Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Dans la famille « l’Autriche et ses héros », je voudrais le chanteur

juergens_udo_amiga_lpLe 21 décembre 2014 la terre s’est presque arrêtée de tourner en Autriche, Udo Jügens est mort. Udo qui ? Udo Jürgens, né en 1934, la grande star de la chansonnette dans tout l’espace germanophone. La quotidien populaire Österreich a titré « Il était le deuxième Mozart de l’Autriche », ce serait l’occasion de signaler que le célèbre Wolfgang Amadeus n’a jamais été autrichien puisque né à Salzbourg, principauté du Saint-Empire romain germanique. En allusion au titre de la chanson qui avait fait gagner l’Eurovision à Udo Jürgens, « Merci Chérie », le tabloïd Heute a affiché à sa une « Merci Génie ! » pendant que le Bild titrait en Allemagne « Merci chéri ».

Pour se faire une idée de l’idole, voici la chanson qui avait permis à l’Autriche de remporter pour la première fois l’Eurovision en 1966 (la deuxième fois c’était cette année avec Conchita Wurst)

Fait étonnant, bon nombre d’intellectuels ou de journalistes autrichiens ont fait part sur les réseaux sociaux de leur vive émotion. D’aucuns ont rendu hommage à « l’humaniste » ou au « grand homme »… et pourtant, parcourant les diverses nécrologies ou biographies, il est difficile pour un quelqu’un qui n’a pas grandi en Allemagne ni en Autriche de comprendre cet engouement. Udo Jürgens a apparemment le grand mérite d’être né en Carinthie, à Klagenfurt, sans jamais avoir été tenté par les partis d’extrême droite. Bel exploit ? Son père a été maire de la petite ville d’Ottmanach de 1938 à 1945 (avec les compromissions que l’on peut imaginer). Membre du NDSAP, il n’a pu poursuivre sa carrière après-guerre que grâce à son anticommunisme viscéral (la famille fait partie de ces « Russes blancs », exilés au moment de la Révolution bolchévique).

Udo Jürgen Bockelmann (dit ‘Udo Jürgens’) a probablement été sensibilisé au racisme pendant ses quelques années passées aux Etats-Unis, dans les années 1950, lorsque, au bras de jeunes femmes noires, il s’entendait traiter de « Nigger fucker ». Depuis, critiquant ouvertement les partis d’extrême droite, il a gagné le titre de chanteur engagé. En 1975, une de ses chansons, « Ein ehrenwertes Haus », critique l’hypocrisie des habitants d’une maison bourgeoise où les locataires (voir vidéo et paroles) se réunissent pour demander à un couple non marié d’aller vivre ailleurs (les intéressés obtempérant à la fin du titre pas si rebelle que ça). Et dire que la même année, en France, Renaud sortait « Hexagone » et « Société, tu m’auras pas ! », autrement plus subversives ! Du même Renaud, on pense aussi à « Dans mon HLM », qui relate une tout autre réalité que celle de l’immeuble d’Udo Jürgens !

Udo Jürgens sut mettre en musique l’amour des gâteaux à la crème chantilly (le titre est « Aber bitte mit Sahne », soit « Mais SVP avec Chantilly », voir les paroles de cette puissante composition !)… mais aussi faire l’éloge des jeunes femmes, avec « Dix-sept ans, cheveux blonds ». Les journaux et magazines ont été assez discrets pour l’attirance d’Udo Jürgens pour les très (!) jeunes femmes. Le Falter évoque ainsi « sa préférence pour les jeunes filles » (Seine Vorliebe für junge Mädchen) mais se garde bien mentionner la vision machiste de la popstar avec « Chasse à cour » (Treibjagd). Il y a quelques années, Udo Jürgens avait dû reconnaître un enfant né d’une relation qu’il avait débutée avec une jeune femme de 16 ans.

Après Falco, dont le célèbre « Rock me Amadeus » avait largement dépassé les frontières de la république alpine, l’Autriche perd une autre légende de la chanson.

