systématiquement abattus et les témoignages sont peu nombreux.

– retour sur le comportement de certains hommes politiques sur les quartiers défavorisés :
Une politique de marginalisation fut efficace au point que nous en payons les conséquences. Un abandon de tout programme social et un manque de volonté des hommes politiques ont aggravé la situation des banlieues. Durant une longue période le parti communiste avait une forte présence et un travail de terrain local et ciblé qui avec l’alternative électorale fut laissé à des acteurs sociaux peu soutenus et sans moyen réel…
Un certain ministre de l’intérieur, qui fut président de la république au doux nom de Zarkozy, plus par souci électoral, a stigmatisé certaines communautés et a mis en place un programme agressif pour une politique dictatoriale sur les banlieues. Les conséquences furent un fossé grandissant entre les différentes communautés. Plus de police de proximité mais une police d’intervention à l’autorité musculaire et à la finesse de jugement grâce aux girophares qui entament une approche de communication assez visuelle… Chacun est un criminel en puissance, à tous sur le terrain de faire le juge et l’avocat. Une fine psychologie qui renforce ce sentiment d’injustice et de frustration pour des jeunes gens fragilisés par une condition sociale difficile. Souvent, le modèle patriarcal est la base de l’ordre social mais cette base est dégradée par un chômage de longue durée du chef de famille ou un travail harassant et abrutissant. L’image même de cette autorité est contestée car elle ne représente pas les canons de l’intégration et des messages subliminaux d’une société de consommation. L’acte de consommation comme acte culturel et d’identification au modèle courant. L’arithmétique d’une poche vide multipliée par d’autres poches vides n’a jamais donné des sentiments d’intégration et d’un modèle auquel on participe avec joie au milieu de jeunes femmes légères et belles qui respirent l’insouciance du moment…modèle type de communication publicitaire!
On peut aussi reconnaître le droit d’exister à chacun sur cette terre et que parfois le cri est vraiment désespéré.
Le phénomène est pourtant identifié depuis plusieurs décennies par des chercheurs, des acteurs sociaux, des autorités sanitaires et des acteurs culturels. De multiples études furent rendues auprès des politiques qui étaient souvent les commanditaires de ces travaux. Les avertissements et les dangers furent définis mais aucune décision fut prise et aucune volonté d’action coordonnée fut vraiment entamée… Il fut annoncé des programmes gouvernementaux à grands renforts de publicité payante, qui mangeait une part financière de ce programme, mais les changements structurels furent pas décidés. Aucune politique d’intégration fut efficace.
On ne parle pas de la réussite aux études des ces générations de français, oui, français mais dont les parents viennent d’un autre monde, c’est dommage car il y a un vrai courage et une vraie ténacité de leur part.

Je fus en résidence, pendant 15 ans, dans les théâtres de la banlieue rouge, comme on dit.
J’ai réalisé un certains nombre de projets à portée sociale car je considérais que j’étais redevable auprès de la population locale d’une action culturelle envers eux.
Ces gens payaient ma résidence de création artistique par leurs impôts… Alors je faisais, en parallèle de ma création théâtrale, un travail de création aussi avec eux ou leurs enfants.
L’image colportée des banlieues est fausse et vient d’une ignorance de la situation quotidienne des gens. Les différentes communautés vivent la plupart du temps en bon voisinage, certains quartiers sont redevenus incontrôlés par l’état qui n’a plus de représentation et même pas de poste de police! Le communautarisme a repris ses droits au point de créer une ghettoïsation où fleure une anarchie entretenue par des groupes mafieux. Une structure où une omerta est maintenue par ces groupes. Les commerces ont disparus et les instances sociales tentent encore d’entretenir une présence mais avec d’énormes difficultés budgétaires.
Je dois dire que ces gens m’enrichissent de leurs modes et de leurs cultures variées qui sont, à mon goût, une réussite d’un modèle social et leur présence atteste d’une diversité qui est nécessaire et factuelle de notre histoire.
Un monde moderne où la multiplicité et le respect de la culture autre, dite l’altérité, renforce ce sentiment d’appartenir à une démocratie et à un monde en perpétuel mouvement.

Gilles Mussard

p.s.
1- Je ne pense pas qu’on puisse avoir un discours philosophique sur une actualité brûlante comme ce fut le cas du 26 janvier. Ce n’est qu’une opinion même très éclairée et fort intéressante mais çà ne reste qu’une opinion.
Le public attendait une réponse et non pas des questions de notre part. Le fait de sortir d’un contexte une réflexion est louable mais pas forcément la demande du public. Tout discours doit s’accompagner d’une pédagogie contextuelle où le public peut trouver des bases d’identification du discours tenu. De plus trop de personnes sur le podium avec trop de sujets abordés…

2- Alexandre a voulu rajouté l’affaire Dieudonné qui, à mon avis, dépend plus de la justice que de la démocratie.
Ce sombre individu joue avec un antisémitisme primaire pour son fond de commerce et pas plus sinon qu’il est proche de Soral!
Son public est si caricaturé mais le lit de tout ceci est vraiment une implantation forte en banlieue dans cette génération de jeunes français, fils d’immigrés, qui n’ont pas beaucoup de chance d’accéder à un statut social reconnu.
Entre frustrations et déni d’existence, leur modèle sont des manipulateurs d’opinion ou de foi. L’obscurantisme entretenu pas ces manipulateurs auprès de population maintenue dans l’ignorance est un fait à combattre de toute urgence et ne pas seulement le constater ! On s’en fout des beaux discours !

