Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

« Le mur du çon » allègrement franchi après la chute stratosphérique !

« Verdienstkreuz Deutscher Adler » reçue par Lindbergh… et dont rêve Baumgartner ?

Felix Baumgartner, dont il était question dans l’avant-dernier billet, est malheureusement à l’Autriche ce que Charles Lindbergh fut aux Etats-Unis : une honte sur le plan politique ! Pour mémoire, si Lindbergh fut l’un des premiers, en 1927, à traverser l’Atlantique en avion… il fut aussi un fervent admirateur d’Hitler, en partie au nom d’un anticommuniste farouche (cf. cet article ou celui-ci). Dans un entretien au Kleine Zeitung, Baumgartner a déclaré qu’il souhaiterait, comme régime politique, une « dictature modérée » (« gemaessigte diktatur ») avec quelques économistes compétents. Selon lui, « dans une démocratie on en peut rien faire bouger » (« Du kannst in einer Demokratie nichts bewegen »). Il a expliqué que le cas de son compatriote Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie de 2003 à 2011, l’avait montré : en démocratie on ne peut rien faire de bien. En fin d’entretien il a annoncé qu’après avoir pris sa retraite à l’issue de ce saut (à 43 ans), il compte se domicilier fiscalement en Suisse pour échapper à un impôt trop démocratique. En somme, après le saut stratosphérique, voici la connerie stratosphérique ! Lire la suite

31 octobre 2012 Posted by | Uncategorized | , | 5 commentaires

Christopher Browning and the Use of Oral History

 With Saul Friedländer (b. 1932) and Raoul Hilberg (1926-2007), Christopher Browning (b. 1944) belongs probably to the most influential historians of the Second World War when it comes to the study of the “final solution”. He has published many books since the end of 1970s, the best well-known being Ordinary Men: Reserve Police Battalion 101 and the Final Solution in Poland (1992). On 18 October 2012 he was invited to give a lecture entitled “Holocaust History and Survivor Testimony: the Case of the Starachowice Factory Slave Labor Camp” at the Vienna Wiesenthal Institute for Holocaust Studies (VWI), which was created in 2009.

Browning was simply brilliant. He spoke during 80 to 90 minutes, almost without looking at the two pages of notes he had put on his lectern. The material of his talk was taken from his last book, Remembering Survival: Inside a Nazi Slave-Labor Camp (2010).

The story starts in the early 1970s. The historian found in 1987 that in a process against Walter Becker, during the war the German chief of police in the Polish city of Starachowice, all the eye witnesses were dismissed by the judge. Lire la suite

20 octobre 2012 Posted by | Mémoire, Nazisme | , , | 2 commentaires

Un grand bond… pour la pub et les voyeurs

Qui l’ignore encore ? Un Autrichien a sauté de très très haut (39km), a dépassé la vitesse du son en chute libre (plus de 1 200 km/h), a failli mourir et a ouvert son parachute pour atterrir sain et sauf au Nouveau-Mexique, d’où il était parti. Cette « Mutprobe » (en français quelque chose comme « prise de risque infantile et inutile ») n’est à mes yeux qu’un gros coup de publicité pour cet empire lié à une boisson énergétique toxique (voir aussi cet article). Cela n’apporte absolument rien sur le plan scientifique et cela donne aux pauvres gens un petit divertissement malsain, la plupart des « suiveurs » ayant inconsciemment espéré assister à une mort en direct avec force caméras à bord. Il y avait 7,3 millions de personnes à suivre l’exploit sur Youtube, un record !

