Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Stefan Zweig honoré à Vienne

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Écrivain autrichien sans doute le plus célèbre dans l’entre-deux-guerres, Stefan Zweig n’a donné son nom qu’à une petite place perdue dans Hernals, un arrondissement périphérique de la capitale autrichienne. A Salzburg, où il vécut de 1919 à 1934 avant de prendre le chemin de l’exil, aucune voie ne porte son nom. Le Theatermuseum de Vienne a entrepris cette année de rendre justice à la postérité de cet intellectuel qui fut l’un des premiers, à son époque, à se revendiquer comme européen. L’exposition située dans trois salles du rez-de-chaussée du Palais Lobkowitz (siège de l’ambassade de France jusqu’en 1909) est intitulée « Départ d’Europe » avec comme sous-titre cette citation de Zweig « On a besoin d’un autre courage ! », traduisant sans doute le désespoir de l’écrivain face au nazisme. 

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La grande force de cette exposition conçue par Klemens Renoldner (directeur du Centre Stefan Zweig créé en 2008 à Salzburg dans l’ancienne résidence de l’écrivain) et réalisée par Peter Karlhuber (également spécialiste l’œuvre de Thomas Bernhard) est qu’elle est limitée dans le temps et s’articule autour d’un lieu symbolique. La période concernée se concentre sur les dernières années de Zweig en Europe et sur son exil aux États-Unis puis au Brésil où il s’est donné la mort, avec son épouse, le 22 février 1942. D’un point de vue architectonique c’est l’hôtel Métropole qui constitue le cœur de l’exposition. Cet hôtel de luxe qui fut dès mars 1938 le siège de la Gestapo a profondément marqué l’histoire de la ville mais elle se retrouve aussi dans l’œuvre de Zweig, et plus particulièrement dans la nouvelle la plus célèbre : Le Joueur d’échecs (en allemand Schachnovelle).

La première salle de l’exposition reproduit le hall d’entrée de cet hôtel, avec un jeu d’échecs en libre accès pour les visiteurs. Un prolongement intéressant ouvre cette entrée sur la cour intérieure du palais, où un rouleau d’épaisse moquette rouge se déroule pour laisser apparaître une citation de Zweig avec, au fond, une immense photographie du bateau qu’il prit le 25 juin 1940 pour rallier Liverpool à New York. L’ouverture de l’œuvre de Zweig sur le monde ne pourrait être mieux symbolisée. A l’intérieur, une grande maquette de l’hôtel Métropole est utilisée pour placer des entretiens vidéo avec des personnes ayant subi les interrogatoires et tortures de la Gestapo dans ce lieu. Un détecteur de mouvement déclenche le film lorsque le visiteur s’approche d’une des fenêtres de l’hôtel. Autour de ce modèle réduit, on trouve une reconstitution de l’ambiance décrite dans la Schachnovelle, avec des imperméables de gestapistes accrochés sur les murs. Des petites vitrines permettent de se replonger dans la nouvelle, sa genèse pendant son exil brésilien, de 1938 à 1941, mais aussi les différentes traductions et adaptations, que ce soit en bande dessinée ou en film de fiction. Intelligemment, les concepteurs de l’exposition se sont aussi attaché à montrer comment, dans les dernières années, ce lieu situé sur le bord de la Schwedenplatz a été utilisé par les artistes et les autorités comme lieu de mémoire. (*)

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Correspondant avec des dizaines sinon des centaines d’écrivains, Zweig était aussi un collectionneur d’autographes. Une dernière salle, habilement présentée comme un entrepôt où s’accumulent des cartons de déménagement, permet de découvrir une petite partie des lettres reçues ou envoyées, en relation également avec différents voyages (Romain Rolland, Klaus et Thomas Mann, Franz Kafka, Arthur Schnitzler, Rainer Maria Rilke…). Le catalogue de l’exposition, placé sous la direction de Klemens Renoldner, regroupe une quinzaine d’essais sur l’œuvre de Zweig : son rapport à l’Autriche, son œuvre littéraire en exil, ses pièces de théâtre et sa collection d’autographes. Le premier de ces texte est une allocation du germaniste de Jacques Le Rider, lors de la présentation de son livre Les Juifs viennois à la Belle Epoque, également recensé sur nonfiction.fr. L’exposition dure jusqu’au 12 janvier 2015 et mérite vraiment le détour.

 

 (*) L’Hôtel Métropole fait partie des 38 lieux de mémoires retenus pour The Vienna Project. Une grande cérémonie de clôture, gratuite et ouverte à tou-te-s, est prévue le 18 octobre à la Bibliothèque nationale autrichienne.

Voir aussi « Lire Zweig pour croire encore en l’Europe » [recension publiée le 25 mai 2014 sur nonfiction.fr, au sujet des Appels aux Européens de S. Zweig, publiés par Jacques Le Rider, éd. Omnia Poche]. 

8 septembre 2014 - Posted by | Autriche, Europe

Un commentaire »

  1. Bonjour!!

    Ayant découvert votre site j’aimerai vous poser quelques questions ;pouvez-vous me communiquer une adresse mail? merci.

    Commentaire par Anonyme | 10 septembre 2014 | Répondre


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