3- Le vrai point qui me gène dans tout cet évènement est la propension à jouer une comédie sans analyse des différentes sémantiques langagières et visuelles qui résultent de ces attentats. La récupération politique et libérale d’un modèle manichéen comme simplification existentielle du mode de pensée de l’individu afin de contrôle des masses me terrifie car le mouvement initial fut spontané et se regroupait sous une bannière mais pas sous un principe, plutôt une reconnaissance identitaire n’englobant pas la personne mais sa manière de voir. Une spontanéité et seulement çà.

4 – le modèle de la démocratie représentative est à bout de souffle et il serait temps de voir poindre un modèle de démocratie participative où la représentation citoyenne soit intégrée dans le mode décisionnaire de tous les grands travaux de la société. Moins de tentative et d’hésitation électorale dans une telle société sans parler des décisions et des intérêts mercantiles qui détruisent tant l’intégrité de nos élus…
Atelier Photoglas
Bele Marx & Gilles Mussard
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f: +43-1-585 26 10 20
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27 janvier 2015 - Posted by | Antisémitisme, Autriche | ,

10 commentaires »

  1. La dernière « Une » de Charlie a entraîné une vague de violence au Niger : 5 morts et 45 églises brûlées.
    Qu’on fait les pauvres chrétiens Nigériens pour mériter cela ?
    Les caricaturistes de Charlie qui détestent les chrétiens doivent bien rigoler.

    Dans un contexte de choc des civilisations, ce journal est irresponsable.
    Le soutenir, c’est mettre de l’huile sur le feu et propager la haine et l’intolérance.

    Le respect des croyants et de la foi des autres est ce vraiment si dur pour ces anarchistes d’extrême gauche apôtres de la tolérance et du vivre-ensemble ?

    Commentaire par Olivier | 27 janvier 2015 | Répondre

  2. Eh oui, la laïcité « à la française » – où, la religion étant identifiée à une « opinion » parmi d’autres (cf. l’article X de la « Déclaration des droits de l’homme »), les lois de la République priment sur celles des Églises (contrairement à la laïcité anglo-saxonne où les Églises sont quasiment autonomes vis-à-vis de l’État, cf. le « wall of separation ») – est largement incomprise ailleurs, à commencer par un pays comme l’Autriche qui a la mémoire plus courte que le poil sur la tête de Mathieu. Organiser une soirée comme celle-là est forcément voué à l’échec, c’est le dialogue de sourds assuré.
    J’attends avec intérêt les commémorations de la libération d’Auschwitz. Je suis preneur pour les premières blagues douteuses.
    P.S. : Schulterschluss pourrait se traduire par faire bloc, serrer les rangs, serrer les coudes (anatomiquement parlant, c’est plus près), avancer main dans la main,…

    Commentaire par M. Stenger Gerhardt | 27 janvier 2015 | Répondre

    • Merci Gerhardt !

      Commentaire par segalavienne | 27 janvier 2015 | Répondre

    • Les lois de la république (ou de la monarchie) ont toujours primé.

      La distinction des pouvoirs spirituels et temporels datent de l’empereur Constantin (lV ème siècle).

      Commentaire par Anonyme | 14 mars 2015 | Répondre

  3. Pourquoi ont-ils invité A.M Dusl, illustratrice de la branchitude viennoise, talentueuse mais lisse, et pas Manfred Deix, le seul véritable caricaturiste de ce pays? Dommage. Le reste est lamentable, mais quand on voit que , par exemple, à l’école de mode de Hetzendorf le nombre d’heures de cours ( obligatoires) de religion est LE DOUBLE de ceux de… théorie de la mode, on se dit que le chemin est long vers la laïcité, ici!

    Commentaire par pauline binoux | 27 janvier 2015 | Répondre

  4. La laïcité à la française est un archaïsme historique. C’est un outils inventé par les anticléricaux pour lutter contre l’influence des curés dans un contexte de la peur d’une Restauration.

    Elle construit des barricades entre les religions et l’état dans un but à terme de se débarrasser des religions
    elle a l’inconvénient de faire perdre tout contrôle de l’état sur les religions donc de favoriser la radicalisation, sectes et les dérives sectaires. Mais aussi elle légitimiste l’état auprès des fondamentalistes religieux: la loi de Dieu passant donc devant le loi d’un état hostile aux religions.

    Au XXI ème siècle, peut on imaginer des relations apaisées voire une bonne entente et une coopération entre l’état et les religions.

    Napoléon à inventé le concordat non pas pour favoriser les religions mais au contraire pour les contrôler. Vu la montée de l’islamisme radical en France de nombreuses voix appellent à un contrôle des Imams et des mosquées: ils re-inventent le concordat.

