Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Archiduc, archi-catho-intégriste, archi-raciste… et archi-adulé en Autriche !

Otto Habsbourg (1912-2011) ressassant le mythe de « l’Autriche première victime du nazisme », en mars 2008

Après Jörg Haider en octobre 2008 et Hans Dichand en juin 2010, voilà à nouveau un décès qui fait couler beaucoup d’encre, avec des obsèques nationales retransmises en direct à la télévision le 16 juillet prochain. L’archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine est mort le 4 juillet 2011. Né en 1912, il était le fils aîné du dernier empereur de l’empire Austro-hongrois, Charles Ier (mort en 1922). Avec ce décès, l’Autriche semble prendre à nouveau conscience de la fin de son empire. Les Habsbourg, dont la dynastie s’est développée dès le 13ème siècle, ont profondément marqué l’histoire du pays. A la fin de la Première guerre mondiale, seule la dynastie des Habsbourg fut effacée de l’histoire lorsque la république de « l’Autriche allemande » fut créée. Depuis cette date, l’Autriche n’est plus que la tête hypertrophiée d’un corps sans membres. Au lieu de s’intéresser à l’héritage d’une Autriche supranationale, telle qu’elle put exister du temps des Habsbourg, c’est avant tout la nostalgie d’un pouvoir disparu qui prend le dessus.

Otto Habsbourg, dont tous les journaux dressent de merveilleux portraits, a toujours fait l’éloge des deux dictateurs autrichiens qui gouvernèrent le pays de 1933 à 1938, entretenant la légende d’une Autriche « première victime du nazisme », alors qu’elle en fut aussi le terreau. Le premier dictateur, Engelbert Dollfuß a dissous le Parlement et supprimé le droit de grève pour enfin gouverner par décret. Il était clairement fasciste, mais plus proche de Mussolini que de Hitler, ce qui l’a amené à interdire le parti nazi en même temps que le parti communiste, dès 1933. Il a effectivement été assassiné le 25 juillet 1934 par des nazis mais ce n’est pas une raison pour en faire un héros ! En 2007, Dans un entretien pour le quotidien conservateur Die Presse, Otto Habsbourg déclarait « J’ai un infini respect pour Dollfuss. L’homme a été courageux, prêt à tout pour s’engager pour l’Autriche. » Lorsque le rédacteur en chef, Michael Fleischhacker lui demande si la dissolution du Parlement et l’interdiction des partis et des syndicats ne lui posaient pas de problème, il répondait : « Absolument pas, quand c’est pour le pays, je suis prêt à tout. ». Au sujet du second dictateur, Kurt Schuschnigg, qui mit en place progressivement la participation des nazis au gouvernement, il déclarait « Schuschnigg était un homme absolument respectable. C’était un bon Autrichien mais il avait un complexe de germanité ». Cinq jours après l’entrevue de Schuschnigg avec Hitler, soit le 17 février 1938, Otto Habsbourg proposa au dictateur autrichien de prendre le pouvoir. La suite est connue mais mérite d’être rappelée : le 11 mars au soir Schuschnigg annonça à la radio qu’il demandait aux Autrichiens de n’opposer aucune résistance à l’entrée des nazis afin de ne pas verser de « sang allemand ». L’Autriche était un pays conquis avant même l’entrée du premier soldat allemand.

En 2008, Otto Habsbourg osa d’ailleurs relativiser l’entrée d’Hitler sur la Heldenplatz, comparant la foule accueillant le Führer le 15 mars 1938 à celle d’une vulgaire soirée de foot (cf. ce billet sur ce blog). Sur la photo ci-dessus, on voit le chancelier de l’époque tout souriant en entendant les propos du vieil homme. La Neue Zürcher Zeitung s’était émue de cet « éclat », mais il fut vite enterré dans le pays où les tapis ont acquis une épaisseur légendaire (en allemand on utilise l’expression « pousser sous le tapis » pour décrire les processus d’occultation).

Mais revenons sur la biographie du défunt. En 1972 il est devenu président du parti paneuropéen, rêvant sans doute d’instrumentaliser la Communauté Europe pour faire revivre l’empire austro-hongrois de son père. En 1967, lorsqu’il était invité par la télévision suisse romande, il était déjà vice-président de ce mouvement et déclarait : « C’est l’Europe qui a développé l’Afrique, c’est l’Europe qui a créé l’Amérique du Nord qui a crée l’Amérique latine, c’est l’Europe qui a créé l’immense empire russe. Il n’y a que la race jaune qui en dehors de nous autres, ait été créateur d’empire à l’échelle mondiale. » (à 4’00 dans cette vidéo). Citoyen hongrois mais aussi allemand depuis 1978, Otto Habsbourg fut de 1979 à 1999 député de la CSU (parti conservateur bavarois)… et membre de la Ligue anti-communiste mondiale, devenue en 1960 Ligue mondiale pour la liberté et la démocratie. Il faisait d’ailleurs partie du comité de parrainage du Cercle Renaissance, une organisation « patriotique » française d’extrême droite.

