Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Des artistes face à l’histoire

Jusqu’au 4 mai dernier dernier, dans le couloir de la mairie d’arrondissement de Leopoldstadt, un des vingt-trois quartiers de Vienne, une plaque d’environ 2m sur 1,20m retraçait l’histoire du quartier, de façon chronologique. Ce jour-là, lors d’une performance, un artiste, Eduard Freudmann, est venu enlever ladite plaque en la remplaçant par l’oeuvre d’un artiste israélien, Menachem Lemberger, un poing levé, placé au centre de l’espace vide. Pourquoi un tel geste ? Tout simplement parce que l’histoire relatée était lacunaire, sinon franchement négationniste.

Pour la période de la Seconde Guerre mondiale :

  • 1939 Le quartier de Kaisermühlen est séparé le 1er octobre (Am 1. Oktober Abtretung Kaisermühlens).
  • 1939-45 Pendant la 2ème Guerre mondiale 20% des logements et presque tous les ponts sur le Danube sont complètement détruits (Während des 2. Weltkrieges wurden 20% aller Wohnungen und fast alle Donaubrücken vernichtet).

Pas un mot sur l’Anschluss ni sur les 60 000 Juifs du quartier qui, pour l’immense majorité, furent exterminés ou durent s’exiler (pour mémoire, en 1938 l’Autriche comptait 200 000 Juifs dont 90% à Vienne ; un tiers des Juifs ont été assassinés et deux tiers se sont exilés, il ne restait qu’un millier de Juifs en Autriche à la fin de la guerre).

Sur les périodes plus reculées, la chronologie en place n’était pas plus brillante. Alors que 1670 reste dans les annales comme la date de la première expulsion des Juifs de Vienne, avec descruction de la synagogue pour construire sur ses ruines une église, le panneau annonçait :

  • 1670 La partie inférieure placée sous l’autorité de l’empereur Leopold 1er est renommé en Leopoldstadt (1670 wurde der untere Werd unter Kaiser Leopold I. in Leopoldstadt umbenannt).
  • 1671 L’église Markgraf Leopold 1er est inaugurée et placée sous la protection du  patron du Land et de la ville (1671 wurde die Kirche Markgraf Leopold I., dem Heiligen, geweiht, dem Patron des Landes und der Stadt).

Dans une lettre ouverte au maire d’arrondissement, de nombreuses personnalités comme l’écrivain Doron Rabinovici ont demandé à ce que cette chronologie déposée lors de la performance ne soit pas réinstallée. Bravo !

Vienne est la capitale de la culture établie, mais ce genre d’action se font de plus en plus fréquentes. Rappelons qu’il y a près de deux ans, deux autres artistes, Tal Adler et Osama Zatar, avaient créé à Vienne l’ambassade du OneState, autrement appelé Israelestine, pour promouvoir le projet d’un état unique pour tous (cf. ce billet). Pour reprendre une formule célèbre, on peut considérer que si souvent les artistes « n’ont fait qu’interpréter diversement le monde » ; il s’agit maintenant [à l’image de ces deux performances] de le transformer » !

Les photos qui illustrent ce billet viennent du blog qui documente l’action. Mes remerciements vont à Eduard Freudmann.

7 mai 2011 - Posted by | Autriche, Mémoire, Nazisme | , , , , , ,

Un commentaire »

  1. http://www.lemberger-gallery.com

    Commentaire par Anonyme | 23 février 2014 | Répondre


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