Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Les prisons autrichiennes éloignées du paradis

Cliquez pour zoomer

Cliquez pour zoomer – (c) F. Klenk (pour toutes les photos)

« On ne doit pas comparer les prisons autrichiennes au paradis. » Cette très catholique comparaison n’est bien sûr pas de moi mais de l’actuelle ministre autrichienne de la justice, Mme Beatrix Karl. L’hebdomadaire Falter a révélé cette semaine, suite aux informations transmises par une juge pour mineurs qu’un grave cas de viol avec torture sur un jeune de 14 ans avait été signalé à la prison viennoise de Josefstadt. Interrogée au journal de midi du 26 juin, sur la radio nationale (Ö1), la ministre a déclaré que les conditions de détention des mineurs n’avaient jamais été aussi bonnes et – comme indiqué – qu’on ne devait pas « comparer les prisons autrichiennes au paradis » (ici mon enregistrement au format mp3). Comme si, après tout, c’était bien normal qu’il y ait quelques petits désagréments à être en prison et que les conditions de détention faisaient partie de la peine. L’indignation a été assez importante et, invitée le soir au journal télévisé, elle a tranquillement répété les mêmes propos, tentant de minimiser les faits (et confondant le centre de détention avec la maison d’arrêt : le jeune qui a été violé et torturé n’avait pas été condamné, il a d’ailleurs depuis été libéré). Le journaliste Armin Wolf avait beau lui signaler que, rien que pendant l’année 2012, 46 plaintes pour violence avaient été déposées dans les prisons autrichiennes… elle n’en démordait pas : il s’agit selon elle d’un incident isolé « regrettable » (‘bedauerlich’, cf. youtube).

L’Autriche n’en finit pas de découvrir les dégâts de la coalition entre la droite et l’extrême droite, au belles heures des années Haider (2000-2006). C’est le ministre FPÖ de la justice (extrême droite), Dieter Böhmdorfer, qui avait à l’époque supprimé les tribunaux pour mineurs (en 2003). Aujourd’hui, les jeunes en détention préventive sont installés à quatre par cellule, sans sortir du vendredi 15h au lundi 7h. La justice autrichienne a aussi de plus en plus recours à la détention : de 2000 à 2013 la taux de détention dans la population est passé de 86 à 105 personnes pour 100 000 habitants, alors qu’il est aujourd’hui de 82 personnes en Allemagne (104 en France, cf. « PS » ci-dessous).

Le rédacteur-en-chef du Falter, Florian Klenk, est allé sur place (félicitations à la directrice qui a accepté qu’un journaliste entre sans restriction). Les photos ci-dessous décrivent ce qu’on ne doit pas comparer au paradis. Les affiches sont celles du syndicat d’extrême droite, AUF !, très implanté dans la police et dans l’administration pénale. C’est ce même syndicat qui avait eu la délicatesse en 2011, pour dénoncer leurs conditions de travail, de comparer ses membres à des détenus de camp de concentration, ou encore de critiquer les crédits alloués par le ministère de l’intérieur pour la rénovation du lieu de mémoire autour du camp de Mauthausen (cf. ces deux billets).

PS/ Je sais (bien) que la situation en France est désastreuse, et pire qu’en Autriche, ce n’est pas une raison pour fermer les yeux ici. Je le répète encore, l’intérêt de ce blog réside dans le fait qu’il y a peu de sources francophones sur ce qui se passe dans ce pays. Sur les conditions de détention en France, cf. l’Observatoire internationale des prisons, dont j’avais déjà invité les représentants en 2005 pour une soirée sur « Le système pénitentiaire comme reflet de la société, en France et en Autriche » (PDF).

knast-foot-pt

Knast-syndicat2-pt

« Assez d’argent pour la liberté des détenus, l’entraînement de foot, la professeur de guitare, les téléviseurs pour les détenus. Pas de personnel pour (…) les exercices réglementaires de tir [!] ».

Sources et compléments

28 juin 2013 - Posted by | Uncategorized | , , , ,

2 commentaires »

  1. Que dirait-on de moi, si je déclarais, à propos de la ministre Beatrix Karl, ce qu’a déclaré une élue municipale italienne à propos de la ministre italienne (et noire) de l’intégration:  » Il faudrait que quelqu’un la viole, comme cela elle saurait ce que c’est! » (citation très approximative). L’élue italienne a été désavouée par son parti. J’espère qu’il en serait de même dans mon cas, si j’étais un élu autrichien. Mais que va faire le parti auquel appartient la ministre qui énonce tranquillement son mépris des conditions de détention des détenus mineurs? Question subsidiaire: que fait en prison un adolescent de 14 ans? N’existe-t-il pas une loi de protection de la jeunesse en Autriche?

    Commentaire par Jacques Boutard | 28 juin 2013 | Répondre

    • La responsabilité pénale démarre à 14 ans. De 14 à 18 ans les détenus (actuellement 132 selon cet article dans l’édition du Standard de ce jour) sont placés dans des prisons « normales » car il n’y a « pas assez » (?) de jeunes pour ouvrir des quartiers pour mineurs (un seul par exemple à Korneuburg). NB, en France aussi il y a des mineurs en prison (quartiers pour mineurs dans les prisons et depuis 2007 Établissement pénitentiaire pour mineurs.
      Enfin, pour l’instant l’ÖVP reste solidaire de sa ministre. Au regard des années précédentes, je ne pense pas qu’il lui arrivera quoi que ce soit sur le plan politique.

      Commentaire par segalavienne | 28 juin 2013 | Répondre


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :