Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Faut-il enlever à Hitler ses titres de citoyen d’honneur ?

Hitler accueilli avec enthousiasme à Amstetten, en 1938

Pour beaucoup, la question n’a pas lieu d’être posée… mais dans certaines villes d’Autriche, la discussion est sérieuse ! Un député du parti des Verts, Karl Öllinger, s’est rendu compte qu’Hitler était encore citoyen d’honneur de la ville d’Amstetten (où s’est déroulée l’affaire Fritzl, il y a trois ans). Un vote a eu lieu en urgence, le 24 mai, lors du conseil municipal et les deux conseillers municipaux du FPÖ (parti d’extrême droite dirigé par M. Strache) se sont abstenus, ce qui équivaut selon la procédure à un refus. Bien sûr, la motion fut tout de même adoptée puisqu’il y avait bien majorité qualifiée pour retirer à Hitler le titre de citoyen d’honneur de la ville. La réaction du parti social-démocrate (SPÖ) n’est pas très glorieuse. Au lieu de remercier le conseiller municipal vert (Raphael Lueger) qui a demandé le vote, le SPÖ l’a accusé d’avoir causé de gros dégâts pour l’image d’Amstetten en s’adressant rapidement aux journaux (« wegen einer populistischen schnellen Botschaft in den Zeitungen großen Schaden für Amstetten angerichtet »).

La presse a révélé qu’Hitler était aussi citoyen d’honneur de Waidhofen an der Ybbs, non loin d’Amstetten, et la réaction de la mairie a été non moins intéressante : rien n’est prévu pour retirer le titre et la seule déclaration fut « On a déjà discuté de ça il y a quelques années (Wir hatten das Thema schon vor ein paar Jahren) »

A Salzbourg aussi, on commence à se pencher sur ces questions. Göring est toujours citoyen d’honneur de Mauterndorf (dans le Land de Salzbourg), une petite ville où, comme par hasard, les néonazis aiment parader. Josef Thorak, l’un des deux architectes personnels d’Hitler (pas celui que Jean Cocteau invitait en 1942, Arno Breker, mais l’autre !) a sa tombe d’honneur (Ehrengrab) à Graz, tout comme Paul Tratz ancien SS haut gradé. Thorak est d’ailleurs dans le même cimetière que la soeur de Mozart (il a toujours une rue à son nom). Tratz, quant à lui, a été nommé citoyen d’honneur de Salzbourg… en 1963. Depuis 10 ans les discussions vont bon train pour éventuellement lui retirer cette distinction.

Là encore, le travail de mémoire est nécessaire, cela devient même un devoir !

Sources :

26 mai 2011 - Posted by | Autriche, Extrême droite, Mémoire, Nazisme | , , , , ,

8 commentaires »

  1. Commentaire reçu sur FB : « non….c’est pas vraiment le titre numero 1 des journeaux jerome, il s en parle meme pas a la tele…..il ne faut pas donner une si mauvaise idee de l’autriche vers l’exterieur….. »
    ————
    Ma réponse :
    ————
    Ta réaction est… typique ! Je n’ai jamais dit que c’était le gros titre des journaux. La question est débattue aux conseils municipaux, sur internet dans les forums des articles et d’ailleurs,ce matin, c’est en page 1 du Standard, dans la colonne de Rauscher.
    Ta préoccupation pour l’IMAGE du pays, au lieu de faire face aux problèmes, est – hélas, mille fois hélas – symptomatique d’une certaine Autriche, qui n’est pas celle que j’aime.

    Commentaire par segalavienne | 26 mai 2011 | Répondre

  2. Merci pour ce billet. Très étonné d’apprendre de telles choses, cette inertie coupable, cette indolence des élus, des citoyens… Heureusement qu’il y en a qui agissent, et d’autres qui nous en font part.
    Marc S.

    Commentaire par Marc Silberstein | 26 mai 2011 | Répondre

  3. Peut-on savoir d’où vous vient cette sorte de haine de l’Autriche ? Pouvez-vous m’en donner les véritables raisons ?

    Commentaire par robert.ouvrard@chello.at | 29 mai 2011 | Répondre

    • Quelle haine ? J’aime tellement l’Autriche que je tente à mon modeste niveau d’aider le pays à aller encore mieux. Et vous, que faites-vous pour ce beau pays ? Bien entendu, je ne manque pas une occasion de chanter les louanges du pays, mais pour des raisons que j’ignore, vous ne semblez pas les avoir lues.
      cf. http://wp.me/pfmWq-xN
      ou bien http://wp.me/pfmWq-AA
      et surtout « Vienna for ever » sous http://wp.me/pfmWq-4q
      Ce que j’aimerais savoir, moi, si on en est aux motivations profondes, c’est ce qui vous pousse à l’admiration du plus grand dictateur que l’Europe ait connu jusqu’au XXème siécle. Réintroduction de l’esclavage, coup d’Etat, auto-couronnement l’Europe tranformée en champ de bataille… mais restons sur l’Autriche.

      Commentaire par segalavienne | 29 mai 2011 | Répondre

  4. La lectrice et le lecteur assidus des billets de Jérôme Segal ne s’étonneront pas de l’idolâtrie à peine masquée des icônes défuntes du nazisme en Autriche. De nouveaux assauts vers le pouvoir de la part des neo-fascistes se préparent sous nos yeux, et la presse dite libre se prête volontiers au jeu. Hier, l’un des tabloïds populaires allait jusqu’à publier la liste des ministrables de l’extrême droite en Autriche. Bravo à Jérôme pour son courage de révéler l’inquiétante insouciance des Autrichiens face à ce phénomène. HG

    Commentaire par Anonyme | 18 juin 2011 | Répondre

  5. Ce sont des non sens toutes ces réactions. Vous les Socialistes (ou Verts en Autriche, c’est la même chose) tenez vraiment à essayer d’effacer le passé. Il ne faut pas oublier – même si cela vous choque – que l’Anschluss à été un moment important et bien vécu par les orphelins d’un Empire démantelé. Je pense qu’il est idiot de toujours chercher à dissocier les gens de leur passé. Ce qui n’est pas bon pour les uns l’est pour les autres. En tant que Germains, le nazisme les portaient. On ne peut pas leur en vouloir d’être secrètement nostalgiques de leur grandeur.

    Commentaire par Bernard-Franck Dellinger | 5 janvier 2012 | Répondre

    • Oui, bien sûr que les Autrichiens étaient dans leur grande majorité enthousiastes en accueillant Hitler. C’est bien connu. Par contre, comprenez-vous qu’on puisse eter nostalgique d’une grandeur perdue… sans pour autant être pro-nazi ?

      Commentaire par segalavienne | 7 janvier 2012 | Répondre

      • La grandeur perdue était justement retrouvée en 1938. Même si l’Autriche n’était plus qu’une province de l’Allemagne – en réalité de la Germanie – elle participait à la gloire du nouveau Reich plutôt que de se retrouver isolée au milieu de nulle part et même d’un environnement hostile (Italie, Tchécoslovaquie notamment). Dans les démarches constatées il y a volonté d’effacer une idéologie qui était profondément intimement liée à cette population germanique.

        Commentaire par Bernard-Franck Dellinger | 9 janvier 2012


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