Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Population Boom! – Un film explosif à ne pas rater

boom-ptWerner Boote fait partie des réalisateurs autrichiens les plus en vue depuis que son film, Plastic Planet, sur les dangers liés au plastique, a fait le tour du monde. Réalisé en 2008, il est sorti en France en avril 2011 ainsi que dans une vingtaine d’autres pays, fait exceptionnel pour un documentaire. Le 17 septembre dernier, Boote présentait son nouveau film, Population Boom!, à Vienne, au Gartenbaukino, le plus grand cinéma d’Autriche avec son unique salle de 736 places. Une bonne partie du gratin du cinéma autrichien était présent à cette première pour découvrir ce nouvel opus traitant du thème de la surpopulation. Depuis Malthus, la thèse est récurrente, récemment remise au goût du jour lorsque la population mondiale a passé la barre des sept milliards d’individus. C’était officiellement  le 31 octobre 2011, jour d’Halloween, et le réalisateur en profite pour faire état des thèses les plus macabres. Nous serions trop sur terre, ce qui causerait l’épuisement des ressources, générerait la pollution et expliquerait la misère de nombreux pays en voie de développement. Se rendant dans une dizaine de grandes villes (New York, Mexico, Tokyo, Nairobi, Dhaka, Delhi…) mais aussi dans des villages et des étendues vides, Werner Boote mène l’enquête. D’où vient ce discours malthusianiste ? Pourquoi est-il tenu par les plus riches (que ce soit Ted Turner, fondateur de CNN, ou Mukesh Ambani, un millionnaire indien) ? De nombreux spécialistes de la question interviennent et rapidement, le spectateur comprend qu’il n’y a pas trop d’hommes sur Terre… mais trop de pauvres ! Ce n’est pas la surpopulation qui cause la misère mais la misère qui cause l’exode rural et qui empêche les plus pauvres de partir dans les espaces vides. Et si l’idée même de surpopulation était une invention des riches pour réduire les populations de pauvres ? 

Boom2-ptParmi les personnages du film, il y a par exemple Farida Akther, actrice bangladaise qui demande si au lieu de la politique de l’enfant unique, les pays industrialisés ne devraient pas penser à une politique de la voiture unique. Plutôt que de se concentrer sur la circulation des biens, il faudrait favoriser la circulation des personnes. Lorsque le réalisateur – rappelant le Hulot de Tati – se promène en Inde (tentant dans toutes les villes d’ouvrir son journal tout en tenant son parapluie), il rappelle cette citation de Gandhi « Le monde a assez [de ressources] pour les besoins de tous mais pas pour l’avidité de tous. » (“The world has enough for everyone’s need, but not enough for everyone’s greed.”). Un autre intervenant, Benjamin Fulford, s’intéresse à la question bien délicate des liens entre la finance internationale et les positions malthusianistes. Il cite  les banques Rothschild, Rockefeller et Morgan qu’il tient pour responsables de la propagation de ce discours… et des mesures prises dans les pays du tiers-monde (dans les bidonvilles de Deli, un mixer est offert au Rajasthan à chaque femme qui se faisait stériliser). Ce point mériterait d’être étayé pour ne pas sombrer du côté des théories conspirationnistes (parfois antisémites).

Les prises de vues sont impressionnantes et  il y a des moments drôles (la relation entre le nombre de maisons, de femmes et de vaches pour s’assurer une vie harmonieuse selon un Massaï, le côté surréaliste d’un directeur d’école japonais dans une école absolument vide pour cause de manque d’élèves…). Comme tout bon film, il amène à des questionnements : on peut penser aux conséquences de l’achat de terres agricoles africaines par des grands pays… ou au rôle plus qu’ambigu joué par certains démographes catastrophistes.

Le film s’adapte tout à fait à des projets pédagogiques, il peut se voir à tout âge… et je le recommande vivement !

La sortie du film est accompagnée de cartes sur le format « Le saviez-vous ? ». Avec par exemple :

  • Un homme sur huit souffre de la faim
  • Un pays comme le Soudan pourrait produire de quoi nourrir un milliard d’hommes
  • Depuis 2012, au Japon, on vend plus de couches pour vieillards incontinents que pour bébés.
  • 37% des stérilisations ont lieu en Inde…

Le trailer puis l’une des chansons du film

Compléments

PS/ Un grand « Bravo ! » à Werner bien sûr, mais aussi à Myriam (Loukili), assistante de réalisation, (aka Mme Boote).

18 septembre 2013 - Posted by | Autriche, Immigration | , , ,

5 commentaires »

  1. L’effectif de la population mondiale a connu une croissance exponentielle entre 1800 et 2000 : rien qu’entre ces deux dates, nous sommes passés de UN à SEPT milliards ! Plus impressionnant encore : il aura fallu 100.000 ans pour atteindre le premier milliard et seulement 12 ans pour « gagner » le dernier…
    Or nous vivons sur une planète aux dimensions finies et il va bien falloir que notre expansion s’arrête un jour ne serait-ce que pour des raisons de place ou de ressources : on ne peut croître indéfiniment dans un monde fini.
    La nature n’est-elle d’ailleurs pas en train de nous rappeler à l’ordre ?…

    Commentaire par Denis Garnier | 17 octobre 2013 | Répondre

    • Merci pour votre intérête et votre commentaire. Certes, on ne peut croître indéfiniment dans un monde fini, mais rien ne dit que la croissance va être infinie. Un équilibre à 9 milliards est envisagé, cf. http://www.ined.fr/flash/popu2/FR/INED_ANIM.swf

      Commentaire par segalavienne | 17 octobre 2013 | Répondre

      • La très intéressante animation de l’INED date, semble-t-il, de près de 10 ans (« Source Nations-Unies 2004 » dans une des animations) et effectivement à cette date on prévoyait une stabilisation aux alentours de 9 milliards en 2050. Or, du fait de la stagnation d’un certain nombre de taux de fécondité, voire carrément de leur hausse ces 2 dernières années dans d’autres pays (Algérie, Egypte, Niger,…) et bien les projections globales sont aussi à la hausse.
        Pour 2050, Gilles Pison de l’INED prévoit maintenant 9,7 milliards (cf http://www.ined.fr/fr/ressources_documentation/publications/pop_soc/bdd/publication/1653/ ).
        Quant à 2100, l’ONU annonce maintenant 10 milliards 850 millions (cf http://esa.un.org/unpd/wpp/unpp/panel_population.htm > sélectionner « Population » à gauche et « World » à droite) et ne parle d’ailleurs pas de stabilisation dans ses publications.
        Il y a donc un réel problème de population, surtout si par ailleurs l’énergie et l’eau douce venaient à manquer et la planète à se réchauffer…
        Cordialement

        Commentaire par Denis Garnier | 17 octobre 2013

      • Merci pour ces compléments ! Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une question de priorités : vous choisissez d’organiser un lobby pour inciter à réduire les taux de fécondité… d’autres insistent sur la lutte contre les inégalités et pour un meilleur partage des richesses…

        Commentaire par segalavienne | 17 octobre 2013

  2. L’un n’exclue pas l’autre … du moins de mon côté…

    Commentaire par Denis Garnier | 18 octobre 2013 | Répondre


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