Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Tensions communautaires à Vienne, la police relève les religions !

 Wien-Meidling, samedi 21 avril vers 15h. Dans la rue piétonne du quartier où j’habite, des Turcs ont organisé une petite fête. Sous une bâche, des femmes, pour la plupart voilées, dégustent avec des enfants des kebabs, des poulets grillés et des pâtisseries. Un vieux monsieur vend du thé. Attiré par ce petit événement dans une rue habituellement dédiée au dieu du commerce, je sors mon appareil photo et prends quelques clichés. Un homme arrive et me demande si j’ai une autorisation. Je lui réponds que je suis dans l’espace public, libre de prendre quelques photos pour mon usage personnel. Il insiste pour que je demande le droit de photographier à un homme plus âgé, qui vend les bons pour la nourriture. Ce dernier me donne son accord, je fais alors un ou deux clichés supplémentaires (quatre en tout). Un homme surgit alors sur le côté, habillé d’une veste de secours orange réfléchissante. Il est assez agressif et, se présentant comme l’organisateur de la fête, il insiste pour que j’efface mes photos. Je refuse et il se montre alors menaçant, voulant casser mon appareil photo. Il me menace ensuite d’appeler la police… et je le prends au mot, appelant moi-même au 133. Je résume la situation et pendant 15 minutes, j’attends avec ma femme l’arrivée des forces de l’ordre, pendant que devant nous un groupe d’une quinzaine de Turcs peu sympathiques se forme. J’ai beau leur dire que je n’ai rien contre leur fête, qu’au contraire, j’apprécie l’animation, ils ne pensent qu’aux photos.

La police arrive et l’un des deux policiers recopie nos cartes d’identité sur son carnet. Lorsque j’explique que l’homme à la veste ne représente rien pour moi mais que je veux bien demander aux personnes photographiées leur autorisation, le ton monte. Les deux policiers nous interrogent alors séparément. Je suis avec le jeune qui, en fait, n’a rien à me dire. Celui qui s’occupait du Turc à la veste revient vers moi et me demande… suspense… « quelle est votre religion ? » Interloqué mais peu enclin à braver l’autorité (mon seul allié à envisager face aux Turcs), je réponds « Désolé je n’ai pas de religion. ». Il note alors, en me demandant confirmation « sans confession, c’est ça ? ». Je réponds « oui, mais pourquoi demandez-vous ? ». Il évite alors de répondre et dégage un « comme ça », aussi bref et que décidé, éliminant toute relance de ma part. Ensuite, il m’explique « bon, si vous ne voulez pas que la situation s’envenime, effacez vos photos. ». Je me suis donc exécuté, ne gardant que la photo de groupe ci-contre… et nous sommes rentrés en changeant plusieurs fois de rues, de peur d’être suivis, avec un sentiment désagréable.

23 avril 2012 - Posted by | Uncategorized | , , ,

7 commentaires »

  1. Pas rassurant en effet que la police se mette à vous demander votre religion: on est bien loin de la laïcité. Moins étonnant par contre que des membres d’un groupe minoritaire se sentent chatouilleux quand il s’agit de leur tirer le portrait. Peut-être ont-ils tort dans leur interprétation de la loi sur la vie privée, elle varie si facilement d’un lieu à l’autre. Mais la méfiance est un réflexe de survie chez un groupe qui se sent menacé. Et que certains s’érigent en petits chefs agressifs protecteur de leur groupe, cela s’explique sans longs discours. Ce n’est qu’une manifestation, encore bien innocente, des tensions communautaires, car auprès tout, les deux parties ont été d’accord pour faire appel à l’autorité. Pour le sentiment d’insécurité qui résulte de l’altercation, ce n’est sans doute pas autre chose qu’un appel à plus de doigté dans ce genre de situation.

    Commentaire par Jacques Boutard | 23 avril 2012 | Répondre

  2. La photographie des gens dans la rue est un exercice exigeant patience, humilité, diplomatie et TEMPS. Dans le cas d’une minorité où la religion est très présente, les gens sont peu enclin à se laisser tirer le portrait. Et dans cette situation les hommes (j’aurais presque envie de dire les mâles dominants) se sentent très vite investis d’une « mission » de défense du territoire. La réaction du policier ne me surprend pas: il a dû se demander s’il n’avait pas à faire à une quelconque rivalité. L’amitié entre les religions est aussi rare et probable que l’eau dans un désert.

    Commentaire par lescarnetsjpb | 24 avril 2012 | Répondre

  3. Tout ç a me fait penser au début du Sceptre d’Ottokar « Qui s’occupe des affaires d’autrui s’expose à de graves ennuis »… Ne jamais oublier que la profession de Tintin c’est reporter… un métier à risque

    Commentaire par SEGAL JP | 24 avril 2012 | Répondre

  4. La question que je me pose : a-t-on le droit de te demander d’effacer des photos prises dans l’espace public ?
    Après tout, si quelqu’un ne veut pas être photographié pourquoi se joint-il à une manifestation publique en pleine rue.

    Commentaire par Esther | 5 mai 2012 | Répondre

    • J’ai mis deux amies juristes sur le coup, l’une des deux est en train de me préparer un petit dossier… A suivre !

      Commentaire par segalavienne | 5 mai 2012 | Répondre

  5. En Autriche il y a encore une loi qui date d’hitler, et qui permet au religion d’encaisser un impot sur les salaires…(il faut declarer sa religion…vive la libertee). En allemagne cette loi ne s’applique pas au « non allemand », sinon 2 autres pays ont encore une loi similaire: Italie (Mussolini) & Espagne (Franco). Ni l’eglise ni l’etat ne trouvent genant de toucher de l’argent grace a une loi votee par les nazis ou fachistes.. A quand un avocat qui s’occupe de cela au tribunal europeen?

    Commentaire par Loulou | 28 mai 2012 | Répondre

    • Cet impôt sur les salaires, il existe en Allemagne, c’est même l’Etat qui récolte l’impôt à la source et le reverse aux religions. En Autriche, chaque religion est libre de taxer ses ouailles. Sur le sujet des religions en Autriche, je me permets de vous renvoyer à un article assez conséquent : « Contention and Discontent Surrounding Religion in Austria », Austrian Studies, Vol. 19, 2011, pp. 52-67 (issue « The Austrian Noughties: Texts, Films, Debates », guest-edited by Allyson Fiddler). Article written with Ian Mansfield. Cf. http://jerome-segal.de/Publis/Segal-Mansfield-Austrian_Studies.pdf

      Commentaire par segalavienne | 28 mai 2012 | Répondre


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