Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Religion et superstition

CMBY a-t-il une différence entre une croyance religieuse et une superstition ? En allemand les termes sont proches, ‘Glaube’ et ‘Aberglaube’. Certes, la première est plus facilement acceptée et respectée mais les deux reposent sur une conception irrationnelle du destin. Toutes les religions développent des comportement superstitieux. En Autriche, on trouve souvent des portes ornées de marques à la craie avec des lettres et parfois des chiffres. Je me suis longtemps demandé ce que ça pouvait être, sans vraiment prendre le temps de chercher : des indications pour les distributeurs de prospectus ? Des repérages de cambrioleurs ou de représentants (comme les Témoins de Jéhovah, reconnus officiellement comme ‘religion’ depuis 2009 en Autriche) ? Dans l’immeuble où je travaille, on lit sur une porte C+M+B (photo ci-contre). Il s’agit en fait des initiales des rois mages censés protéger la maison, en allemand Caspar, Melchior et Balthasar ! Pour les latinistes, l’acronyme signifie « Christus mansionem benedicat » (que le Christ protège cette maison). Cette superstition est très répandue dans les pays germanophones mais aussi en Slovénie (ave KMB). Parfois les habitants de ces étranges contrées ajoutent trois étoiles symbolisant la « trinité » (père, fils et « saint-esprit »). Ils indiquent aussi l’année en deux parties, ce qui donne 20*C+M+B*14* pour protéger son appartement en 2014. Il paraît en outre que la craie doit être « consacrée ».

Voilà qui mériterait une observation ethnologique comme dans La fête du poulet (Das Fest des Huhnes, film de Walter Wippersberg). Ce film de 1992 se présente comme un reportage d’ethnologues africains sur les curieuses mœurs des Autrichiens, notamment lors d’un fête de village où la bière coule à flot, consommée sans modération avec du poulet grillé entre de curieux moments de danse. Le fil est ci-dessous, un régal !

23 mars 2014 - Posted by | Uncategorized | , , ,

3 commentaires »

  1. C’est ce que l’on appelle un rite.
    C’est un ensemble d’usage et de tradition qui ponctuent les périodes de l’année ou les moments importants de la vie.
    Le rite sert de ciment à une communauté conformément au double sens étymologique de « relier » et « se recueillir ». La participation répétée à certain rite marque l’appartenance à la communauté concernée.

    Le rite peut être religieux on non.

    Les rites liés au mariage civil, au nouvel an, aux anniversaires, fêtes non religieuses en sont des exemples.

    Commentaire par Olivier Orsel | 27 mars 2014 | Répondre

    • Vous vous trompez. Le mot « rite » vient du latin ritus et signifie « rite, cérémonie religieuse » et « usage, coutume ». Vous confondez avec le mot « religion » qui a le double sens étymologique, comme vous dites, de « recueillir de nouveau » (lat. relego, ere) et de « relier » (lat. religo, are).
      Il y a des rites qui sont innocents, comme jeter du riz sur les nouveaux mariés ou manger une bûche à Noël. D’autres frôlent la superstition : quand on écrit K+M+B au-dessus d’une porte avec une craie consacrée, on s’attend réellement à ce que le bon Dieu protège la maison (les Juifs font un peu la même chose avec les mezouzah). De là à conclure que toute religion est une superstition… il n’y a qu’un pas. L’une des plus dangereuses (et absurdes) est l’absolution : il suffit qu’un prêtre prononce les mots Ego te absolvo pour être pardonné par Dieu. « Quelles patentes a-t-il reçues de Dieu ? Il reçoit de l’argent de vous pour marmotter des paroles, et vous pensez que l’Être des êtres ratifie les paroles de ce charlatan ? » (Voltaire). Enfin, l’un des rites les plus révoltants, c’est la circoncision, usage ou tradition qui ponctue un moment important de la vie et qui, contrairement au baptême au cours duquel on jette de l’eau sur la tête d’un enfant avec un peu de sel, scelle l’appartenance à la communauté concernée de manière bien plus violente, traumatique et indélébile.

      Commentaire par M. Stenger Gerhardt | 27 mars 2014 | Répondre

      • « Il y a des rites qui sont innocents »
        Non beaucoup n’ont rien d’innocent et frise la superstition : s’embrasser sous le houx, couper le gâteau de mariage, faire attention à la date du 13 chaque mois….

        Mais il n’y a rien de plus humain que de vouloir d’échapper au rationalisme et rien de plus dangereux de vouloir un monde sans spiritualité.

        Commentaire par Olivier Orsel | 2 avril 2014


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