Otto Habsbourg fut toujours proche de l’Opus Dei, fervent défenseur de l’Europe chrétienne (cf. cette vidéo en français) et par exemple farouche opposant à l’avortement. En 1981, il déclarait au Luxembourg : « (…) avorter – quoique l’on puisse dire hypocritement pour y trouver des excuses – c’est commettre un meurtre, c’est refuser le droit à la vie. (…) Or, qu’y a-t-il de plus faible qu’un tout petit enfant sans défense ? II est en tout cas plus désarmé que la mère qui veut avorter et, n’étant pas électeur, il ne peut ni faire entendre sa voix ni protester. »

Son antisémitisme n’était pas déclaré mais plutôt de type larvé, comme l’atteste cet entretien qu’il a donné à un journal d’extrême droite allemand, Junge Freiheit :

Si on regarde la politique intérieure américaine, elle est divisée en deux moitiés : il y a d’une part le ministère de la défense, dans lequel les postes clés sont occupés par des Juifs, car le Pentagone est maintenant une institution juive. D’autre part il y a le Département d’État, avec des noirs – comme Colin Powell ou surtout Condoleezza Rice. Cela crée une lutte politique interne entre les faucons et les colombes. Pour l’instant, les Anglo-Saxons, c’est-à-dire les Américains blancs, jouent un rôle relativement mineur.

Voilà en somme quelques compléments que d’aucuns jugeront peut-être utiles au regard des nécrologies élogieuses qui sont consacrées au personnage dans toute la presse autrichienne et dans la grande majorité des journaux que j’ai pu lire en français, anglais ou allemand.

Sources

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8 juillet 2011 - Posted by | Autriche, Féminisme, Mémoire, Nazisme | , , ,

9 commentaires »

  1. petite correction. Il me semble, tu refères à Kurt Schuschnigg.
    Salutations,
    Michael

    Commentaire par Michael | 19 septembre 2011 | Réponse

  2. « Otto Habsbourg fut toujours proche de l’Opus Dei, fervent défenseur de l’Europe chrétienne » : encore heureux que le chef de l’Archimaison tenait toujours cette posture ! En cela il était le digne héritier de ses ancêtres. Il y en a si peu qui défendent notre culture européenne. C’était un grand personnage de ce fait. Mais surtout, par delà sa personne, il incarnait la grandeur de l’Autriche passée. Pas étonnant que les Autrichiens s’en sentaient proches et nostalgiques.

    Bien des choses sont à revoir dans cette note. Dommage que l’auteur mette en avant sa judéïté systématiquement. Je comprends d’autant moins vos critiques de la société autrichienne – que vous affichez sur d’autres sujets – que vous vivez dans ce pays et qu’il n’est pas le vôtre.

    Commentaire par Bernard-Franck Dellinger | 5 janvier 2012 | Réponse

    • A mon sens, l’Opus Dei n’est pas ce qu’il y a de mieux pour représenter la culture européenne. Tentant de raviver l’esprit des Lumières, je pourrais aussi dire que mon blog représente la culture européenne. Enfin, où lisez-vous que je mets en avant ma judaïté ? Et au nom de quoi n’aurai-je pas le droit de critiquer le pays où je vis ? Ne pouvez-vous pas comprendre que je l’aide, modestement bien sûr, à devenir encore meilleur ?

      Commentaire par segalavienne | 7 janvier 2012 | Réponse

  3. La culture – ou disons plus largement – la civilisation européenne est intimement liée au christianisme ; l’Opus Dei n’en est qu’une variante. Les Lumières est un mouvement philosophique qui a… 200 ans. On peut difficilement considérer que cela puisse tenir lieu de civilisation. Les sujets où ton peuple est évoqué sont archi-présents. En tant que juif je le comprends mais pour quelqu’un qui n’appartient pas à ce groupe ethnique ça tourne à l’obsession. Que l’on critique l’endroit où on vit ; pourquoi pas ? Mais de là à se mêler de leurs affaires je trouve ça choquant. Je pense que lorsqu’on vit ailleurs on doit plutôt faire profil bas au lieu d’imposer aux autochtones un comportement ou une philosophie qui n’est pas la leur. Après ça on se demande pourquoi « l’extrême-droite » (mot fortement connoté par les gens de gauche) se développe ça ou là en Europe.

    Commentaire par Bernard-Franck Dellinger | 14 janvier 2012 | Réponse

  4. mdr! c’est qui le comique qui a écrit cet article de clownerie et anti-autriche? j’ai l’impression de rêver ! L’autriche va la vivre et apres reviens en parler, frustré de culture et d’histoire ! L’Autriche restera toujours un grand pays ouvert et chaleureux. Les aléas de l’histoire ont fait que certains pays dérapent et tous l’ont fait ! Tu ne dois pas etre bien dans ta peau et ta place dans le monde. Chercher encore et trouve d’autres victimes….genre ta vie ou ton enfance ! österreich du bist mein Heimat !

    Commentaire par Anonyme | 19 novembre 2012 | Réponse

    • C’est une personne haineuse et ananticléricale.
      Elle voit des complots nazis partout.

      Commentaire par Anonyme | 17 mars 2015 | Réponse

  5. Otto était un grand démocrate et un européen convaincu.
    Il était respecté et admiré à la commission européenne pour sa culture, sa gentillesse et ses compétences.

    Ses parents se sont battus becs et ongles avec les royalistes contre le nazisme.

    Commentaire par Anonyme | 17 mars 2015 | Réponse

  6. J’ai vu une vidéo de KTO où parle Otto de Habsbourg datée 01/07/2008. Il ne dit que du bien des Juifs, il met en évidence leur courage et leur loyauté quand ils participaient au gouvernement de l’Empire austro-hongrois. Je n’ai jamais entendu Oto de Habsbourg dire du mal des Juifs, que du contraire !

    Commentaire par dieudonné | 3 janvier 2017 | Réponse

    • engelbert dollfuss une premiere vitimes des nazi comme le tsar nicolas vitime des commuiste

      Commentaire par balmat eric | 26 janvier 2017 | Réponse


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