Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Les effets délétères du concordat en Autriche, jusqu’au Lycée français de Vienne

Constitution de 1934 préparant le concordat, « au nom de dieu de le tout puissant dont est issu tout le droit »

Réunion de rentrée pour les parents d’élèves dans une des classes du Lycée français de Vienne. La professeur de religion catholique intervient, elle n’est pas contente que ses heures soient placées pendant la pause de midi, en première heure le matin ou en dernière heure le soir. La religion des enfants est marquée sur leur fiche(*). Les catholiques peuvent uniquement désinscrire leurs enfants du cours de religion pendant la première semaine, ensuite c’est obligatoire comme n’importe quelle matière. Cependant, comme de nombreux enfants (souvent français) ne suivent pas ce cours, il est normal que l’on ne crée pas de trous dans les emplois du temps des enfants athées (cf. ce billet sur la discrimination à l’école autrichienne). Le 3 octobre, la professeur de religion catholique a fait de la « retape » auprès des parents : elle a expliqué qu’il était très profitable de suivre ses cours car un mal sournois sévit dans cet établissement : « l’analphabétisme religieux » ! Elle a ensuite rappelé qu’il fallait respecter le Concordat, toujours actuel… même si celui-ci remonte pourtant à la période austro-fasciste (il fut signé le 5 juin 1933 entre Eugène Pacelli, futur Pie XII et le dictateur Dollfuß qui venait de dissoudre le parlement, pour entrer en vigueur au 1er mai 1934). Pour tenter de récupérer des ouailles, l’enseignante a promis des sorties culturelles, les élèves savent qu’elle met toujours 20/20 dans l’évaluation de sa « matière », mais l’argument le plus répugnant a été celui-ci : « avoir suivi des cours de religion catholique, cela vous servira. Pour trouver du travail, entre huit CV, c’est celui qui mentionne la religion catholique qui sera retenu. »

Il est vrai que les CVs autrichiens et les bulletins de notes aux examens mentionnent la religion, mais c’est inadmissible ! Ecole reconnue de droit privé en Autriche, le Lycée français de Vienne est contraint de proposer des cours de religion mais pour les parents attachés à la laïcité, c’est parfois dur !

(*)  Ces « fiches » ce sont les « Meldezettel » que chaque personne doit remplir en mairie dans les 72h suivant tout emménagement, et qui comportent une case « Religion » (sans « Meldezettel » aucun droit, pas d’inscription à l’université, pas de papiers d’identité etc.).

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4 octobre 2011 - Posted by | Autriche, Catholicisme, Enseignement, La France en Autriche, Laïcité | , , ,

5 commentaires »

  1. J’ai toujours indiqué « ohne Bekenntnis » sur le « Meldezettel », ce n’est pas obligatoire d’indiquer quelque religion que ce soit !

    Laurent, Vienne

    Commentaire par Anonyme | 2 décembre 2011 | Réponse

    • Oui, bien sûr, on met ce qu’on veut, mais je pense que ce n’est pas le rôle de l’Etat de collecter ces données.

      Commentaire par segalavienne | 3 décembre 2011 | Réponse

  2. En tant qu’autrichien vivant en France depuis presque 10 ans, je vanterais plutôt les mérites du Meldezettel à l’autrichienne, même si je suis d’accord que c’est bizarre de devoir y déclarer sa religion. Par ailleurs de remplir ce « Meldezettel » en Autriche évite:
    – de devoir préserver comme un trésor sa dernière facture EdF ou GdF pour pouvoir acheter un téléphone, pour faire faire un visa dans une Ambassade à Paris ou pour faire immatriculer sa voiture… Je trouve au moins aussi bizarre de dépendre en France en cela d’une facture d’une entreprise privée, que de dépendre comme en Autriche d’un document officiel issu par l’Etat…
    – de devoir aller s’inscrire séparément dans une liste électorale: le fait qu’en France on ne soit pas automatiquement inscrit dans les listes électorales sur son lieu de résidence, et qu’il faille avant toutes les élections faire appel aux électeurs potentiels (surtout de milieux populaires) d’aller s’inscrire pour exercer leur droit, me semble toujours assez surprenant et peu satisfaisant pour une grande démocratie.
    – de se retrouver face à des problèmes inutiles comme la facilité relative en France de « voler » l’identité de quelqu’un, une fois qu’on a piqué sa facture EdF dans la boite à lettre, avec laquelle on peut se construire par la suite pas à pas une identité volée à quelqu’un d’autre.

