Le petit flambeau

L'Autriche vue par un universitaire français…

Entre la croix et l’ampoule, plus d’un tiers des votes aux populistes

« L’AUTRICHE FAIT PEUR – Pourquoi l’extrême droite autrichienne a-t-elle triplé ses voix ? », publié dans L’Humanité le 9 juin 2009 (l’article en JPEG ou en html)

8 juin : Amené à formuler quelques idées pour l’émission Et pourtant elle tourne, au lendemain des élections européennes, j’en profite pour vous en faire part, d’autant plus que ce que j’ai fait pour France Inter était vraiment très court (ici le mp3 de mon intervention en direct à 18h30).

On craignait plus de 25% à l’extrême-droite, avec le parti « libéral » de Strache (FPÖ) et le parti « Alliance pour l’avenir de l’Autriche » du défunt Jörg Haider (BZÖ). Or, le FPÖ obtient 13,1% et le BZÖ (créé en 2005), se positionne à 4,7%. Au total, 17,8% pour l’extrême droite, contre 6,3% en 2004. C’est un triplement, déjà inquiétant, mais on craignait bien pire.

Le vote a été protestataire, mais pas aussi radical que ce qu’on pouvait redouter. Si l’extrême-droite n’a pas rencontré de succès encore plus retentissant, c’est sans doute parce que 18% des électeurs ont voté pour une autre forme de populisme, en choisissant la « liste Martin », du nom du député Hans-Peter Martin (soit un total de 35,8%). Ancienne tête de liste du parti social-démocrate en 1999, il avait été élu au Parlement sous ses propres couleurs en 2004, avec 14% des voix. Ce n’est donc pas un inconnu, d’autant moins qu’il est très largement soutenu par le tabloïd le plus lu au monde, la terrible Kronen Zeitung (3 millions de lecteurs dans un pays de 8,3 millions d’habitants, record absolu, cf. cet article du Monde Diplomatique). La ‘Krone’, comme on nomme ce journal, joue un rôle majeur dans la vie politique autrichienne. Attirant sans cesse son lectorat avec des sujets sur la criminalité et les étrangers, il a très largement fait le jeu de l’extrême droite. En août 2008, le président du parti social-démocrate et actuel chancelier, Werner Fayman, était allé à Canossa en s’adressant au peuple autrichien par l’intermédiaire de ce quotidien, promettant qu’à l’avenir un référendum serait organisé pour tout projet concernant une éventuelle constitution européenne. Après ce véritable acte d’allégeance, le SPÖ remportait sans peine, le mois suivant, les élections législatives. L’extrême droite était alors à 29% et près de 40% chez les jeunes, le droit de vote étant abaissé à 16 ans en Autriche.

Sur le tract, "Lui seul contrôle les puissants"

Qui est ce M. Martin, arrivé en troisième position après les deux partis de la grande coalition ? Il n’a pas vraiment de programme, si ce n’est de « lutter contre la bureaucratie européenne » et les gabegies de toute sorte, auxquelles on pourrait selon lui commencer à s’attaquer en déménageant le Parlement de Strasbourg à Bruxelles, où siège déjà la Commission. Sa liste se nomme d’ailleurs, « Dr. Hans-Peter Martin – Pour un vrai contrôle à Bruxelles ». Il a fait sa campagne de façon presque artisanale, ne dépensant que 200 000 €, alors qu’il sera remboursé à la hauteur de 2,2 millions d’euros puisque les montants dépendent des résultats et non des frais réels.

Notons que le néo-fasciste Strache et lui ont usé de symboles forts pendant leur campagne. Le premier a brandi une croix chrétienne pour illustrer le propos martelé sur ses affiches, « l’occident, aux mains des chrétiens », tandis que le second parcourait les marchés avec des ampoules à incandescence, dont l’Europe-de-Bruxelles veut selon lui nous priver en nous empoisonnant avec des lampes dites « basse consommation » chargées de mercure (cf. cette vidéo). Strache était allé peut-être un peu loin dans l’islamophobie et l’antisémitisme. Dans une autre campagne d’affichage, il se prononçait contre l’entrée de la Turquie… et d’Israël dans l’Europe. Lorsque le 9 mai dernier, à Ebensee (Haute-Autriche), pendant les commémorations marquant la libération de cette annexe du camp de Mauthausen, des jeunes âgés de 14 à 16 ans ont tiré sur d’anciens déportés en hurlant « Heil Hitler »… Strache n’y a vu qu’une « farce de gamins » (‘Lausbubenstreich’, cf. billet précédent). Les saluts nazis devenaient de plus en fréquents à ses meetings, « l’image de l’Autriche » commençait à en pâtir, comme le signalait le ministre des affaires étrangères dans sa scandaleuse déclaration (cf. cet autre billet). La ministre de l’intérieur n’était pas en reste puisqu’au sujet du drame d’Ebensee, elle avait d’abord évoqué des « provocations de part et d’autre » (« gegenseitigen Provokationen »).

Le SPÖ et les Verts ont subi aux européennes de cuisantes défaites en Autriche, reste à voir comment les fronts populistes vont se déplacer, voire s’agréger…

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8 juin 2009 - Posted by | Autriche | , , , ,

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