Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

L’Autriche honorant sa germanitude… en musique !

En courant, je passe de temps en temps devant certains monuments, comme ici l’une des principales salles de concert de Vienne, la Konzerthaus. Je me suis arrêté ces jours-ci pour prendre cette photo car l’inscription m’a intéressé. On lit à gauche, « Ehrt eure deutschen Meister », et à droite « dann bannt ihr gute Geister ». Cela correspond à « Honorez vos maîtres allemands, vous préserverez alors les bons esprits ». Cela peut paraître étonnant que ce bâtiment de style Jugendstill inauguré en 1913 fasse référence aux Allemands et non aux Autrichiens. Une ambassadeur de France, il y a quelques années, m’avait demandé de lui expliquer pourquoi certains Autrichiens avaient pu se dire « allemands ». A l’époque de l’Empire austro-hongrois, on trouvait toute une mosaïque de peuples. De nombreux Autrichiens de langue allemande estimaient au 19ème siècle, non sans raison, que c’était bien cet empire qui dominait au sein de la Confédération germanique (1815-1866), dont la Prusse faisait également partie. L’Allemagne n’est unifiée qu’à partir de 1871 et jusqu’à cette date, c’est bien l’Autriche-Hongrie qui domine en Europe centrale. En 1848 par exemple, la révolution viennoise était autrichienne, bien sûr, mais aussi allemande. Dans son Histoire de l’Autriche, Steven Beller rappelle qu’à Vienne, « le 1er avril, on hissa le drapeau tricolore allemand au clocher de Saint-Etienne [et le lendemain au sommet de la Hofburg] » (voir ma longue recension de cet ouvrage sur nonfiction.fr). Dans les années 1920-30, le rapprochement avec l’Allemagne était volontaire et parfois discret, notamment lorsque le chancelier Johann Schober tentait, en 1931, une union douanière avec l’Allemagne, préparant le terrain à une annexion. Ainsi, aujourd’hui, en 2012, personne ne semble remettre en cause cette phrase honorant les maîtres allemands, citation du choeur final de l’opéra Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, créé en 1868 à Munich par Richard Wagner, un antisémite notoire célébré pour son pamphlet Das Judenthum in der Musik.

1 avril 2012 Posted by | Uncategorized | , , | 2 commentaires