Sources

22 décembre 2014 - Posted by | Uncategorized |

8 commentaires »

  1. Je me souviens, presque avec nostalgie, de quelques chansons écoutées pendant ma jeunesse rock’n’roll, qui ne déméritaient pas. Certes, je ne connais qu’une infime partie de son répertoire, mais je crois qu’il n’a jamais accepté de s’abaisser au niveau d’autres chanteurs tristement populaires (qui n’a jamais écouté Hansi Hinterseer ne sait pas de quoi je parle). C’était de la variété pas trop mauvaise, peut-être comme Patrick Bruel. Après, on aime ou on n’aime pas…

    Commentaire par M. Stenger Gerhardt | 22 décembre 2014 | Répondre

  2. La vie de Udo Jürgens,passée au crible de la morale ségalienne…

    Purgatoire ou enfer tout de suite ?

    Commentaire par Olivier | 22 décembre 2014 | Répondre

  3. Visiblement ici, on n’aime rien de ce qui est austro …
    Pour faire simple, pour M. Segal, si on n’est pas engagé (à gauche, bien sur), on est un (crypto) nazi, et si on l’est, comme Udo Jürgens (voir ses prises de positions « gauchistes » sur wikipedia), on ne l’est jamais assez, ou alors pour se faire pardonner le pire, de la pédophilie, un passé familial trouble etc …
    C’est pratique: tous pourris, tous nazis !
    les purs, les justes, se comptent sur les doigts de la main de Django Reinhart. Et c’est M. Segal qui distribue médailles et brevets …

    Commentaire par jacques | 26 décembre 2014 | Répondre

  4. Allez, encore une couche sur le pauvre M. Ségal [recte : Segal] qui a décidément le tort d’avoir l’esprit trop critique. On peut apprécier ou non son commentaire sur Udo Jürgens et sur bien d’autres sujets, mais, Messieurs, vous lui reprochez à tort ce que vous faites constamment vous-mêmes (ou du moins M. Orsel) : du manichéisme outrancier. « Pour faire simple », dites-vous : c’est plus que simpliste, vous répondrai-je. Le « tous pourris », ça sort tout de même d’une autre cuisine !
    P.S. : On ne peut pas comparer Udo Jürgens et Renaud, en particulier « Une maison respectable » et « Dans mon HLM », car on ne peut pas comparer la France et l’Autriche des années 1970. Si Udo Jürgens avait fait l’éloge du « Hasch » dans sa chanson, sa carrière aurait été terminée. Pour un chanteur populaire, c’était assez courageux de sa part de s’en prendre à l’hypocrisie de la société de son époque. Idem dans la chanson « Avec de la chantilly, svp » : il se moque du public du Sacher, du Demel, etc. (mais peut-être faut-il être Autrichien pour le comprendre).

    Commentaire par M. Stenger Gerhardt | 31 décembre 2014 | Répondre

  5. Je n’apprécie pas du tout votre article sur U. Jürgens. Vous passez sous silence le nombre de chansons qu’il a écrites, vous oubliez un peu facilement qu’il a fait chanter jeunes et moins jeunes pendant des décennies (regardez le public dans chaque video sur youtube), alors les idées politiques de son père, franchement, ça me laisse de marbre, quant à son soit-disant amour pour les jeunes filles, là aussi vous avez la mémoire hémiplégique quand on sait que Claude François n’appréciait les jeunes filles que jusqu’à 17 ans !! J’attendais de vous une critique sur sa profession de chanteur, et non sur sa vie vie privée ou celle de son père.

    Commentaire par labelmomo | 14 juin 2015 | Répondre

    • Tout à fait d’accord, il n’est en rien responsable des opinions de ses (grands-)parents. Que Claude François appréciait les très jeunes femmes ne change rien au fait qu’Udo Jürgens a eu un enfant avec une fille de 16 ans… et surtout que je ne trouve pas ses chansons si engagées que ce qu’on peut lire dans la presse germanophone.

      Commentaire par segalavienne | 14 juin 2015 | Répondre


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :