Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Fred Bondi, retour aux sources


Fred Bondi-pt
Récemment j’ai pu faire la connaissance de Fred Bondi, 91 ans, qui a quitté Vienne en juillet 1938 et à qui Louis-Albert Serrut a consacré un documentaire, Fred Bondi, l’homme chanceux, qui sera présenté en première mondiale à Vienne, dans le cadre du festival du film juif, le 22 octobre à 16h15 (cf. infos). Il s’agit d’un film que je recommande vivement. Fred Bondi explique qu’il a eu de la chance dans sa vie. Il a pu fuir Vienne assez tôt et habitant le cinquième arrondissement, il n’a pas été trop touché par les violences antisémites qui ont surtout marqué les premiers jours après l’Anschluss. Fred dit lui-même qu’il ne s’est pas vraiment senti juif avant ce mois de mars 1938. Il a dû changer de lycée pour un lycée réservé aux Juifs, dans le deuxième arrondissement. Une fois, à la sortie de l’école, ses camarades de classe et lui se sont fait tabasser par des jeunes de la ‘Hitlerjugend’, mais sinon il n’a pas été trop traumatisé. Le plus dur était pour lui de vivre dans un État où il n’avait plus aucun droit, à la merci de toute violence ou injustice. Grâce à un ami de son père (qui était bien vu des Allemands), la famille a eu tous les documents et tampons nécessaires pour pouvoir partir. Ils n’étaient pas très riches mais en vendant tout ce qu’ils possédaient, ils ont pu prendre des billets de première en juillet 1938 sur l’Orient Express pour Ostende, et de là un bateau pour Southampton et enfin, rapidement, un bateau transatlantique pour New York (neuf jours de traversée, début août).

Arrivé aux USA, Fred Bondi a souffert d’antisémitisme et comme il ne parlait pas encore bien anglais, il a été placé dans une école pour déficients intellectuels. Rapidement, heureusement, il a été reconnu à sa juste valeur et a été admis à la Cornell University, où il est devenu ingénieur. Il a fait la guerre dans les Marines puis dans l’Army Corps. Il devait aller en Corée (1950) mais finalement en raison de ses compétences techniques, il a été envoyé à Paris pour préparer des bases de l’OTAN. De 1951 à 2008, il a ainsi vécu à Paris, avenue Mozart dans le seizième arrondissement.

En 2008, sa femme Susie et lui sont arrivés à la triste conclusion qu’on ne pouvait pas être indépendants dans ses déplacements à Paris quand on approchait les 90 ans, à cause des transports en commun et de la criminalité. Il a été agressé plusieurs fois dans le métro, difficilement praticable aux heures de pointe quand on est âgé. Ils ont fait alors une liste de villes envisageables pour leur dernier déménagement, avec des « plus » et des « moins », et c’est Vienne qui l’a emporté. Comme dit sa charmante épouse, Susie, “We chose Austria where healthcare is good, crime is low and public transportation is outstanding”. Venez rencontrer Fred Bondi (qui parle parfaitement français), le 22 octobre à 16h15 au cinéma De France !

Complément : Fred Bondi est décédé le 10 janvier 2017, il repose au cimetière central de Vienne.
Texte de Louis-Albert Serrut :
———————–
Le personnage-témoin de mon film Fred Bondi, l’homme chanceux, est mort mardi 10 janvier 2016 à Vienne à l’âge de 94 ans.
Il a été enterré jeudi dans la tombe familiale du Alter jüdischer de Zentralfriedhof, où les inscriptions sur les stèles marquent un vide après les années 1937-38. Il était revenu à la ville de sa naissance en 2009 où il reste désormais pour toujours auprès des siens, ceux d’avant.
J’ai eu la chance de le rencontrer, lui l’homme chanceux, et lui suis reconnaissant de la confiance qu’il m’a accordée. Habité d’une force positive, il répétait que sa vie n’avait pas été dramatique mais le souvenir de la terreur nazie était si vif qu’il semblait abolir le temps. Son témoignage est précieux, il est un des derniers.
fred-bondi———————–

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11 octobre 2014 - Posted by | Uncategorized | ,

3 commentaires »

  1. Témoignage interessant.

    C’est triste de voir ces personnes fuir la France aprés avoirs fui l’autriche.

    Mais il n’est pas politiquement correct de dénoncer la violence et l’antisémitisme qui ronge les banlieues remplies par une immigration de masse non contrôlée.

    Commentaire par Olivier | 15 octobre 2014 | Réponse

  2. j’ai vu le film,et l’avais trouvé trop hagiographique:il est vrai que les gens heureux ont moins d’histoire….
    j’ai ressenti cependant un certain malaise,car il semblait trop déconnecté de ce qui est arrivé à d’autres qui ont eu moins de chance que lui….
    peut-être une gêne devant l’étalage de sa fortune?
    j’ai bien sûr du respect pour cet homme qui vient de mourir.

    Commentaire par mao | 12 janvier 2017 | Réponse


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