Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

La grande roue, symbole de Vienne et de son passé qui ne passe pas

Riesenrad_Tal-pt

(c) Tal Adler

En coopération avec une chercheuse autrichienne, Karin Schneider, et le président du tribunal régional de Vienne, Friedrich Forsthuber, l’artiste israélien Tal Adler a organisé à Vienne une série de huit événements originaux : la réouverture de « cas » comme les « cold cases » que l’on connaît dans la culture policière étasunienne (dans le cadre du projet memscreen). Ces huit cas sont chacun illustrés par une photo de l’artiste, ce qui lui permet d’aborder des sujets aussi divers que la présentation des chars et d’avions de l’armée autrichienne sur la Heldenplatz, le jour de la fête nationale (le 26 octobre), l’exclusion des Juifs des clubs alpins, l’antisémitisme catholique dans la Vienne fin de siècle ou encore l’aryanisation de la grande roue de Vienne (Riesenrad, voir la présentation du projet, PDF). La soirée du 14 novembre était consacrée à ce dernier dossier.

riesenrad-storyQuiconque se rend aujourd’hui à la Grande roue n’apprendra rien sur son histoire pendant la Seconde Guerre mondiale. La consultation de la partie histoire du site (« Gechichte », ici à droite) nous indique seulement qu’à partir de 1920, de plus en plus de producteurs étasuniens ont utilisé la roue comme emblème de Vienne, puis qu’il y a eu un incendie ravageur en 1944. Après, en 1945, c’est la reconstruction de la roue. Avec la réouverture du « cas Riesenrad », la rectrice de l’université des Beaux-arts qui a travaillé sur les questions de restitution, Eva Blimlinger, a expliqué que depuis 1919 le propriétaire de la Grande roue était Eduard Steiner. Ce dernier s’est vu dépossédé de ses biens dès 1938 et il a dû vendre la roue pour une somme dérisoire qu’il n’a jamais touché car elle a été confisquée pour payer des taxes diverses. La roue fut alors placée sous la protection des monuments historiques et Eduard Steiner fut déporté et assassiné à Auschwitz, en 1944. Les héritières de Steiner, qui vivaient en Tchécoslovaquie, ont dû batailler pendant cinq ans devant les tribunaux autrichiens pour récupérer le bien familial, en 1953. Ayant obtenu gain de cause mais ne pouvant se rendre à Vienne à cause du Rideau de fer, elles ont à leur tout été contraintes de vendre.

Rien de tout cela dans l’histoire officielle, ni d’ailleurs dans le Routard, ni dans le Guide bleu. Le cas « Grande roue » est représentatif de bon nombre de dossiers non encore traités.

Compléments

15 novembre 2013 - Posted by | Uncategorized | , , , , , , ,

2 commentaires »

  1. Et ?

    Commentaire par Ouvrard | 18 novembre 2013 | Répondre

  2. C’est normal que l’Autriche ne prenne pas plaisir à rappeler sans cesse cette période de l’histoire.
    De la même manière, en France, on aime parler de la révolution mais on oublie presque systématiquement d’évoquer la Terreur et le génocide vendéen.

    La France n’a pas de leçons à donner en terme de devoir de mémoire.

    Commentaire par Olivier Orsel | 19 février 2014 | Répondre


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