Sur l’une des deux chaînes nationales autrichiennes (ORF), le reportage en direct a duré près de six heures. Au moment du saut, vers 20h10, la chaîne de télé privée Servus TV de la marque qui organisait l’événement était vue par 830 000 personnes et l’ORF avait 2,3 millions de téléspectateur, soit pour cette dernière une part de marché de 59%, un record depuis le témoignage de Natascha Kampusch le 6 septembre 2006, cette jeune femme séquestrée par son ravisseur pendant plus de huit ans. Le même voyeurisme animait les cyber-badauds le 14 octobre pour Felix Baumgartner. Ah, le regard apeuré de la maman lorsque son grand fiston allait se jeter, que c’était émouvant, que c’était bon ! Lire la suite

15 octobre 2012 Posted by | Uncategorized | , , | 12 commentaires

La route est longue mais 2015 approche

Le pofesseur d’anatomie Eduard Pernkopf (qui bien avant 1938 refusait les étudiants juifs) ouvre son cours le 26 avril 1938 en uniforme des SA

Depuis une quinzaine d’années, l’université de Vienne s’est engagée dans un programme de recherche ambitieux concernant son passé sous le national-socialisme. Quelques livres collectifs ont permis de poser les grandes lignes d’une histoire jusqu’à récemment très largement occultée… et des continuités sont apparues. Ces continuités s’observent après 1945, avec de nombreux professeurs ou directeurs d’instituts impliqués dans l’austrofascisme et le nazisme qui sont restés en place à l’université sans être inquiétés, mais les intervenants ont aussi fait état de continuités avec le passé car l’antisémitisme qui marque la période 1934-1945 existait déjà à la fin du 19ème siècle et s’exprimait dans la violence après la fin de la Première Guerre mondiale.

Une journée d’étude était consacrée le 11 octobre à la « longue ombre de l’antisémitisme », avec le sous-titre « discussion critique sur l’histoire de l’université de Vienne aux XIXème et XXème siècles ». L’organisateur de cette conférence, Oliver Rathkolb, a insisté sur la nécessité de placer cette journée dans le long XXème siècle (rendant hommage à Eric Hobsbawm qui évoquait lui le long XIXème siècle).
Reprenant les statistiques données par Lichtblau sur la part d’étudiants juifs dans les universités autrichiennes de 1863 à 1912, Rathkolb a pu observer que ces proportions n’étaient pas corrélées à l’importance de l’antisémitisme (même chose aujourd’hui sur le vote FN et la présence d’immigrés !). Lire la suite

15 octobre 2012 Posted by | Antisémitisme | , , , | Laisser un commentaire

Une campagne intelligente

Voilà ce qu’on peut voir en ce moment à Graz, capitale du Land de Styrie. Vous arrivez à lire ? En fait c’est de l’allemand : « Auf den ersten Blick scheint vieles unverständlich », ce qu’on pourrait traduire par « Au premier abord beaucoup de choses semblent incompréhensibles ». Cette campagne de la communauté musulmane en Autriche a été lancée pour célébrer les 100 ans de la reconnaissance officielle de cette religion. L’idée est que le passant soit invité à faire un pas vers une culture qui au premier abord lui semble étrangère.

Compléments

6 octobre 2012 Posted by | Autriche | , | Laisser un commentaire

Mama illegal – L’autre Europe est encore à construire

Tourné sur sept ans, de 2004 à 2011, le film d’Ed Moschitz retrace la vie de quelques femmes moldaves qui ont décidé de quitter mari et enfants pendant quelques années pour aller tenter leur chance dans la forteresse Europe. Les premiers sous-titres rappellent que le salaire moyen est de 100 euros par mois dans ce pays et c’est effectivement une grande pauvreté qui se découvre séquence après séquence, sans pour autant que le film ne tombe dans le misérabilisme. Car ce sont bien des tranches de vie qui sont ici relatées, avec les moments durs mais aussi les quelques joies du quotidien ou encore les fêtes. Lors d’une projection publique le 4 octobre, un spectateur a demandé au réalisateur, Ed Moschitz, connu pour ses reportages sur l’extrême droite en Autriche, ce qui avait changé, sur la période concernée, pour le passage illégal des frontières. La réponse fut claire : avant les passeurs prenaient 1500 euros pour passer de la Moldavie à l’espace Schengen, maintenant c’est autour de 5000 euros, somme que les réseaux mafieux prêtent aux intéressées (ici des mères de famille) à un taux de 15 à 20% par mois (oui, par mois !). Lire la suite

5 octobre 2012 Posted by | Uncategorized | , | Un commentaire