    Charlie caricature Mahomet en train de sodomiser un enfant. La France y voit de la liberté d’expression quand c’est pour le monde entier de la haine religieuse.

    Commentaire par Anonyme | 27 janvier 2015 | Répondre

  5. Interculturalité quand tu nous tiens…. Je ne pense pas que ce soit possible de comprendre la laïcité si on n’est pas Français, ça reste quand même un concept très particulier, a fortiori vu d’un pays où on peut être puni de blasphème (voir les ennuis qu’a encourus ce pauvre Gerhard Haderer il n’y a pas si longtemps que ça).

    J’ai entendu beaucoup de « oui mais » aussi, surtout en Autriche, et je n’ai pas insisté car ça ne sert à rien. A Linz, on a fait une « marche silencieuse » pour « la liberté d’expression », on a trouvé ça très drôle (révélateur?). Mes amis et moi, on n’a pas été silencieux une seule seconde pendant la marche, tant pis à ceux que ça a déplu, c’est qu’on avait déjà assez chialé les jours d’avant et qu’on avait envie de profiter de ces retrouvailles pour rire un peu. Quel plus bel hommage?🙂 Heureusement que je n’ai pas assisté à une soirée telle que vous la décrivez car je crois que je serais devenue folle. Car qui sont-ils, ces zouaves, pour parler d’une chose que visiblement ils ne saisissent pas et pour donner des conseils à la France?

    Je suis outrée de voir que, même en France, nombreux sont ceux qui seraient prêts à baisser leur froc par peur. Je comprends qu’on puisse avoir peur, mais ça n’excuse pas la lâcheté. Et si demain on nous impose la burqa sous peine de commettre d’autres attentats, on dit amen aussi? Ça commencerait par le renoncement à de petits dessins, et après? Quoi d’autre encore?

    Je vous remercie d’avoir mis un extrait du dernier Charlie car rares sont ceux qui se rendent compte que leur « je suis Charlie mais » est on ne peut plus incohérent…. et insultant. Récupérer leur nom et vouloir museler la laïcité qu’ils défendaient tant, c’est cracher sur les morts. La laïcité va mal et ce depuis un moment, pour preuve ces qualificatifs ridicules dont on l’affuble et que vous citez très justement. Je ne connais que Charlie Hebdo et Marianne qui défendent la laïcité point barre, ça fait peu. Charlie a toujours été très seul dans son combat, et ces horreurs qu’on entend çà et là nous le rappellent de façon effroyable. Ils se retournent déjà dans leurs tombes, vous dites?

    Commentaire par Else | 27 janvier 2015 | Répondre

    • La burqa ? On commencerait par dire, à l’instar de Mme Bandion-Ortner, qu’il y a des modèles très « chic » et seyants pour les femmes (surtout pour celles qui ont quelque chose à cacher, ricaneraient d’aucuns), que la vraie Autrichienne a souvent porté un foulard par le passé, qu’il faut de toute façon se montrer ouvert et tolérant vis-à-vis des autres religions, car il n’y a pas plus tolérant qu’un Autrichien. Refuser la burqa, c’est faire le lit de M. Strache, c’est risquer d’importer le terrorisme comme ces impossibles Français pour qui rien n’est sacré. Et ainsi de suite.
      Vous n’étiez pas bien nombreux à Linz, ma chère ville natale, d’après ce qu’on m’a dit. Quand on enlève les Français, les profs de Français, quelques francophiles incorrigibles et des policiers en civil, il n’y avait sans doute pas grand monde. Comme je disais à une de mes amies : après la manif, vous irez discuter tous ensemble dans un café. Comment le Schweigemarsch s’est-il déroulée ? Avez-vous fait Hauptplatz – Mozartkreuzung ? Je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais assisté à une seule manif pendant que j’y habitais. Cela ne se faisait pas.

      Commentaire par M. Stenger Gerhardt | 28 janvier 2015 | Répondre

      • Oui c’est ça, nous avons fait Schillerpark-Hauptplatz et après…. Nous sommes allés dans un café!🙂 (Où les « groupes » ne se sont même pas mêlés les uns aux autres, cela dit….) Il y avait quand même du monde, j’ai été surprise (même si rares sont ceux qui sont allés au café ensuite). Beaucoup de Français et de francophiles, effectivement (ceux de l’Amitié France Autriche par exemple), et beaucoup de personnes âgées dans l’ensemble, enfin j’ai eu cette impression. Dans le journal, ils ont dit que des filles qui passaient par là se sont jointes au groupe, c’est bien que ça ait « attiré » des gens quand même.

        Le hasard veut que le prochain rendez-vous de l’Amitié, mardi, porte sur le thème « laïcité vs religion d’état ». Au vu des événements, il y aura sûrement de quoi dire. En espérant ne pas y entendre (trop?) de choses ouille ouille ouille comme à Vienne.🙂

        Commentaire par Else | 29 janvier 2015

  6. Pour ma part, je vous renvoie à un article qui me paraît très pertinent… Bonne lecture!

    http://www.ujfp.org/spip.php?article3768

    Commentaire par YoM | 28 janvier 2015 | Répondre


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