    Quant à la laïcité à la française, elle connaît aussi ses limites en ce qu’elle distingue de fait entre les religions « traditionnelles de France » (notamment catholicisme, protestantisme, judaïsme) qui ont leur place historique dans le pays (que ce soient les églises, temples, synagogues existants, et entretenus depuis des siècles par l’Etat ou les jours de fêtes chrétiennes qui sont aussi souvent des jours fériés de la république laïque, etc.) et les confessions « récentes en France » qui, elles, se heurtent souvent à cette même laïcité, qui abouti donc en fait à les discriminer au quotidien. Ce n’est pas un hasard que la dynastie des Le Pen, la Droite Populaire, les De Villiers et autres populistes de tous bords se réclament de cette laïcité, qui les arrange pour argumenter leurs phobies respectives…

    Finalement: ayant été élève du Lycée Français de Vienne (qui a, il ne faut pas l’oublier, en Autriche le statut d’école autrichienne « normale » suivant l’enseignement autrichien, ce qui lui vaut d’avoir 2/3 d’élèves autrichiens qui en sortent plus ou moins bilingues), je pense qu’il est aussi important de préciser que – du moins de mon temps – il y avaient cinq groupes pour l’enseignement religieux: les catholiques (en allemand, et séparément en français), les protestants, les juifs et les musulmans. Et bien sûr les parents pouvaient désinscrire leur enfant de ces cours, et cela sans aucun problème. Cet enseignement religieux obligatoire traduit effectivement l’approche – différente de la laïcité à la française – en Autriche, de vouloir garantir que les communautés religieuses reconnues soient toutes respectées au même niveau, et que l’Etat garde la mainmise sur le contenu de l’enseignement religieux: en tout cas c’est l’objectif, même si bien sûr en pratique c’est loin d’être le cas; j’en suis tout à fait conscient, le catholicisme étant largement majoritaire en Autriche et y occupant une place bien trop importante dans la vie publique. Or de vanter d’emblée la laïcité à la française comme le bon chemin à suivre me semble tout aussi faux.

    OZ à Paris

    Commentaire par Anonyme | 3 décembre 2011 | Réponse

    • Merci bien pour cet intéressant commentaire. Je ne pense pas qu’on puisse parler d’une « laicité à la française ». Cf. à ce sujet « Unbehagen in Frankreich – Beunruhigende Entwicklungen im Sinne des „positiven“ Laizismus », Das Jüdische Echo, 2011/2012, S. 142-145 (cf: 46 à droite sous http://jerome-segal.de/Publis/Papers.html). Parlez-vous d’égalité à l’allemande et de justice à l’espagnole ? Ce n’est pas comme les Fisolen et les Marillen… 🙂

      Commentaire par segalavienne | 4 décembre 2011 | Réponse

  3. Vous avez raison, la laïcité en tant que conception ne peut pas être réduite à des frontières étatiques ou à un contexte historique quelconque. Et je ne parlerai donc plus – aussi après lecture de vos articles effectivement fort intéressants sur la « laïcité positive » à la Sarkozy – de « laïcité à la française » mais d' »utilisation de la laïcité à la Sarkozy ». Tout comme il n’y a pas de Marillen à l’autrichienne, vous avez bien raison de le rappeler, il y a pourtant bien des utilisations concrètes des Marillen en Autriche, bien ancrées chacune dans un contexte concret géographique et spécifique, et plus ou moins appréciables quant à leur résultat: comme pour les « Eismarillenknödel à la Tichy » ou le « Wachauer Marillenbrand » ou au pire des cas pour les « Sissi-Marillen-Kugeln », aberration ultime et apocalyptique des Mozartkugeln, qui ne font pas honneur aux Marillen. Mais il est vrai, ce n’est pas de la faute des Marillen ou de la laïcité en tant que tels, si on s’en sert de façon négative, même si on prétend de faire le contraire…

    Commentaire par Anonyme | 4 décembre 2011 | Réponse


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