Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Un pas vers la justice, plutôt qu’une « sensationnelle histoire d’amour » !

Le sensationnel… (cliquez sur la photo pour la voir dans la rue)

Excellent article de J. Stolz paru le 24.08.2010 dans Le Monde.

Reconnaissons d’abord qu’un petit progrès a été accompli dans la restitution des œuvres d’art issues des spoliations nazies. En avril 2008, j’avais publié un texte intitulé Art Restitution in Austria: Still a long way to go, dénonçant à la fois la législation en vigueur (la ‘Kunstrückgabegesetz’ de 1998) et le manque de bonne volonté évident de la fondation Leopold, du nom du grand collectionneur Rudolf Leopold, mort à 85 ans en juin 2010. Ce dernier a acquis après-guerre, souvent dans les années 1950, des œuvres qui en réalité, avaient souvent appartenu à des Juifs qui avaient été spoliés ou contraints de vendre à des prix dérisoires leurs tableaux. Leopold s’est toujours défendu en affirmant qu’il achetait ces tableaux de bonne foi, ignorant les modalités des acquisitions passées. Il a de plus ouvert le Leopold Museum, en 2001, pour que le public puisse voir une (petite) partie de sa collection. En 1998, un tableau d’Egon Schiele,  le portrait de sa compagne Walburga Neuzil (dite ‘Wally’), avait été prêté pour une exposition à New York. Suite à une plainte, ce tableau avait été confisqué et un débat sur la restitution était ainsi né en Autriche. Aujourd’hui, 20 août 2010,… ce tableau est rendu à la fondation Leopold (du Leopoldmuseum) en échange du versement de 19 millions de dollars (près de 15 millions d’euros), aux héritiers de la galeriste juive, Lea Bondi-Jaray, qui avait été spoliée. La procédure a coûté 3,5 millions de frais d’avocat.

Bien sûr, Leopold ayant largement contribué à faire connaître Schiele, il souhaitait que ce tableau (ci-dessus, celui de droite), puisse rejoindre sa collection (à gauche on voit un auto-portrait de Schiele datant de 1912 comme le « Portrait de Wally »). Dans un entretien au quotidien Der Standard, la veuve Leopold explique que son mari voulait racheter le tableau et « remettre les choses en ordre avec son argent. » (Er wollte das Bild zurückkaufen und die Sache mit seinem Geld in Ordnung bringen). Curieuse conception du rôle de l’argent, non ? Pire encore, au sujet des demandes de restitution dont le président de la communauté juive s’était fait le porte-parole, Leopold avait déclaré « Pour la partie adverse, ce n’est qu’une affaire d’argent », renouant avec des préjugés antisémites hélas encore bien présents dans le pays. Fin 2008, lorsqu’une exposition Albin Egger-Lienz du Leopold Museum dévoilait une douzaine d’œuvres issues de spoliation et non restituées (dont un tableau qui avait été offert à Hitler après avoir été volé à son propriétaire juif), la communauté juive de Vienne avait pris l’initiative d’une action spectaculaire, entourant le musée de banderole « Art Crime Scene », comme dans les séries policières (voir le site consacré à cette action, avec une vidéo, le tout en anglais et en allemand).

S’il y a aujourd’hui une bonne nouvelle, c’est bien de savoir que justice a été rendue dans le cas de ce tableau… avant  de savoir si le tableau sera visible à New York ou à Vienne. Déjà en 2006, à Vienne , lorsque le musée du Belvedere avait dû rendre à son ancienne propriétaire deux tableaux de Klimt (les célèbres portraits d’Adele Bloch-Bauer), la ministre de l’éducation et des arts, Mme Gehrer, avait pleuré le départ des tableaux au lieu de se réjouir que la justice soit enfin rendue  (cf. cet article très complet). Aujourd’hui, la fondation Leopold affiche dans Vienne des immenses posters avec « The sensationnal love story – Wally is back » (illustration ci-dessus)…

On aurait sans doute préféré quelque chose comme « A sensational step towards more justice » ou simplement « Austria starts assuming its past » !

PS /Bravo à Gert Korentschnig qui, dans l’édito du 21 août du Kurier, a rappelé que ce tableau avait inauguré des débats sur l’origine de certaines œuvres d’arts des musées autrichiens, et que ce fait était tout à fait refoulé dans les exclamations de joie à l’occasion du retour du tableau. Cf. ci-dessous.

Wir sind Wally

Jetzt ist SIE also wieder da: Die fesche Wally. Um 7:54 Uhr landete das Gemälde (eigentlich das Flugzeug) in Wien. Es zeigt Valerie Neuzil, die einstige Gefährtin des Künstlers Egon Schiele, die vielleicht auch Walburga hieß. Eine Liebesgeschichte findet ihr glückliches Ende, wird seit Wochen in Wien plakatiert. Die Stiftung Leopold jubelt auf ihrer Homepage: „Welcome Wally“.
Elisabeth Leopold, Witwe des Sammlers, griff das Bild vor lauter Freude mit bloßen Händen an und stemmte es in die Höhe, als hätte sie gerade ein Formel-I-Rennen gewonnen. Nicht auszuschließen, dass in der Wally-Mania bald das Wally-Par

fum, die Wally-Torte und die Wally-Unterwäsche auf den Markt kommen. Wenn André Rieu und Hansi Hinterseer ein Bettzeug mit ihrem Kon

terfei draufhaben, verdient Wally das längst.
Kann es sein, dass „Wally“ von heikler Provenienz ist und die Raubkunst-Debatte in Österreich ausgelöst hat? Wen kümmert das im Land des Verdrängens. – GeKo gert.korentschnig@kurier.at

20 août 2010 - Posted by | Art, Autriche | , , , , , , ,

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